Pendant le weekend

Ciels

Qui peut jamais savoir où ça va aller ? Après une sélection de quelques images prises aux cieux

à la ville, en hauteur, du ciel, c’est la confiance qui revient : à la faveur de ce passage à la dizaine supérieure, je me suis dit que, dans cette vie professionnelle (ce blog sert à ma vie professionnelle : c’est à ne pas croire, mais dans sa destination première, il avait cette velléité), ils n’étaient pas nombreux, elles n’étaient pas nombreuses les personnes à avoir daigné m’accorder leur confiance.

Quatre ou cinq, tout au plus (c’est qu’ainsi, je ne compte pas les milliers de personnes que j’ai interrogées, en face à face, au téléphone, que j’ai oubliées comme elles m’ont oublié elles aussi) (un jour je compterais, peut-être même aujourd’hui, en me disant que j’ai pratiqué et réalisé et administré probablement la moitié des questionnaires produits, plus de mille cinq cents par an, soit sept à huit cents, soit en vingt quatre ans, quelque chose comme vingt mille personnes : à peu près le nombre de spectateurs du spectacle de Neil Young à Bercy il y  a peu). Et la confiance, c’est quelque chose qu’on donne sans contrepartie : là, je parle de celles qui m’ont confié un travail par lequel j’allais vivre et nourrir ma famille. J’ai vu mon frère, nous étions sur cette terrasse, eau café, j’ai dit « non, je déprime », « ah ouais, et pourquoi ? », j’ai fait : « parce que je ne conduirais jamais une voiture qui aurait trois cents chevaux au moins sous le capot », il m’a regardé en riant (ou alors j’ai dit seulement « une auto » ça se peut aussi), sur le boulevard est passée une carrera « s »

on a déblatéré comme on aime le faire sur les schleux, les volkswagen et les porsche, se souvenant que monsieur porsche, et IG Farben, le gaz zyklon b, février quarante quatre, on regardait les gens qui passaient, ceux-ci avec leur complet, leur cravate, leurs chaussures cirées et au bout du bras la sacoche de cuir, la famille la confiance ? J’ai regardé en passant les voies de chemins de fer de la gare du Nord, le café je ne me souviens plus de son nom ça va me revenir, une bordure de néon rouge court tout au long de son enseigne, juste après la Chapelle, j’ai regardé le chantier de la bataille (mais qu’est-ce que je vais pouvoir en faire)

(on s’en fout), j’ai regardé au loin sur la ligne le cimetière du Père Lachaise (là où vendredi on posera les restes de Maurice Nadeau). Quatre ou cinq, tout au plus. Un travail qui vous nourrit, vous et votre famille : on n’est jamais seul, ce n’est pas vrai, ou alors on est fou. Il y avait ce film, ah les choses m’échappent

et au ciel il y avait ces lignes, il y avait cette lune

cette lumière

il avait commencé à faire beau, c’était l’été, le soir, au loin, le type en rouge était à sa fenêtre

il devait peut-être téléphoner (à sa mère, son amie, son pote de football-pizza-bière ?), le ciel derrière lui avait rougi

nous étions assis à cette terrasse, les femmes avec leurs robes, celle-ci et cette autre, le rire de ces deux-là, les cieux qui bientôt  allaient fondre sur nous, les parapluies, un autobus pour enfants klaxonnait le taxi garé devant lui, le chauffeur voulut faire une manoeuvre écharpa l’arrière de son bus pour enfant, le taxi s’en allait, passait une violoncelliste, des jeunes gens, des deux roues, oui, le soleil qui s’en va, « un soleil qui nous désaltère/ l’eau pure qui chauffe nos artères », c’était une chanson, les gens que j’ai côtoyés, voulez vous répondre ? inutile de trop sourire, inutile de tenter l’agression, inutile de vouloir trop expressément qu’ils te répondent, de toutes les façons on s’en fout, elle veut c’est très bien, elle refuse, dix vingt cent viendront, il y en aura bien quatre ou cinq, bien sûr, au ciel les nuages échappaient à la lumière

on ne voyait pas d’oiseaux, le vent et les gouttes bientôt, avant hier, en haut de la tour, il m’avait semblé prendre le Panthéon

oui, mais je n’avais pas vu la tour noire de Jussieu, je n’avais pas vu lorsque j’avais tenté de cadrer

le musée d’Orsay (c’est cette bande blanche, là) que derrière se découperait la rue qui va de Châtelet à la Concorde, en passant par l’hôtel Régina, là où descendait mon grand-père, le père de ma mère qui achetait du fil de fer, son fils qui achetait des cargots de métaux ferreux ou pas, son appartement rond du quai d’Orsay,

cette ville, cette rive gauche, ses arbres, ses gens, ses milliers de milliers de personnes, le siècle dernier comme le présent, sous ses ponts coule la Seine, la confiance, oui, partir s’en aller bientôt ce seront les vacances bientôt on aura oublié même le goût de l’air d’ici, on aura oublié qu’il fait doux et chaud

on aura envie d’entendre dans les cuisines cette voix qui chante, je me souviens des mains de cette femme, dans sa cuisine qui s’appuyait et qui chantait, le fado oui, la ville blanche, ses collines, oui, l’océan, partir pour plus jamais ne revenir, partir découvrir l’Amérique, partir Cortez the Killer, la confiance, les ciels changeants

la vertu, l’ouverture, entendre et surtout écouter, noter et comprendre, avoir confiance et poser ses questions… Qu’est-ce que c’est que ce travail, mon dieu, mais qu’est-ce que c’est que ce travail…? Je suis descendu, vers la rue du Bac, puis j’ai pris l’autobus, et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous, et ces fleurs étaient pour elle


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1 Comment

    Il y a du beau dans le ciel, même à Paris (comme à Istanbul ou à Rio de Janeiro)…

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