Pendant le weekend

La maison du vieux

Vanite2

Je pense que le vieil homme ne dort pas. Il est debout lorsque je me couche et debout lorsque je me réveille. Je lui ai demandé où il dormait, il a rit. « C’est curieux cette question, vous ne me demandez pas d’abord où je vis? ». Effectivement, cette vieille maison « début de siècle » est abandonnée en plein cœur d’un village moderne issu d’un ambitieux projet d’urbanisme, un peu isolée des jeunes lotissements, comme un vestige intouchable du temps passé, une caution historique. La vieille meulière crasseuse contraste avec le crépi flambant neuf des maisons « prêtes à vivre ». Même si les grilles sont ouvertes en permanence le jardin clôt jure avec les parcelles de gazon sans barrière des nouveaux pavillons. A l’intérieur, c’est encore autre chose. L’ordonnancement du mobilier relève d’une incohérence totale mais ne perturbe pas l’apparente sérénité qui règne dans le salon. Un ensemble d’éléments appartenant à l’univers pavillonnaire classique a été accumulé depuis sûrement longtemps, sans distinction apparente, sans logique compréhensible. « Ça n’est peut-être pas évident mais tout est à sa place. À l’époque je passais un temps fou à disposer les meubles. Cela dit, maintenant, faites comme chez vous. Aujourd’hui, tout cela ne m’intéresse plus ».  Cinq chaises identiques alignées contre le mur donnent au salon un air de salle de bal austère. Un large et robuste buffet, face contre mur, en supporte un autre, plus frêle, aux tiroirs à peine accessibles. Deux fauteuils de velours bordeaux trônent au milieu du salon, face à face, collés l’un à l’autre, ne laissant aucune place pour les jambes. La matière plastique les recouvrant laissant supposer que de toute façon jamais personne ne les occupe. Surtout pas le vieil homme barbu dont je ne connais toujours pas le nom. « Je ne pense pas que mon nom puisse vous aider en quoi que ce soit. Ne vous encombrez pas de ça », m’a-t-il dit un jour.

La nuit dernière je me suis levé, j’ai regardé dans le jardin, il n’y était plus. Je me suis recouché. Ce matin, il y était à nouveau et regardait ses cailloux en souriant.

Adrien Villeneuve


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