Pendant le weekend

#12 Cahier 44-45

Mars

3 Relevés à Boofsheim par Légion

4 Arrivée à Kintzheim

6 Visite du château du Haut Köenigsberg

10 Départ de  Kunstheim. Embarquement à Altkirch

11 Départ Aillevilliers

Grey Vesoul Dijon Macon Chalons Lyon

13 Arrivée à Juan les Pins

14 Visite à Antibes

28 Départ de Juan les Pins; arrivée à Laghet

(Avril)

1 Visite à Nice

2 Visite à Monaco

7 Evacué sur H Spears

9 Hôpital complémentaire dans Flers Vence. Je dois passer la radio pulmonaire.

 

La radio pulmonaire marque sans doute la démobilisation de mon père. Le cahier s’y arrête. Si on le retourne, on trouve manuscrites les paroles de chansons « gaillardes et bachiques du Quartier Latin et de la Coloniale » que je scannerai sans doute pour un treizième et ultime épisode de ce cahier 44-45, dédié au souvenir de mon père et de toutes et tous ceux qui participèrent à ces genres de boucheries, lui qui n’avait pas vingt deux ans, et qui retournera en Tunisie pour y apprendre le destin de son père, assassiné à Auschwitz, déporté par le convoi n°67 parti de Drancy, le 3 février de la même année.

Je regarde ce que qu’est devenue cette histoire, ce cahier, cette suite. Des images, des lieux, des routes. Des panneaux, des gens des maisons. Je regarde ce que c’était que ce mois d’avril 45 pour lui (Antibes, Monaco, Juan-les-Pins…), je me souviens des vacances des débuts des années soixante, La Croix-Valmer et Gigaro, je me souviens de celles de Genève (il n’y vint que pour nous y rechercher) ou de Saint-Nectaire (il y suivit une cure), et quelques dix ans plus tard, il disparaitrait, laissant à nos mémoires son sourire si gentil.

C’est ainsi qu’est la vie : hauts, bas, joies et désespoirs, l’humanité consume ses minutes, c’était l’hiver sur l’Alsace, puis le printemps sur la Côte d’Azur. Il fumait des Gitanes, conduisait une quatre cent cent trois bleu nuit, à la fin du mois de juillet soixante, à Orly, il vint nous chercher, nous arrivions pour toujours, désormais, dans ce pays-là, (toujours, toujours…) la route s’ouvrait, sur ma gauche durant cette première promenade dans Paris s’élevait la nuit et l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, de l’autre côté de l’auto, peut-être mon frère était-il à la fenêtre, de l’autre côté il y avait, il y a toujours évidemment le Louvre, la Seine  et la passerelle des Arts qui va à la rive gauche. De la petite poche de sa veste, juste là, sur son coeur, il laissait passer un petit poisson d’argent, une relique, un ex-voto, quelque chose qui brave le mauvais oeil, et qui nous faisait tellement rire. Comment croire, à présent que le temps est passé de ces blagues et que nous autres, ses enfants, nous trouvons dans un tel état de déliquescence ? Je ne sais pas, non, je ne sais pas croire, mais pour lui, et ici, une seule photo (certes celui-là est d’or) en forme de témoignage de ce que son humour vit toujours en moi.

poisson

Merci à toutes et tous d’avoir suivi ce feuilleton, à Michèle Thiebaud pour ses nombreuses pistes (ici lune des plus prolifiques : merci encore), à Martine Sonnet pour l’emprunt autorisé et masculinisé du titre (magnifique, magnifique) de son blog, à Brigitte Célerier pour ses partages sur Facebook et ses commentaires comme au Chasse-Clou pour les siens, et à vous tous.

A A. et E.

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1 Comment

    Oui, suivre ce retour sur les traces pas vraiment effacées et ce petit poisson toujours accroché en souvenir…

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