Pendant le weekend

1299 vendredi 3 deux mille vingt (Oublier Paris #91)

 

 

 

(première fois qu’on écrit cette date, les années passent, les choses restent – se délitent, s’usent, se dépassent – prennent une autre allure) (les choses, certes) il s’agit d’un des habitués du lieu

(je tiens une image de lui prise par le robot quelque part – ici il est en noir, là-bas en couleur) ici c’est l’hiver (là-bas plutôt l’été) (en fait, en été sur la photo,  il est en blanc, je ne retrouve pas celle où il est en jaune)

il s’agit d’un homme âgé (ce monde, ici – peut-être pas ailleurs, je ne sais pas – mais ici – je le sais – donne une prime à la jeunesse, il s’agit juste d’une excroissance de l’idéologie de la consommation, quand c’est neuf c’est enviable, quand c’est vieux ça se jette – ça ne se réparerait pas de toutes les manières – ce monde n’aime pas ses vieux, il les laisse croupir dans des asiles (il n’appelle pas ces horreurs de ce nom, il donne dans « établissement » ainsi que pour les prisons) je ne le connais que de vue

il est là et probablement court-il tous les matins – s’il pleut ? le week-end ? tous les jours, à courir ? il faudrait voir –

il faudrait voir, plus vieux que moi, que lui ? des deux lequel ? projection, s’entretenir (moi je marche) s’orner de cheveux blancs (je les perds, je chauvisse) sur la pelouse, devant la folie, sous les arbres (une journée entière ? non, seulement le matin) (à ce que j’en sais) il est là et il court

à son rythme, tranquillement (je le vois, et je pense à Jorge Semprun à son « écriture ou la vie », j’ai choisi la vie sans doute – rien n’est dit, rien n’est fait, il me reste encore quelques années – sur le bureau deux enveloppes kraft attendent un peu que le jour se lève), je l’aime bien (mais j’aime que les choses se reproduisent aussi – j’aime ça et les tenants du changement à tout prix quel qu’il soit m’emmerdent profondément)

la lumière, le matin, un peu d’eau froide – il transpire – je range l’appareil, dans mes poches j’enfonce mes mains, il fait froid, au ciel passent les avions, un ou deux oiseaux – la lumière dans ses cheveux blancs

Pour mémoire, lui-même en été

 

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2 Comments

    La solitude du coureur de fond (d’image)… un film et des photos, peste soit des marathons ! 🙂

  • mon admiration grande pour lui sur la dernière…
    d’autant que même la marche ai de plus en plus de mal avec habitude trop grande, choses à faire et froid à prolonger les trajets nécessaires pour que cela fasse une heure en défalquant les arrêts et que la plupart du temps ma marche est rêveuse, contemplative et en rien sportive (ça m’ennuie)
    et oui les vieux sont encombrants et on devrait les jeter… ou leur faciliter porte de sortie parce que pas si facile 🙂

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