Pendant le weekend

Sur le bureau #16

Recension 16 par tirage aléatoire (pas : une photo sur cent) des clichés utilisés ici ou là, regroupés dans le dossier photos améliorées (1770 éléments).

 

Celle-ci a été prise en auto.

En descendant la rue de Flandre (l’avenue, pardon), voilà un moment, le café tabac bar restaurant est fermé depuis pas mal de temps déjà (13 mars 2011), près de deux ans, le chantier de la bataille, les autos, les poutrelles du métro aérien (je me souviens de « Faux contact »), et sur Paris, temps pourri, retour du travail en journée, il était une heure et quelque je me souviens, prendre une photo en conduisant (mais je suis arrêté au feu rouge, il passe au vert), Paris 19, nous en étions à souhaiter, à désirer, à demander, à espérer le départ du minuscule à talonnettes, nous nous disions que les lendemains chanteraient… Un de ces soirs là, il y avait au Forum des Images ce vieux monsieur, un des rescapés de l’Affiche Rouge, Arsène Tchakarian

qui nous expliquait ce que voulait dire résister, c’était une autre époque, et aujourd’hui, je suis révolté, désespéré, ça n’a rien à voir, personne n’est responsable, le champ est dévasté et l’horreur incroyable, insupportable, inhumaine et pourtant tellement vraie, tellement de nous autres : nous perdons notre travail et nous perdons notre vie.

Chantier du boulevard.

Personne n’est responsable, c’est juste le règlement. Depuis quand un règlement vaut-il une vie ? L’art n’a rien à voir avec le divertissement, disait Glenn Gould, il s’agit simplement de sauver son âme. Oui, Marc Chagall, sur ce calendrier (mois de mars aussi)

dans la salle d’attente, oui, savoir se débrouiller avec ça, chercher du travail, il faut bien vivre, il faut bien éduquer les enfants, les nourrir et les protéger (à présent elles sont grandes, probablement, mais continuer, regarder autour de soi, le ciel gris, la pluie et les horreurs de ce monde)

ce n’est pas toujours aussi bouché, l’horizon, sur le faubourg, les gens crient, les gens s’invectivent, se hèlent, s’agonisent et se battent au sang, souvent bières sur bières, pissent dans la rue, dans un coin comme des chiens, quelque fois j’entendais dire que des joutes d’alcool se réglaient au mètre, des histoires de légende, j’ai fait une série de flèches

pas nécessairement dans ce sens, d’ailleurs, les questions de la guerre, tu sais, l’Afrique, le Mali, l’Egypte et les viols, tu sais ces histoires qu’on entend dans le poste, on écoute à peine, l’esprit passe mais les choses sont là, dans les rues de Tunis on se bat, on s’égorge peut-être, on croit en quelque chose, qui aurait la couleur de la liberté

ce ciel par dessus le toit, « il a deux  points rouges au côté droit, comme un coquelicot mon âme », on ne cessera donc jamais de s’entretuer, et la révolte d’entendre que ce type de quarante et quelques années, lui aussi, se tue en s’immolant au feu, tu te souviens de la fin des années soixante, où les bonzes au Vietnam procédaient de la sorte aussi, tu te souviens du Tibet où de la même manière, se brûler comme on le faisait aux sorcières, « Le Nom de la Rose »,(Umberto Ecco, 1980, adapté Jean Jacques Annaud, 1986), tu te souviens, « les Diables » (Ken Russel, 1971), c’est ce mode opératoire, et ce type avec son compte d’heures, qui envoie des mails, qui ne veut pas qu’on l’en empêche, qui se déverse de l’essence sur lui, qui y met le feu, qui meurt, là, en pleine rue, là, deux mille treize, qu’est-ce qu’il y a  donc de changé ? Tu entends ça ? m’a dit ma fille, oui, j’entends, j’entends, je préfère les belles choses

c’était un soir de printemps, le restaurateur avait laissé la porte ouverte, on mangeait ensemble, il y a quelques années on ne se connaissait pas vraiment, pas tellement, pas tant, c’était un lieu où on croisait cet écrivain, je ne me souviens plus de son nom, on avançait sur cette route, on ne cherchait qu’à se connaître, voilà tout, rire, se regarder rire, se parler et se comprendre

elle regardait sa montre, sa soeur à côté d’elle pensait à quoi, déjà ? elles avaient le même sac, le même voile, la même joie de vivre et la même force au coeur, loin de chez elles, ou alors chassées, enfuies, Pascal Quignard c’est ça, oui, je me souviens et j’ai toujours cette idée en les voyant, ceux qui sont ici, cette idée de force de caractère, de garder avec soi sa langue,  de porter avec soi ses vêtements, ses habits, de rester soi, d’une certaine manière

ceux-là rejoignaient le restaurant où leur mariage allait être fêté, les enfants étaient d’honneur, garçons et demoiselles, ce n’était pas au mois d’août, je ne sais plus, je regardais ces images-là, celle-ci prise de l’auto aussi

ce type avec ses lunettes de soleil en pleine nuit, regard caméra, rue Petit dans le dix neuf, là où des gens par dizaines sont morts de la maladie du plomb, les immeubles refaits, les rixes dans la rue, la ville, une photo, un petit garçon, trouvée dans le métro

(en bas de la photo, mon jean) le pays, la nation, ces choses ineptes, abruptes, ces frontières, ces cultures, alors oui, lire

c’est une boutique de la rue Cujas, face au cinéma, Paris, ville lumière, parfois des images tellement signifiantes, tellement exactement comme on aimerait que la vie, vraiment, la vie soit devienne reste

celle-ci vient de chez un vendeur de craies du quai, je l’adore et je suis content qu’elle soit ici, dans ce billet même parce que tout est désespérant, le silence complet dans lequel, quand on cherche du travail, on trouve les gens qui quelques mois plus tôt pourtant, bien sûr que tout changera, bien sûr que les propositions finiront par et que avec de la patience et de la ténacité, de la joie et de l’humour les choses changent, rien n’est, jamais, complètement perdu

au fond de celle-ci on voit comme une esquisse le Louvre, c’est rive gauche rue de Beaune, j’allais chez mon amie lorsqu’elle vivait ici, derrière moi, la rue de Lille où j’ai vécu quelques années par sa grâce à elle, ma tante, et que le printemps arrive… évidemment on ne désespère pas parce qu’il faut bien, ici, dire les choses sans qu’elles restent tues, dire que même si tant de blessures, de heurts, de cris et de fureur, de haine et de désespoir, tant de larmes et de sang, on n’en finira pas, jamais, et tant pis, on n’en finira pas d’aimer la vie parce que

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4 Comments

    parce que.

  • on n’en finira pas – et c’est tant mieux.

  • A propos de la photo du petit garçon je me demande si ce n’est pas celui aux bonbons

  • Il y a toujours ces limousines dans la rue de Belleville : un instant de rêve (comme on dit à la Bastille), un mariage chinois mais on ne parle pas d’enterrement.

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