Pendant le weekend

Jacques

Ce fut à cette dernière séance, ce samedi, pour moi, où j’appris que le « S » de

André S. Labarthe signifiait tout bonnement Sylvain. J’écris tout en écoutant le quartet de jazz moderne (MJQ magnifique) que je dois au Chasse Clou.

Ce fut un film (pardon, une émission) de

Claude de Givray, qui traçait un portrait de Jacques Becker

l’un des réalisataeurs de cinéma les plus élégants de tous les temps (nul ne peut présager de l’avenir, cependant) et de tout l’univers.  Assistant de Jean Renoir (notamment sur « le Crime de Monsieur Lange » -1936- où j’ai toujours adoré Jules Berry), il joue aussi de petits rôles (ici, dans « Boudu sauvé des eaux » 1932)

(l’ombre qu’on aperçoit à droite de l’image est celle de Michel Simon).

Tous ces films et surtout tous ces acteurs : c’est parce que Jean Renoir les dirigeait formidablement que Jacques Becker le suivit si longtemps, je suppose, et pour cet amour irraisonné de ce métier de cinéma. J’aime savoir que Simone Signoret

faillit ne jamais jouer « Casque » comme elle dit (le standard des films de cinéma, 1900, « et ça sait danser, un charpentier ? » dit-elle, 
Mandin, l’ex-apache de Belleville, qui la prend par la taille d’un bras,  tandis que l’autre reste inerte à son côté et qu’ils valsent tous les deux, vers le fond de l’image, leur première rencontre, la valse, le bras, le mot « fin » qui vient à nous, et elle, « Casque » qui sourit, et lui, très 1900, ceinture de force, casquette de travers et petit foulard noué). J’aime savoir que Claude Dauphin

a un humour de tulle, alors que son frère, Jaboune ou Jean Nohain, ou le mari de Mireille, et le petit chemin qui sent la noisette, les bords de Marne… J’étais alors au ventre de ma mère, de l’autre côté de la mer… J’aime savoir et connaître ceux qui ici m’ont précédé; non pas que je m’évaluer à leur mesure (j’ai toujours haï l’évaluation comparative) mais parce que le monde est fait d’eux comme de nous et de ceux qui nous suivent. J’aime ça, même si Maurice Ronet, ici contemporain du film qu’on nous présentait hier (1967)

Maurice Ronet, donc, ici avec son propre père dans « Rendez-vous de Juillet », vingt ans plus tôt (1948)

nous apparaît, malgré son si léger et charmant sourire, comme un spectre.

Certes, tous ici ont disparu. Mais au film, à l’émission de télévision d’alors, ils vivaient et racontaient comment ils avaient connu Becker, comment celui-ci les aimait, comment il les manipulait (les acteurs aiment à être manipulés, car c’est leur métier : voilà qui fait partie du contrat) avec élégance et compréhension, compassion et droiture. J’aime bien  Robert le VIgan (même s’il a très mal tourné) ici, dans « Goupi Mains Rouges » (1943)

alors qu’il monte toujours plus haut dans ce qu’on peut imaginer être un frêne, qu’il monte, et que finalement, bien sûr, la branche se rompt, et qu’il tombe et meurt sous nos yeux

Et comme lui aussi à cet air de spectre…

Et les femmes, Nicole Courcel, la garce de « Rendez-vous » – je fais comme Simone-

charmante, et Brigitte Auber, un peu niaise probablement (c’est après-guerre, il y a quelque chose de la joie de vivre, dans cette voiture amphibie qui traverse la Seine sous la passerelle des Arts…

et Daniel Gélin, sa pochette, son sourire, ses rides au front, ce regard mi amical mi perdu, j’aime ça.


ou Anne Vernon dans une robe magnifique de « Edouard et Caroline »(1950)

La monteuse, Marguerite Renoir, je l’ai manquée.

Les scénariste aussi, probablement, Françoise Giroud  et Maurice Griffe

les images, les histoires « Touchez pas au grisbi », (ici, à droite de trois quart dos, Paul Frankeur, tandis que Jean Gaboin, assis se dissout, que Lino Ventura, debout, veut l’évincer)

Je ne sais pas, Lino Ventura que j’ai revu récemment en couleurs, ici en noir et blanc, qu’a-t-il donc ?

On se souvient de ces mots qu’il prononce dans « les Tontons Flingueurs » je crois : « c’est du brutal » en buvant une eau de vie « maison », on se souvient de ses apparitions dans l’Armée des Ombres (Jean Pierre Mleville, 1969) dans des autobus souvent il s’échappe (et je me souviens du 23 de Rome qui nous menait de la Pyramide à Trastevere), avec Simone Signoret et tant d’autres…

Le derneir film de Jacques Becker, « Le Trou » (1960) , scénario de José Giovanni

qui dit « Ah, « Le Trou » c’est autobiographique », mais le voilà libre, cependant, malgré cette évasion ratée… Des jeunes comédiens qui feront carrière, comme on dit, voici Michel Constantin

Je ne sais pas, de tous ceux que j’ai captés, Jacques Becker en 18 photos, il ne nous reste qu’eux, il ne nous reste quand la lumière se rallume rien, des images, des souvenirs. On sort, c’est au sous-sol, on remonte l’escalier

on  peut dire « salut l’artiste », on peut penser encore à ces acteurs et les aimer comme on aime le chocolat ou la pizza. C’est là, on ne les oublie pas, le goût en est là



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2 Comments

    quel voyage dans les souvenirs du beau cinéma et de tous ceux qui nous ont précédés tu nous offres, beaux disparus, et qui nous ont faits, d’une manière en noir et blanc, ou d’une autre en couleurs, en muet ou en parlant, au fil des images, des répliques, de leur visages sourire grain de voix, au fil de la musique, du montage, du scénario, des dialogues/ oui pierre, on peut l’aimer le cinéma, on peut les aimer les artistes, on peut t’aimer aussi

  • c’est gentil, maryse, merci

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