Pendant le weekend

Dix huit dix neuf neuf cinq cent soixante neuf (obituaire)

 

(à bien y regarder ces titres ne diront plus rien dans quelques années) (ce n’est pas important, puisque nous avons quelques autres indices – notamment ces étiquettes qu’on renseigne avec application – c’est certainement insuffisant) une femme inconnue qui, depuis quelques années (deux mille treize il me semble bien – depuis la disparition de son mari assez alcoolique, assez gentil quand il n’avait pas trop bu – un homme que je ne connaissais pas non plus) victime dans ces jours-là d’un accident vasculaire cérébrale la laissant paraplégique et muette, a laissé cette vie hier soir – le texto annonce ce dimanche soir (alors que nous recevons les T. à dîner – j’ai commis un osso bucco) une « détresse respiratoire » : moi qui suis atteint de cet asthme qui m’est arrivé avec « mon » rapatriement (j’ai toujours aimé savoir que j’étais un rapatrié – mais ce n’est que dans le fantasme, t’inquiète), de cet asthme dis-je, je sais bien ce que c’est que cette « détresse » et je sais qu’elle est directement voisine au plus proche de la mort – je l’ai frôlée à l’hôpital de Percy du Petit Clamart( toute proportion gardée, un peu comme le général…) , un après-midi de septembre soixante dix huit ou sept je ne sais plus bien) : deux heures plus tard, elle s’en était allée ( c’était une grand-mère, ses petits-enfants – qui sont pour certains adultes à présent – iront suivre le cercueil qui sera entreposé à côté (dessus, dessous qui peut savoir ?) (ou alors une urne, qui sait ?) de celui (ou celle) de son mari (cette année a vu la disparition de son fils, et l’année où son mari disparaissait, celle de sa soeur) (je ne sais pas bien pourquoi je raconte tout ça, pour marquer le coup sans doute ? qui peut savoir où nous entraîne l’écriture ?) :  il vaut mieux déposer ici quelques images, voilà qui, comme la musique, permet aux moeurs de s’adoucir

c’est égal, le monde est tel qu’il est, nous n’y sommes que pour peu de temps, autant regarder les choses en face, j’attends que le temps se remette au beau, que la facture d’été soit payée, que les charges accumulées soient enfin déduites (les charges, notre travail qui nous est donné par l’industrie ou je ne sais quel instance extra-humaine : tout est fait – et d’abord le langage – pour nous indiquer que nous sommes redevables à quelque ectoplasme de notre force et de notre conscience, nous les lui prêtons et lui grand seigneur (grand saigneur oui) rétribue cet esclavage – j’entendais l’un d’entre ces ectoplasmes odieux il y a quelques jours dans le poste, on lui passait la brosse à reluire et lui s’en trouvait tellement flatté c’était pathétique et tout simplement répugnant ( les ordonnances sont prêtes, on va pouvoir s’en aller fouailler tranquillement dans les charges et les avantages retraite/sécurité sociale/indemnités prud’hommales : ce monde est décidément abject) (« definitly » dirait Ray (incarné sublimement par Dustin Hoffmann) Babbitt dans Rain man ( Barry Levinson, 1989)

ces roses en souvenir de mon amie O. et pour cette dame jamais vue

en lecture L’absolue perfection du crime (Tanguy Viel, minuit 2001/6)

en dvd Fenêtre sur cour (Rear window Sir Alfred, 1954)

Pour le plaisir cette épicerie

sise rue de Belleville, et cette vue bateau/robot  (mais c’est pour ça qu’on l’aime) de la sérénissime

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2 Comments

    et vaille comme vaille, perdue mais persistante en tout cela, notre humanité résolue

  • Cette épicerie et le mot « Moyen-Orient » que l’on n’utilise plus guère : nostalgie du Caire, pas encore vu le polar « confidentiel » du même nom…

    Concernant « l’ectoplasme », je n’ai pas voté pour lui au second tour de la présidentielle (j’étais en Allemagne même si j’avais donné procuration) , alors je me sens les mains propres !

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