Pendant le weekend

Sur le bureau #17

Il ne s’agit pas vraiment de continuer sur une lancée. Les images, les immeubles, les rues et les arbres, les chansons et les textes (je lis « La Guerre et la Paix », puis je lirais « Anna Karénine »)

je croise marchant dans les rues, les avenues, il y a la ville, si on s’en allait ? On fait une photo (ce week-end, les films  m’ont plu)

le cinéma, aussi bien (mais pas le théâtre, pas le golf ou le tennis le ski, la plage privée d’Ostia, tu sais où Pasolini a trouvé sa mort horrible) celui de Visconti

le 5 mai prochain on verra « Les nuits blanches » du cinéma de Jacques Demy (quelque chose dans « Peau d’Ane », non pas quelque chose, quelqu’un, Delphine Seyrig), j’ai un rendez-vous (« I have a date »), il y a sur le bureau des images de ces jours-ci

ces jours de comptabilité (c’est qu’il faut adopter l’esprit d’épicier vis à vis du fisc et de l’Etat, ce n’est pas qu’ils le demandent c’est qu’ils l’exigent), gris ou ensoleillés, regarder le monde cependant (les chiffres ont quelque chose de tellement puissant, impossible de les contrarier – au centime près), j’ai mis « Strange Fruit » par Nina Simone, piano seul et voix, j’ai regardé à nouveau les images que j’ai modifiées à mes moments perdus, gagnés, comme s’il n’y avait que cette alternative perdre ou gagner, j’ai retrouvé des papiers datant de dix ans, j’ai classé, mis en tas, en enveloppe (récupérées du fisc, de cet établissement téléphonique, de cette assurance…)

je me suis dit qu’il faudrait bien ranger, foutre à la poubelle ces vieilleries qui sentent la poussière, cette facture détaillant les « Ventes CMP MONTMARTRE à 4165,79, sauf erreur ou ommission (sic), l’examen de votre compte fait apparaître… » en date du dix sept septembre deux mille huit, elle est ainsi la comptabilité, elle reparle de choses qu’on aurait voulu enfouir

je recherche des images pour écrire à mes enfants, je regarde le monde tel qu’il me semble être et il ne me plaît pas du tout, je vois ces gens qui s’immolent devant Pôle emploi (rien que ce nom cet intitulé, je n’en avais qu’un nord et un sud et ça m’était bien suffisant), ceux qui se jettent avec leur voiture de location sur celle de la police, il s’agit de ce monde, ici même, entre la Chapelle et Clignancourt, Nina chante « My baby just cares for me », moi aussi, autant de même, les chiffres et les additions, les comptes le loyer, les lettres de la mairie, les choses qui s’en vont

déjà nous avons dans dix jours un printemps, dans une semaine un concert, nous irons voir des villes et des couleurs, « my baby just cares for me »  le ciel gris, le chat assis sur les bords du quai, les voies de chemin de fer de jour

comme de nuit

aller voir et revenir, ce n’est pas qu’il y ait de l’espoir (on s’en fout de l’espoir), ce n’est qu’il y ait de l’ennui (le temps aime à passer), durant la bataille d’Austerlitz, l’un des héros voit son empereur pleurer (mais les Slaves aiment à pleurer, je veux dire les mâles), la journée de la femme ce n’est qu’il s’agisse d’une honte, non, mais y consacrer une « journée » comme on en fait aux handicapés ou aux malades du sida ça ne me dit rien, je n’aime pas la foule des manifestations mais les Indignés, les Quatre Vingt Dix Neuf pour cent, les Occupy Wall Street, les appropriations des moyens de production et les machines qui pourrissent dans l’usine d’Amiens Nord, j’ai trouvé cette photo en cherchant Cointrin, j’ai trouvé des photos du faubourg

j’ai cherché et j’ai continué à expliciter sous le chiffre 625600 le compte des frais de mission, je m’attelle à la tâche, je regarde devant moi en comprenant le passé, je ne cherche qu’à simplement vivre et regarder le ciel

voir qu’il s’illumine

sans y chercher rien d’autre que la fin du jour, le début du suivant, les anniversaires ont toujours eu quelque chose de triste, c’est pourquoi on les fête, ici il s’agit d’une série mais aujourd’hui, on aura recours aux images des jours derniers

 

on aime à rêver

dehors tombe la neige, dehors gris se mue le ciel, tout à l’heure il y aura du soleil, ils l’ont laissé entendre dans le poste, Nina entame « Mood Indigo », « you ain’t never been blue » le piano, les balais sur la caisse claire, le soleil de sa voix « since my baby said good bye » et quelques fleurs pour ma tante

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1 Comment

    Belles photos que celles (entre autres) du soleil couchant – on en fait moins des « chiens couchants » sur certains immeubles.

    J’ai repensé à ce film où les gangsters sont des enfants, finalement Scorcese et Coppola ont compris la force de l’enfance dans la violence.

    Très bien aussi, ce Japonais (?) qui, dans le métro, « diffuse une lumière brillante et intense » (on pense à Fukushima).

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