Pendant le weekend

Photos J-B. Huynh

C’est la mise en place de la fiction qui est toujours difficile. Il en va de la confiance qu’on portera à la suite du texte : il faut embrayer, si cette métaphore automobile peut agir, il faut regarder et faire en sorte de faire comprendre tout en n’en disant pas trop ni trop peu. Il y a de la grâce dans les images et de la facilité, de l’aisance, une amabilité qu’on retrouve, quelque chose qu’on a toujours côtoyé et qu’on retrouve avec plaisir. Une connivence. Les images sont ce qu’elles sont et n’en disent jamais plus que ce que ce qu’elles en disent. Une simple photo de loin

n’est jamais si simple ni de si loin. A l’intérieur du cadre, la porte d’entrée dans la salle, ici, loin de l’entrée, loin sous terre, probablement, on ne sait, c’est un dédale, la salle de la Maquette, était-il indiqué. Une promenade plus tard, il ne faisait pas si froid, nous avions marché, depuis les Champs Elysées jusqu’à Auber (une rue au nom d’un compositeur, anciennement de Rouen) , le 95, entre temps nous avions croisé une affiche, était-ce au coin de la Boétie (une rue, mais Montaigne son  avenue) et de Franklin Delano Roosevelt (une avenue) ? Probablement. Pas de souvenir de l’intitulé. C’était le dernier jour de l’année. Ou la veille. Nous marchions, filant à l’est. Nous nous approchions de la Pyramide (tu te souviens de celle de Rome ?), puis entrant par le passage non loin de la place du Palais Royal, le plus grand musée du monde. On s’en approche

la gardienne charmante, asiatique au sourire si doux, comme une excuse me répondant non lorsque je lui demandai s’il y avait là une sortie autre que celle passant par la Pyramide, dans le tableau (c’est une photo de tableau) on voit encore la porte d’entrée dans la salle, il y a là une dizaine de photographies contrecollées sur des planches carrées, encadrées de noir sans doute mais dans la salle, sous terre, on ne sait encore, droite cadre vers le haut ici, il s’agit d’une passoire vue de dessous, elle est au centre de la précédente, on s’avance pour regarder

voir ce que ce regard vous dira (saura-t-on jamais ce qu’il a vu, ce regard-là ?), ces épaules et ce bleu de turban, on se tourne, pano de quatre vingt dix degrés

vers la gauche, des visiteurs passent, des millions de visiteurs passent ici, on ne les voit qu’à peine, par ce musée, par ces salles, par ces ruines (ce sont des ruines qu’on longe pour trouver cette salle de la Maquette, située loin à l’est, sous la Cour carrée) quelques photographies plus loin on ne se rapproche pas mais on tente de saisir ce que ce visage, c’est d’un homme qu’il s’agit, ce visage d’homme pourrait nous indiquer

un peu éloigné mais cependant si proche, ces yeux sans visage (1960, Georges Franju, l’homme du « Sang des Bêtes », 1949) cette façon de poser sur son menton sa main, ou l’inverse comment savoir, une sorte de sourire, un sac, une photo cadrée, en noir, regarder, il y avait là une dizaine de photographies, j’en ai réalisé six ou huit, mais certaines ne disent rien, je ne les pose pas, certaines parlent de Marc Antoine

ou de Marc Aurèle, il en manque, c’est un masque, une statue, la photographie d’une statue ou d’un masque, elle-même photographiée et reproduite ici, les choses vont, je repense à « L’Oeuvre au Noir » et aux « Mémoires d’Hadrien », je repense à Belphégor, nous marchions dans cette cour, nous regagnions le métro, sur la rue de Rivoli, dans l’entrée « réservée aux voyageurs munis de billet » cet homme qui vend des reproductions de la Tour Eiffel

non loin du fleuve, des guichets et de l’arc de Triomphe du Carrousel, il faisait si bon, il faisait si doux, c’était à la fin de l’année dernière, il n’y a pas si longtemps, ces photos n’y sont plus, le temps est passé, je crois que c’était le dernier jour, n’importe, les injonctions « faites », « allez », « changez », « achetez » et toute cette inutile économie publicitaire, regarder ce que font les autres que soi, regarder les approches, les histoires, les a priori et les présupposés, confronter, apprivoiser et retenir des images, des illustrations, dans une salle aveugle, au sous sol du plus grand musée du monde 

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1 Comment

    Merci pour la visite pyramidale (peu importe l’époque).
    Et le beau portrait au turban bleu.

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