Pendant le weekend

Carnet de voyage(s) #94

 

Les carnets de voyage(s) de pendant le week-end est encore une série que j’ai entreprise sans même en avoir la conscience, un peu comme ces boites de diapositives qu’on voyait dans les placards des gens riches, et qui les posaient dans leur camembert pour en faire profiter le reste du monde, dans les années soixante du vingtième de l’ère. Entamée en août 2011 (premier voyage à Gênes), elle est constituée de destinations un peu différentes, on en fait moins il me semble, on ne part plus guère (si on part, mais on n’a plus d’argent, voilà tout), on aime aller à Lisbonne ou Gênes, on aime Venise ou la Grèce, ce sont les vacances le plus souvent, ou alors il s’agit du travail mais c’est de moins en moins vrai, cette fois-ci, oui, enfin on fait ce qu’on peut… La fatigue parfois prend le rédacteur-photographe; celle de la redite; celle aussi sans doute du trop de temps qui passe… Il arrive qu’on se retourne sur sa pratique, à quoi ça sert, dans quel état est-on et qu’y fait-on ? Impossible à savoir, faire la part des choses entre un narcissisme assez frelaté et une façon de se souvenir de quelques lieux, images personnages ou autres êtres qui peuplent la planète (cette fois-ci, j’ai aimé les arbres, ce qui m’arrive fréquemment). Des images furtives, c’est ainsi, comme il en est de toutes ici, mais ce qui change c’est qu’elles sont faites dans l’idée de les poser là – ou pas : on ne prend pas tut, on ne parvient pas à saisir ce u’on voudrait…

Je me suis promené à Nicosie, à Larnaca, j’ai vu le no man’s land, les immeubles construits par ou pour les Russes (dit-on), j’ai pris le bus – il n’y a plus de train depuis la partition de l’île (il semble toujours illégale), jamais n’avais été si loin vers le levant, voilà tout (un de mes oncles pourtant avait ses habitudes à Beyrouth – je dois délirer sans doute – mais je me souviens bien de Vidal (et des siens) qui venait de Salonique ou aussi de Beyrouth), le cèdre, le Tigre et l’Euphrate, mésopotamien, cette partie du monde qui ne cesse depuis tant d’années de charrier guerres, haines, morts et pétrole…   Notre histoire.

il a donc fallu attendre

et il y avait bien sûr du retard (l’entreprise qui gère les aéroports parisiens faisait, semblait-il, du zèle) (on avait d’ailleurs passé sans encombre les divers contrôles, portiques ceintures portable regards lourds des agents contrôle au faciès ou au hasard tu prends ce que tu tu veux) j’ai attendu un moment, l’avion était arrivé depuis une heure, on attendait (j’ai acheté un paquet de chocolat dans les 9 euros, quand même, tu vois bien, mais mon vol était sans escale – au retour, deux verres de vin rouge de Grèce à Athènes – comment veux-tu faire autrement ?)

le tarmac plat comme la main, et puis ça y fut, on y alla, faire passer les assis du fond avant ceux de l’avant, je ne suis pas sûr qu’il y ait eu des premières classes, mais peut-être (on voit ce genre de passagers infatués déjà  assis qui parlent dans leur téléphone, figés parfois sur leur écran, derrière des lunettes de soleil, habitués sans doute à quelque chose) (par exemple : le paparazzo se munit de son enregistreur d’image et prend à l’aveugle ce type de personnages : ici, non)

on avançait dans cet espècede boyau, on allait être englouti, on allait partir, le commandant nous accueillerait (la sono toujours grasseillante,on ne sait pas pourquoi il faut que le son soit monté si fort, on nous indique qu’on est content de nous accueillir etc. gestes de secours etc. on passera dans les rangs pour vendre de quoi manger boire se divertir se soigner s’orner se parfumer…)

j’avais dans mon sac la biographie de Miles Davies (réédition Table ronde) édifiante

et puis les choses allant comme allaient, on s’est envolés, on laissait le ciel au bleu et on passait les Alpes

dans les bleus passait l’Italie

la chance du hublot (mais la malchance de l’aile)

(je ne m’en lasserai jamais sans doute, la bonne heure, les beaux ciels, les nuages parfois

je préfère le train (je ne porte pas de casque pour écouter de chansons, je ne prends pas d’ordinateur, je n’en veux pas, je n’en veux plus), on doit être à dix kilomètres au dessus des flots mais six au dessus des neiges éternelles dit-on, on va dans le sens contraire de l’astre, et là-bas au fond, sur la lagune, Venise…

(un parachute, et on se lancerait…) son lido, Malamocco et Pellestrina

la nuit va tomber, on avance dans la journée comme en âge, je n’ai pas dormi, je n’avais pas prévu à manger – mais m’étais alimenté avant le départ quand même – j’ai pris une boite de soda à 3 euros, lu, attendu puis, bientôt on descendrait vers la terre ferme mais ilienne…

 

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1 Comment

    splendeur du monde depuis le ciel (et là voyager avec vous sans subir l’exaspération des attentes dans les aéroports (souvenir de quatre heures à Rome, confinée et me maudissant de n’avoir pas pris le train… dernier de mes voyages en avion il y a très très longtemps – pas de sous assez pour faire voyages lointains qui le justifieraient

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