Pendant le weekend

Vases Communicants #24 avril 12

« Pendant le week-end » a la grande joie d’accueillir Catherine Désormière pour les vases communicants d’avril, tandis qu’elle a la gentillesse d’accueillir sur son blog Piero Cohen-Hadria. 


L’ange du renseignement.


Ce 7 novembre, Londres était sous la bruine. Un cliché. Certes. Mais qui explique pourquoi tout un chacun sur les trottoirs portait un parapluie, une capuche ou un quelconque chapeau pour se protéger d’une humidité pénétrante. Seul un homme marchait tête nue. J’avais de la chance, cela me permettait de pouvoir le suivre sans le perdre de vue. Aux environs du British Museum, il est monté dans le 73. Moi aussi. Il est allé au premier niveau du bus. Je suis restée en bas, en retrait pour pouvoir sortir derrière lui sans être repérée. C’était une heure inconfortable, l’air était lourd, l’espace réduit, une chaleur moite semblait exsuder de chaque vêtement. Le rythme du moteur  engourdissait les passagers et rien sur les visages ne laissait deviner la moindre pensée qu’on aurait pu saisir pour se figurer une autre vie que la sienne. Moi, je me voyais faire partie du MI-6, dans un roman de John Le Carré et imaginais que l’homme que je pistais était un agent dormant. Je devais le contacter pour le réactiver. C’était un travail à mener en douceur. Je revenais de l’appartement où j’avais passé une semaine à préparer ma filature. Pour tous, sauf pour mon chef, j’étais à Berlin. Je tenais serré mon sac sous le bras, et je sentais à l’intérieur les contours de mon arme. Nous les agents du gouvernement avons tous une arme. A l’annonce « To Islington Angel », je le vis descendre l’escalier métallique et attendre le prochain arrêt. Je ne bougeai pas, patientant jusqu’au dernier moment pour le suivre.


Très vite nous avons été lui et moi dans des rues désertes et je regrettai alors d’avoir chaussé des escarpins qui sonnaient un peu trop sur les pavés, ce qui m’obligeait à garder une certaine distance pour ne pas attirer son attention. Mais je savais que je ne pouvais pas le perdre. Aurait-il voulu disparaître à ma vue, disparaître de ma vie, qu’il n’aurait pas pu m’échapper. Comment pouvait-il imaginer se dérober ? Comment ? Toute à mes réflexions, je l’avais quasiment rattrapé et étais déjà sur lui. Il s’est retourné brusquement, j’ai vu son regard à la fois las et excédé :  « Tu ne t’arrêteras jamais ? Tu es encore là à m’espionner ? Tu sais pourtant bien que c’est fini. »

 J’ai tiré. On veut tuer ceux qu’on aime.


Texte et Photos : Catherine Désormières.





Les autres Vases Communicants d’avril sont ici, avec un grand merci à Brigitte Célérier.



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2 Comments

    Atmosphère « Rain and Tears » pour un matin à Londres – carrément – avec « agent dormant » et lions imperturbables (presque en noir et blanc), échappés sans doute de la section Egypte du British Museum, si l’on en croit les mini-obélisques.

    Chasse photographique ?

  • Jolie chute !

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