Pendant le weekend

Vases Communicants #32

Pour le mois de décembre 2012, Pendant le week-end accueille pour la deuxième, non la troisième fois (et c’est un grand plaisir) ana nb tandis qu’elle accueille Piero Cohen-Hadria en son Jardin Sauvage (qu’elle en soit ici remerciée). Notre contrainte était « un truc sur Buñuel » , acceptée parce qu’on l’aime, et qu’on aime le ciné. « Pendant le week-end » dédie ce Vase Communicant à Maryse Hache, parce qu’on l’aime.



Sous la voix de Luis Buñuel   


 

 

ça  commence par la voix – la voix de Luis Buñuel 


on peut imaginer cette voix quelque part à Paris – au studio 28 ( je ne sais plus  si c’est là ) – la voix dit «il était une fois-»  – bientôt on voit apparaître sur l’écran le cinéaste – on peut le voir aiguiser un rasoir – Luis Buñuel   est devenu acteur de son premier film –


au commencement il y a le désir d’être dans la voix du cinéaste – il n’est pas espagnol il n’est pas mexicain il n’est pas français il n’est pas américain – la voix de ce cinéaste c’est la voix de Luis Buñuel – sa voix est une voix amie elle semble porter une autre voix – une autre voix proche –


c’est là – c’est peut être là –  dans la beauté  de  la voix de Luis Buñuel    –  je ne me souviens pas quand et où – peut être dans un salon aux volets fermés – c’est l’été – y aqui esta  – c’est ici – la fiction du nada –  la mort l’amour fou l’apparition le cycliste la lectrice la chute du livre le piano bestial  – l’apparition de Luis sur le balcon  la chute répétée du cycliste – la main aux fourmis – le nuage l’œil le nuage – la coupure – tout se mélange le temps de la première vision les notes traduites à la mort du cinéaste  – une voix fait entendre une autre  voix –  une voix dit entre dans mon rêve – on se voudrait amie de ce cinéaste  – c’est pour les amis et les amis de ses amis qu’il fait des films – le public il s’en moque – 


c’est le désir fou d’un jeune cinéaste de vingt sept ans d’éprouver la liberté dans chaque image dans chaque plan de son film –  il est impossible de raconter « L’ âge  d’or ».Mais il est impossible d’oublier le nom de Lya Lys – le réel et l’imaginaire se fondent – il se passe quelque chose – et  Luis Buñuel  nous invite à regarder –


au commencement on écoute plusieurs fois le même entretien – on voit le cinéaste attablé avec un critique de cinéma  – c’est peut être l’été – le cinéaste dit qu’il n’a rien à dire sur lui  qu’il ne se définit pas –

  


 c’est la volonté de parler d’une terre retirée une terre inconnue une  terre oubliée, « Las Hurdes » – et derrière ce film l’ami anarchiste qui permit son tournage cet ami Ramon Acin assassiné en 1936 par les fascistes. « Il n’y a rien qui ne tienne mieux en éveil que de penser toujours à la mort » dit une voix de femme de Las Hurdes 


c’est l’exil mexicain – L’Espagne  est  un grand cadavre ignoré de ses voisins – on  revoit « Subida al cielo» / La montée au ciel, « La ilusion viaja en Travia / On a volé un tram», Don Quintin l’amer/ La hija del engano – on voit le théâtre ironique de Bunuel – on entre dans la vie du jaloux dans la vie de la femme sans amour – on ne voit plus l’amour fou on voit la jalousie folle de  « El / Tourments » – on se souvient de la scène dans l’église – l’église comme lieu d’adoration religieuse et d’adoration féminine –  on lit que la période mexicaine correspondrait à une période de cinéma/ alimentaire pour Luis Buñuel   – Les acteurs sont imposés – on ne peut pas oublier  El –


c’est là – c’est peut être là – la spirale des blessures la mort le sang les secousses irrespectueuses – le choc de la sensualité de Rosita Quintana Lilia Prado Lily Aclemar Rosita Quintana – y aqui esta – l’ordre encore dérangé du monde – ou alors comme le dit Luis Buñuel  c’est là quelque chose d’humain du monde –


c’est à Paris que  Luis Buñuel   devient  Buñuel  dès son premier film de dix sept minutes de vertiges visuels – c’est à Paris que le cinéaste tourne ses  derniers films sur la bourgeoisie et ses charmes vénéneux – on ne les voit pas – on les voit plus tard – on se souvient de Buñuel  parlant des chevilles de Jeanne Moreau – on se souvient de la scène du pape fusillé on se souvient d’autres scènes mais –


on écrit sur Luis Buñuel  – on voudrait écrire sur la voix de Luis Buñuel  – mais c’est à une autre voix que l’on pense une voix enregistrée nulle part une voix sans film – on entend le trouble – on comprend la beauté de la voix de Luis Bunuel – on ne s’en détache pas – on n’écrit plus – on a une liste inutile – A comme araignée trois lumières les dix fenêtres de Luis il se passe quelque chose l’œil du crime Buñuel   le parisien –


on ferme les yeux on ferme les yeux très  fort on entend un bruissement dans sa tête –  et le vide de l’autre voix


Texte et traitement des photos : ana nb (photos issues de Cahiers du Cinéma – Buñuel inédit entretiens avec un esprit libre – 02/93
 Luis Buñuel – Raymond Lefèvre – Edilig – 1984
 )


Merci à Brigitte  Celérier pour son attention toujours présente, et sa gentillesse au travail d’organisation/administration Vazco (à elle Bravo!). Les autres Vazco sont là, (il y en a même qui ont fait un échange à trois, t’as qu’à voir) et on peut aussi consulter le Scoop it de monsieur Pierre Ménard ici.

 



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