Pendant le weekend

Sur le bureau #24

Il s’agit d’un lac, apparemment, une photo volée parce qu’elle ne porte pas de titre, seulement un numéro qui débute par un, posée, retournée, grisée ou contrastée, elle apporte quelque chose de nouveau, quelque chose du passé, au temps où ce n’était pas exactement l’hiver (je n’ai pas réussi à sauvegarder la date exacte) elle est là (ce doit être novembre treize) et commence le dossier (on y trouverait 2098 éléments, le premier en date du premier mai 2006, le dernier d’hier)

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et puis par pas de cent, on sélectionne

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j’avais cru voir le Portugal, lorsque je prenais le bus pour revenir de la place des Nations, mais non, c’est le quarante six, on passe sur l’avenue Parmentier, cette boutique qui vend des robes aux avocats, que fait-elle là, sans doute en face y avait-il, un jour, une chambre correctionnelle, un tribunal d’instance, quelque chose en rapport avec cette activité, elle est restée, on discerne le jabot, l’homme assis est là, ici ils sont nombreux, ce vingt quatrième numéro apporte des visages

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des paysages (ici je ne suis pas complètement sûr de l’endroit, c’est la Manche, certes), des pays différents parce que ce sont des lieux qu’on aime, parce que ce sont des lieux dont on se souvient, qui se rappellent à nous

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recadrer, s’approcher, regarder ce type avec sa casquette, sa guitare, « bébé à bord » qui nous rappelle « cette machine tue les fascistes » se souvenir des belles choses et oublier les bornés, la droite de l’Espagne, la peine de mort la garrotte et l’ordure franco (non, on n’oublie pas)

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Paris et l’Île de France et ses ciels, sortir du cinéma, rue Hautefeuille, marcher dans les rues et regarder derrière soi

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ne pas choisir mais prendre, un pas de cent, celle-ci est ratée

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celle-ci de la rive gauche, on a derrière nous cette brasserie qui voulait se faire vieille, non loin d’elle cet immeuble promis à la démolition  (je n’ai pas trouvé l’article auquel je pensais chez Pierre Ménard, mais ça ne fait rien, on suit le lien, on parvient à un vase communicant et c’est tant mieux)

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tu vois comme les choses vont : la bataille et son immeuble, alors ce n’est pas seulement coquetterie qu’il y a à forcer une rotation horizontale ou verticale à la photo je ne sais plus

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mais lorsqu’il y a inscription, c’est impossible, voilà, parcourir un dossier de photographies fait ressurgir ici un tableau de Matthieu Suillerot, acheté au soixante sept sur le quai de Seine, le sourire, ce numéro c’est un bar, on retrouve le quai plus tard, aujourd’hui on y construit quelque chose, immeuble

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car c’est là que vit le progrès, parce que on n’y croit plus, non, on ne croit pas, plus, que ça progresse, mais retourner en arrière non, était-ce Violette Nozières, non mais Chabrol oui, « une affaire de femmes » et Marie-Louise Giraud cette femme-là, faiseuse d’anges disait-on, vieux comme le monde est vieux, comme ses enfants sont beaux et forts

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des séries, des usines et des boutiques, des industries et des petits commerces, mon grand père et la rue Esadikia, Juvénal et le fil de fer, le mérite agricole et la mousse de sa bière

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je ne sais plus, cet homme là gratte un ticket de loterie, les Gueules Cassées, aller au café,  il ne prend rien, non, il espère que la chance le regardera,Nina Simone me chante « Mood Indigo » et j’aime tant ça

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ces femmes au cinéma (Chris Marker, « Loin du Vietnam », 1967, et aussi tous les autres) le souvenir est ténu, il s’éclipse, il disparaît, c’est que prendre ces photos dans la salle a quelque chose qui dérange

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ce n’est pas un fantôme, ce n’est pas le quai de Loire (c’est en face) ici quai de Seine on allait au ciné

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celle-ci je ne sais plus, ce sont les Morillons, c’est certain, mais pourquoi m’y retrouver j’ai laissé ce souvenir là-bas, je suppose

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cette église, la place sur laquelle on découvre que l’une des annexes du commissariat aux questions juives  ici se tenait (cet intitulé dit tout), au numéro 1 de la place des petits Pères, la basilique Notre dame des Victoires

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oui, de l’air, voici Granville et son soir de novembre, au loin on verrait Chaussey ou Jersey, on se souviendrait de Gérard Théodore parce qu’il s’en fut à Londres par ici, le vingt juin quarante, on verrait des teintes pastels et douces parce qu’on en aurait marre de toujours ressasser et la guerre et ses frasques, ses turpitudes ses horreurs et ses tortures

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rue Rebéval il y aurait ce type qui tient le lampadaire, quatre sens interdits, allez circulez, on pense à Raymond Devos, mais voici les stars

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la photo qui a de l’avance (on rappelle le trente avril et The IRWD), voir le sourire et la cigarette, les regards (est-ce une étiquette sur la cravate de ce type brun, là, Hugh Marlowe, « les Forbans de la Nuit », Jules Dassin, le père de Joe, le mari de Mélina Mercouri, la ministre de la culture et le sirtaki, on n’en finirait pas de dérouler le fil, Anthony Quinn et la Strada, Guiletta Massina et Frederico et Marcello et « Smik smak » et tout le reste, toute l’Italie, oui, l’Italie, dis)

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ah non, c’est le faubourtg, et les tambours du Bronx (l’intitulé est de moi-il me vient de quelque part, mais de où ? mystère), on regarde passer, on prend en photo, on écoute et on sourit aux passants, qu’ils soient des parrains des tueurs des trafiquants ou des badauds, des habitués des terrasses mais le reste du monde, les horreurs et les crimes, les morts et les viols, les blessures, les sangs versés et les âmes piétinées, dis-moi

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ah oui, Rome, Victor Emmanuel (la machine à écrire dit-on) les drapeaux, le vent dans les cyprès et les ifs et les pins parasols, dis moi, oui, l’Italie, oui, allons-y

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La Salute, le campanile et la colonne au Lion, de loin, du bord de la Guidecca, et le canal debout sur Fondamenta Croce ou san Giovanni, derrière nous le bar où on mangera un petit pain et de la charcuterie, un verre de vin blanc « frisante » on respirera l’iode de l’air, on écoutera les rires des mouettes et le clapotis des vaguelettes, l’écume le vert des algues et le vent au loin sur la lagune, viens

 

 

 

 

 

 

 

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1 Comment

    Joli patchwork ou diaporama, les enchaînements se font au fil hasardeux ou hasardé de la mémoire et du rangement (matériel), aller d’un lieu à l’autre c’est sans doute la déambulation ou le « transport » inattendu…

    Photos au charme « suranné », au sens de « sur années », chevauchement du temps avec une constance commune : le regard appliqué (ou répliqué).

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