Pendant le weekend

Carnet de voyages #32

J’ai laissé derrière moi en partant cinquante six jours de travail non stop (c’est l’Angleterre), en revenant j’en trouverai d’autres jusqu’à la fin de l’année (et du monde déjà). J’aime bien croire à ce genre de prédiction, pas seulement parce qu’elle va se produire, mais parce qu’il faut y croire. Il y avait Eluard qui disait « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », les surréalistes traversaient la place Blanche, hallucinés ils entraient dans les cinémas, Luis Bunuel et Giorgio de Chirico, les autobus alors avaient des plateformes, il était temps d’oublier la première guerre mondiale, de penser à la seconde, les hivers étaient rudes et le réchauffement climatique une vaste blague… Autres temps, nous descendions Judd Street, le nom des voies j’aime ça aussi, il y avait dans l’air quelque chose de différent, une métropole, Tarzan, le muséum d’histoire naturelle, le soleil qui descend, l’hôtel comptait près de deux mille chambres, il occupe avec ses deux acolytes d’un même acabit tout un pâté de maisons (on dit « block »), il s’agit d’une usine, on entre par une sorte de voie barrée, à gauche se situe l’aile south à droite la north, il y a dans cette entrée basse de plafond deux comptoirs derrière lesquels s’affairent une quinzaine d’employés en habit (noir et bleu), des jeunes gens, on présente le « voucher » (hein), une jeune femme pakistanaise probablement vous indique que  vous aurez la 6067, sixième étage, on vous donne votre bedroom card,  au dos de laquelle figure un plan emergency exits, vous avez fourni vos papiers, vous avez rempli le document, vous prenez l’ascenseur pour trouver une chambre à deux lits, non, redescendre, s’entretenir en anglais avec un jeune type qui vous indique qu’il n’y a rien, pour l’hôtel, mais rien d’obligatoire, certes vous aviez réservé une chambre avec un lit double, non deux simples, mais vous n’êtes pas sans savoir que pour l’hôtel il n’y  a rien, mais rien d’obligatoire, il va aller voir, mais vous le saurez (on ne reviendra pas, ne t’en fais pas, on le sait déjà) pour la prochaine fois, il s’en ira consulter son ordinateur pour revenir, nous donner, barrée la 6067, la 6305 qui elle donne sur Bedford Street et au loin le soleil se couchera

il ne sera pas plus que trois heures (P.M), nous nous demanderons où nous sommes tombés, mais il y fait chaud, la douche date de l’année de la construction de l’hôtel (les années cinquante probablement), l’eau est chaude, la fenêtre ne s’ouvre pas, la télévision est fichée au mur et on ne disposera d’aucune autre décoration (c’est sans doute mieux).

Ecran plat, noir, coin, bureau laqué blanc, deux chaises recouvertes de tissu bleu, un tabouret du même métal, des serviettes, des verres, de la buée, au loin la nuit envahit le monde, les grues s’illuminent de points rouges, les avions continuent leurs lentes approches, si on y regarde de plus près, il y en a en permanence quatre ou cinq, ils ralentissent vers le sud, de l’autre côté du fleuve qui coule vers l’est, il n’y a pas un nuage, dans l’immeuble d’en face quelques personnes sont réunies autour d’une longue table, nous sommes samedi soir, la nuit vient on sort, à quatre pas d’ici on avance, on cherche, on ne trouve pas, dans cette rue une fille blonde urine presqu’accroupie, en jupe, c’est à ne pas croire, mais si, on fait le tour, il y a une sorte de beuverie vernissage, un vernis de jeunes gens assez partis, « every junki’s like a setting sun » disait la chanson, mais il n’y a plus de soleil, le British Muséum ne se cache plus, il est là, allons y il est tard, je ne sais plus, les vigiles rient, on entre

un intérieur comme on n’en fait plus

des fenêtres derrière lesquelles les sphinx se cachent

des dessins de Goya, magnifiques mais manque la lumière pour les capter, des allées immenses, des objets volés, des toiles peintes, mais on pose devant les fenêtres

on a flanqué dans le marbre les noms des donateurs, dédié ce musée à son altesse majestueuse et gracieuse, Elisabeth la deuxième, le nom des Windsor (ah, je me souviens le duc et son épouse, aux orties la royauté, les sensibilités nazies de l’épouse, les V2, « No sport » oui, je l’ai déjà dis, dehors c’est la nuit, des hommes en chapeau melon regardent la bibliothèque éventrée par les bombes, les V2, Oppenheimer, Manhattan et Mac Carthy, cette mythologie c’est l’histoire qui resurgit, le jour de la Saint Amour, on se cachait dans le métro, mon père, le morse, je me souviens) on va prendre le métro

j’ai toujours voulu voir Pimlico, on va à Trafalgar Square ? Ou à Piccadilly Circus ? Le tourisme, les autobus

croiser Oxford Street, continuer à pied, il est tard, on a dormi, le lendemain, toujours en autobus, le 7 je crois qu’il se prend à Russell Square, il nous emmène sous le soleil, dix heures du matin, après un petit déjeuner dit « continental » dans une sorte de bar dépersonnalisé, attendre pour entre que des tables se libère, le garçon qui nous arrête a quelque chose d’asiatique, on attend, au fond le comptoir de déjeuner à l’anglais (oeufs brouillés ou non,  haricots saucisses, le coeur bien accroché), du café à la machine, du jus de fruit à la machine, et dabns l’autobusl’immensité du ciel

la Tamise, la City, contrechamp vers la grande roue, non loin de la gare de Waterloo

on voit à peine, au fond, la tour de Londres, le ciel est encore plus bleu par la vitre avant de l’impériale de l’autobus

au ciel des avions

et ce qui est joli dans cette ville c’est que les banlieues n’en sont pas, ou alors moyennes, difficile de comparer avec Paris, son enceinte  de périphérique, partout des portes, ici non, on passe

on laisse derrière soi le centre historique probablement, on avance dans des quartiers neufs qui ressemblent tous aux quartiers neufs de partout dans cet occident anglo-saxon

les mêmes marques, les mêmes tours, les mêmes autos, on se dirige vers Greenwich, il fait froid, onze trente un dimanche, c’est Londres encore pourtant

 

 

 

 

 

 

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