Pendant le weekend

Vases Communicants #41

C’est avec grand plaisir que nous recevons, pendant le week-end, Catherine Désormière pour un vase communicant ayant pour thème l’échange, tandis qu’elle reçoit Piero Cohen-Hadria sur son blog, Qui parle ?

Bienvenue à elle, donc.


L’un pour l’autre.

Quand il entendit la mélodie, le vieil homme prononça quelques mots, les premiers vers d’un poème. Sans même s’en rendre compte, machinalement. Puis ce fut le sentiment de douceur qui monta en lui, à ce moment-là, qui lui fit prendre conscience de ce qui venait de se passer. Les notes de musique avaient appelé les mots. C’était exactement cela. Par la fenêtre ouverte quelque chose de son passé était entré. L’homme souriait maintenant pour lui seul.

Un souvenir parfois surgit et surprend. D’où vient-il à cet instant précis ? D’un mot entrevu, d’une image furtive, d’une odeur, d’un bruit, toutes choses auxquelles on n’a accordé aucune attention mais qui agissent comme un rappel. Pour le vieil homme, ce matin-là, toutefois, la chose était un peu différente d’une simple réminiscence.

1939, la guerre est déclarée. Ils vont aller chacun de leur côté. Clara et lui se doutent qu’ils ne se reverront pas. Elle va partir avec sa famille à des milliers de kilomètres et lui ne sait pas s’il reviendra. Ils voulaient rester attachés l’un à l’autre malgré le silence auquel, immanquablement, la guerre et la distance les contraindraient. Ils ont décidé qu’au moins le hasard devrait de temps en temps les réunir.

Ils ont fait alors l’échange immatériel et précieux que rien ne pouvait altérer, que personne ne pourrait leur voler. Elle a fredonné quelques notes de musique pour lui et il a chuchoté quelques mots d’un poème, pour elle. Et si le hasard, au cours de leur vie, leur faisait entendre, à l’un ou à l’autre, l’objet de leur échange, ce serait comme une heureuse rencontre.

En cette matinée où quelqu’un avait siffloté sous sa fenêtre, le vieil homme en souriant avait alors salué Clara:

« Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine. Et mon mal est délicieux. »


Texte et photo : Catherine Désormière

Dernière ligne : Guillaume Apollinaire


Les autres Vases communicants sont listés ici par Brigitte Célerier, qu’on remercie pour sa patience et sa recension.



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1 Comment

    Non pas trois mais « une » petite note de musique : celle du souvenir qui reste imprimé sur la portée (parfois la longue portée) de notre mémoire.

    Touchante photo sur dessus de lit actuel : il y a une certaine beauté fragile de l’époque dans ce portrait.

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