Pendant le weekend

Andreï et Chris

C’est un épisode tragique, une journée dans la vie de Andréï Tarkovski,

il est ainsi allongé sur son lit, il va mourir mais son fils revient de Russie d’où Andreï s’est exilé, il a fui ce communisme qu’il honnit et ce communisme le lui a rendu mille et une fois.

L’auteur de 7 films, la pertinence de ses plans séquences et son désir de prendre le cinéma pour un art comme les autres, aussi beau que les autres arts ainsi dits : c’est ainsi dit, c’est ainsi fait. Des plans magnifiques et des explications simples parce que c’est la simplicité qui fait vraiment la réalité de l’art et son sublime.

On aura vu Stalker

Andreï Roublev, toi l’Enfance d’Ivan,

et le Miroir.

Laisser le monde être parcouru de fantômes. (Il y manque Nostalghia et Le Sacrifice)

Dans ce film-ci, c’est Chris Marker qui bosse,

tandis que le cinéaste orthodoxe (comme dit la voix off de Marina Vladi) sourit à son fils, s’inquiète de ses valises, lui, l’homme qui meurt, qui tout à l’heure peut-être sera emporté, lui qui sourit

et qui deux plans plus tôt mimait aux acteurs ce qu’ils avaient à faire, lui ici qui rit mais bientôt qui ne sera plus que terre, cendres ou poussières, lui cet homme drôle, tellement lyrique et croyant, une foi si grande, si forte si exceptionnelle dans son art, son cinéma, qu’on en arriverait presque à le suivre sur ces chemins, à le croire quand il nous indique « la zone » où se rendre prisonnier.

Le début du plan séquence expliqué dans le film, extrait du Sacrifice

Lorsque j’ai vu « Solaris », il y a peut-être trente cinq ans (je crois que c’était rue de la Huchette), je venais de lire le roman de Stanislam Lem, j’avais vu vingt fois « 2001, l’Odyssée de l’espace » et j’avais conçu ce film comme l’image d’une décalcomanie, de l’autre côté du mur, de ce futur qu’on nous annonçait si flamboyant.

Voilà tout. Les flammes illuminent le décor, les acteurs jouent et Andreï Tarkowski, après les avoir dirigés, les filme.

Andreï Tarkovski, de dos, et un petit insert rond qui nous indique ce qu’il voit au loin.

Un metteur en scène, l’oeil à la caméra. Et c’est ce regard, ce regard-là, probablement, que fixera, pour toujours, Chris Marker, ce regard qui est aussi bien l’unique image animée de son extraordinaire film de science-fiction intitulé « la Jetée » (c’est cette tendresse que j’ai pour Orly, Gilbert -Bécaud- et probablement cette haine des frontières, tout comme eux…)

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5 Comments

    Qui a une interprétation de l’apparition récurrente (anachronique) de montgolfières chez Tarkovski ?

  • Moi non, mais justement je me disais cet anachronisme l’est-il véritablement ? (il avait un truc avec l’air, c’est certain et aussi le feu-bon va aussi pour l’eau, sans parler de la terre… Hum)

  • Stalker, et les autres, oui, parfois, quel cinéaste peut-on trouver pour le comparer, mais c’est justement impossible car le véritable artiste est incomparable.

    « La Jetée », un autre Ovni.

    Merci pour le découpage où l’on voit « l’amateur » filmique au sens premier.

  • @ DH-alias LCC- : Eisenstein avait quelque chose de ce genre aussi, pour rester chez les Russes, soviétiques ou pas, une sorte de lyrisme, un truc avec l’âme slave, des vagues réminiscences peut-être… Mais c’est vrai qu’ils sont incomparables… Merci pour les commentaires

  • […] « Andrei Roublev » j’ai aussi vu (il y a peu – compte en est rendu ici) le film de Chris Marker, où on voit précisément ce fils venir embrasser son père (celui-ci est […]

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