Pendant le weekend

Carnet de voyages #34

Ce n’est pas tant que ce monde soit beau (mais il l’est, parfois), non, mais que les représentations que nous en faisons le soient, aux dépends de la vérité, ou de la réalité, oui.  Il ne s’agit pas de naïveté, mais d’un a priori. Pourquoi des carnets de voyages ? Il s’agit d’une promenade, après un parcours long sur le fleuve, partir de la (Tate) Modern pour arriver à la (Tate) Britain (mais qui donc étaient ces Tate ?) et voir aller voir regarder admirer les toiles de Turner… Je n’ai pas pris les titres de ces toiles, honte sur moi, mais des pêcheurs en mer

un autoportrait

un être attachant, qui peignait plusieurs tableaux d’affilée

dit-on dans son atelier, une palette, des couleurs, des ombres et des estompements

oui, bien sûr, les bateaux, les îles, à présent le tunnel, le train, je me souviens qu’alors on avait dans les trains au moins un sentiment du climat extérieur, le froid passait dans les couloirs, passait-on non loin d’une industrie qu’on en sentait l’odeur, mais c’en est fini, la ville file, le train est dans les gris, les bleus, les jaunes, au loin les brouillards, au loin les souvenirs, j’ai chez moi ceux de la Reine Didon

je me souviens, voilà un mois que ce voyage s’est terminé mais les images restent, et c’est pour les garder que je les accentue

quand même elles s’éloigneraient, dans le temps, et l’espace à trois cents à l’heure, laisser derrière soi le fleuve et la lagune

la Sérénissime n’est-elle pas peinte de la Guidecca, ici, le Campanile et le palais des Doges, les rois et les Tsars, les Raïs et les Beys, au loin cette route de la soie comme du thè

la Douane et Santa Maria della Salute,  San Giorgio Maggiore, les églises dédiées aux saints, aux Dieux, à notre amour pour eux, à nos paisibles guerres, à ces messes, ceux qui les disent et les entendent, ces clochers et ces appels, les lieux et les colonnes, les lumières et les rues

les musées, les donateurs, les mécènes (j’entends dire que cette « cellule », au Louvre , qui est destinée à la recherche de riches donateurs comptent près de vingt cinq personnes qui y travaillent, et je me dis souvent, marchant dans les rues de cette capitale-ci que de l’Etat je suis du mauvais côté), le public des musées

y travaillerai-je à nouveau, je ne sais, mais on sort, aux yeux et au coeur ces couleurs et ces nuages, ces cieux gris et bleus, mais la nuit est venue, dehors du haut de son piedestal Nelson nous contemple

que ces histoires sont troubles, les rues vides et les lumières assises, marcher, viens marchons, on remontera Marsham Street, la Victoria Street un bus nous ménera jusqu’à Trafalgar et son  lion

Londres a sa nuit, ses ombres, dormir et le lendemain au British Muséum, pour un café, sous la verrière, mais il est trop tôt

une ou deux choses à la boutique, se souvenir et les rapporter, ces images, un homme (je ne l’avais pas vu gaucher) mettra au point son agenda de la semaine, un autre et une femme s’accouderont

il en est ainsi, très souvent, lundi matin, on retrace les lignes présumées de la semaine passée, on y regarde à deux fois

ce lundi matin, il fait un soleil glacé sur Londres, ce matin, nous saurons qu’en fin d’après midi, de retour à Paris, le jour sera passé comme un rêve, nous aurons marché ici ou là, nous nous serons perdus dans ce grand magasin de thé chocolats vins et spiritueux, Piccadilly, les parcs, puis nous aurons pris à nouveau l’autobus, le C2 cette fois, devant un restaurant français, une petite rue, des Italiens parleront aussi fort que dans leur Rome Naples ou Milan, rouleront les « r » disant « Carnaby Street » devant laquelle nous passerons, allant vers Camden Road

y trouvant un bonnet de rasta, suivant le canal, cherchant cet hôtel vanté d’un guide, non, vraiment impossible, cherchant encore, un ou deux briquets ornés de l’Union Jack (deux livres, pour les deux), marchons encore, mais le jour décline, on se croit à Saint Ouen, un guitariste joue un solo électrique, toute une jeunesse, riante parfois, quelquefois des pauvres vieux édentés qui reniflent, bonnets aux têtes, clopes à la bouche, devant le métro, ce coin de rue, l’autobus de retour

cet homme jambes nues qui rentre de sa course à pied, quinze heures quarante sur Euston Road, aller rechercher les sacs pour oublier cet hôtel de deux mille lits, une usine, reprendre le métro


et ainsi que dans l’autobus, être averti qu’on sera filmé, partout, se souvenir des attentats, des tours jumelle, des jeux olympiques de Munich et de Londres, de Berlin aussi bien, patienter, présenter ses papiers, ôter sa ceinture, son téléphone portable et ses clés, son blouson, passer sous un portique mais rire, s’asseoir dans une sorte de salle d’attente ouverte et regarder, les autres, les gens, ils lisent, ils pensent, passent, s’assoient, continuent leurs courses,

 

encore à nouveau le tunnel mais dans le noir, passer, filer, peut-être un peu de pluie, une bouteille d’eau au bar, un peu de chocolat, se regarder et se sourire, et d’un élan, plus tard, se retrouver en cette gare qu’on photographie du métro

Welcome in Paris

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5 Comments

    vous avez une merveilleuse façon d’éveiller en contrepoint des souvenirs de voyages, semblables et différents, qui courent sous la lecture et l’accompagnent

  • Je crois que Turner avait peint le grand incendie de Londres : aurait-il reproduit, s’il avait vécu à notre époque, les attentats dans le vieux métro de la capitale – et sur quel support ?

    L’encadrement doré des oeuvres accrochées aux murs leur donne toujours ce je-ne-sais-quoi de « tableau de musée », j’avais vu au Havre, dans le musée moderne qui se trouve près du port, une toile ancienne sans aucun cadre : magnifique ! Comme dénuée de toute ornementation, dénudée pour la peinture seule.

    Les musées de Londres sont gratuits, mais c’est la capitale en Europe qui possède le plus de caméras de « vidéoprotection » (le terme choisi en France) : tu as bien montré les deux faces de la même « représentation »…

  • @brigetoun : merci et tant mieux si les évocations vous parlent
    @Dominique Hasselmann : oui, l’incendie ici… Quand aux caméras de « vidéoprotection », je crois que c’était à Levallois Perret (dont le maire, Balkany, représente bien une ode à l’honnêteté personnifiée) qu’on les trouve en nombre (à Paris, qui ne veut pas se trouver en reste, aussi depuis quelques mois – jusque et même dans ma rue)…

  • @ PCH : je doute que, vu la superficie de Londres, Levallois-Perret puisse rivaliser en nombre de caméras de vidéosurveillance avec la ville de Her Majesty, même si la « balkanisation », de ce point de vue, est bien avancée dans la bonne ville, très « clean », de l’ami de Sarkozy et de Brigitte Bardot.

  • Aller voir les tableaux qu’on aime en vrai, être face à face, c’est ce qui compte vraiment pour moi. J’espère pouvoir le plus longtemps possible dans ma vie m’asseoir devant un tableau que j’aime et le contempler tranquillement.

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