Pendant le weekend

#6 Cahier 44-45

 

Il y a (et j’ai) beaucoup de difficultés à trouver exactement où se retrouve ce bataillon (je crois le bataillon de marche 5, de la 1° division française libre), dans ces moments-là : le rapprochement des villes, la progression de la guerre elle-même (mes lacunes sont importantes en ce domaine, comme en beaucoup d’autres d’ailleurs), le parcours arrivée ici, pillage là, on dormira à cette gare, on en repartira pour aller vers tel lac (trouvé lui aussi : photo magnifique du robot de nos jours), je continue l’exploration de ce parcours écrit toujours à l’encre noire. Je note la transformation de l’auteur, petit à petit, d’une sorte de littérature de jeunesse – c’est le « qu’est-ce qu’ils prennent ! » que j’ai repéré dans le #4 de cette série – aux pages suivantes où ne resteront que quelques mots secs sur des faits bruts : le jeune de vingt ans qui à la guerre partait avec son esprit sauvage et libre emprunt d’une certaine joie et peut-être inconscience propre à la jeunesse, devient petit à petit les morts jalonnant la route, les blessés, les terreurs, les « épouvantable » qui s’écrivent (plus tard, sans doute), quelqu’un d’autre autant semblable mais l’arrivée, somme toute, de l’âge adulte est marquée par ces terribles visions qu’il ne retranscrit que peu dans une sorte de pudeur ou de prise de conscience partielle. Je note aussi, cependant, que ce qu’on a coutume de nommer (cette coutume sans doute due aux militaires eux-mêmes) des « faits de guerre » qui donnent lieu à des médailles, des inscriptions, des reconnaissances de l’armée (donc de l’institution, donc dans l’histoire peut-être y mettrait-on une majuscule tout autant) ne sont pas vraiment, ici, explicitées. On verra, pourtant (sans doute dans la retranscription suivante #7 de ce cahier)  au mois de juillet 44, l’irruption du Général de Gaulle, de la Croix de Guerre, et de la montée en grade déjà ici mentionnée sans vraiment l’indiquer (« je deviens Radio du Commandant adjoint »…).

 picoPico et la plaine qui va à Rome

5 Juin Pillage de Bagni

7 Juin Relevés par les Anglais. Départ de Bagni.

(sans doute est-ce la banlieue de Rome)

8 Juin Repos. Je quitte la CA. Je deviens Radio du Cmdt Adjoint. Nous venons de recevoir l’ordre de départ. Arrivé à 10heures et Départ en camion. Nous avançons toute la journée. Rome Bracciano Vetrallo (où nous croisons des américains qui fous de joie nous lancent des cigarettes au passage). Vers 8 heures arrivée à Viterbo. Nous couchons à la gare. 

 Viterbo gareLa gare de Viterbo

9 Juin Départ à 6hOO Trouvé le contact à 6km N de Viterbo. Avance toute la journée. Nombreuses mines (Amyot d’Ainville). Prise de Monte-Jugo, de la casa cantoniera . Bombarddement par mortiers et 88. Les chars avancent. Nous passons la nuit à la casa Cantoniera  (1,5km de Montefiascone)

10 Juin Entrée à Montefiascone. Le Cmt revient au BTN. Relevés par le BM5

11 Juin Départ en camion pour relever le BM5 qui nous relevé hier. La résistance boche s’est raidie et le BM5 a essuyé 2 contre-attaques à la baïonette, arrivée en ligne. Gros bombardement 210 et 88 et Katoutchkas. Qq blessés. Reprise de la cote 625. Tirs de harcèlement au 210. Je monte à l’observatoire avec mon patron (625) Trop de mortiers et de shrapnels.

12 juin Nuit calme, matinée calme. Quelques obus sur 625 où nous sommes. À 1h30 nous partons le Cmt la jeep et moi à la 6° Cie. Nous allons occuper 579. En cours de route contre ordre nous recevons en chiffre l’ordre d’aller occuper 599, avec toute la cie

Départ de la progression. fait 2 prisonniers. A 20 mètres de 599 accueillis tout à coup par tir très violent des armes automatiques subissons tir de barrage 88 et mortiers Impossible de lever la tête. Je suis couché ds un petit fossé. Dès que mon calot bouge j’entends des balles de mitrailleuses siffler aux oreilles. Bruit de chars : un tigre débouche et nous tire à bout portant à la mitrailleuse, puis il se retire. Enfin je retrouve Falleau Je réussis à avoir la liaison avec le Btn et nous demandons un tir sur la maison qui domine 599. Nous avons donné 599 en clair : nous apprenons à notre grande émotion qu’il y a eu erreur de chiffre et que nous sommes avancés et isolés à 2 km à l’intérieur des lignes. Enfin le Tir arrive il est exceptionnellement puissant : nous en profitons pour décrocher de 200 m. A nouveau nous sommes pris sous le feu violent des mortiers. Je redemande le tir car les boches contre-attaquent. Nous nous installons en point d’appui fermé à la ferme La Polinarda. Enfin tout se calme bilan de l’après midi : 2 blancs tués 1 blessé; 1 indigène tué, 7 blessés. Retour au PC du Btn. Je suis désigné pour conduire l’ambulance qui va les chercher.

13 Juin au matin, relève par la 4° brigade; l’opération d’hier a intimidé le boche qui décroche. Bolsena est occupé par la Légion. Arrivée au repos sur les rives du lac, les bruits de la bataille ne nous arrivent plus.

lac de BelsanoVue du lac de Bolsena quand on sort du village (soit autoportrait sous les pins)

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