Pendant le weekend

Oublier Paris #54

Aujourd’hui une série sur le voyage; elle ne figure pas aux carnets, je me demande bien pourquoi, mais sans doute parce que oublier cette ville est l’un des objets (objectifs, pas du tout) de ces textes, parce qu’elle me pèse trop, m’envahit, et le monde étant ce qu’il est, ce n’est pas que je le parcours (je n’aimerai pas, non) (ou alors si mais dans des conditions professionnelles peut-être) mais il est là et lorsque je me rapproche de la mer, l’autre rive où je suis né se rappelle aussi à mon entrain. J’aime partir, et oublier

 

Tôt le matin, premier métro (1) (premier billet : 9,15 euro), peu de monde, des femmes noires, des jeunes gens, des hommes, le réseau express régional (on n’a pas le temps, les acronymes me fatiguent tu sais) (2) part de la gare, fonce et ne s’arrête pas, il fait nuit, un homme lit

rer matin tôt

et annote, parc des expositions, il fait froid, non, pas vraiment, des images toujours les mêmes, partir tôt et sentir le sable aux yeux, il faut aller au 2G, en autobus (3) un homme parle dans son portable

bus tôt le matin

on doit arriver probablement, les jambes lourdes non, on ne pense pas à ces choses-là, on attend que le bus s’immobilise et le rouge et les couleurs palpitent, tôt le matin, quatre heures de sommeil peut-être, des rêves comme s’il en pleuvait, il fait doux sur la Terre

bus tôt le matin2

oui, on arrive, voilà, le coup de la ceinture, de la montre, les rires pour les sardines, les rires pour le café, les rires pour ce qu’il y a dans mon sac ma trousse de toilette, un blaireau en fer (attaquer le pilote de l’avion avec un blaireau aurait un aspect rocambolesque), partir voilà, un avion nommé EMB190 qui se trouve derrière la vitre, affrété par la compagnie nationale dont les pilotes sont en grève

tarmac tôt le matin

non, ce n’est pas lui (ici c’est celui du retour qui est ici pour un aller)

tarmac tôt 2

d’autres avions arrivent, se posent, on manoeuvre celui-ci tandis que se lève le jour, tandis qu’on embarque (4), voilà, passer un papier (carte d’embarquement désormais en papier mou thermique), ce n’est pas tant que les personnels soient là, ils font leur travail seulement, ils sont apprêtés certes, ils regardent, inspectent, testent, soupèsent, d’autres avancent,

tarmac tôt le matin3

ici une photo automatique de l’appareil, il se déclenche souvent tandis que ses conditions d’existence vont vers son programme d’obsolescence (qui dira jamais la trahison subie par les objets ?) tandis que bientôt le soleil se lèvera, on regagne la place (il y en a quatre par rang)  inscrite sur le morceau de papier

tarmac hublot 1

oui, voilà le jour se lève (à cette heure-là, Jean Gabin dans le film de ce nom hurlait « qu’est-ce que vous regardez ? Qu’est-ce que vous attendez tous hein ?… Foutez le camp, foutez le camp allez-vous en…!! »), le ciel est plutôt clément, il fait doux, on attend tranquillement, les téléphones se taisent, les gens s’assoient, on part

tarmac hublot 2

les ailes recourbées de l’avion, les nuages au ciel et leur doux froufrou (si on ne voit pas les étoiles, elles sont là, tout de même)

tarmac hublot 3

d’autres aéronefs arrivent, se posent, quelques gouttes de rosée

tarmac hublot 4

les couleurs s’estompent, on survolera Paris virage pour regagner la direction sud est, tu vois prendre des photos

hublot 5

même si l’image est envahie par l’aile, on distingue ce qu’on laisse, cette ville que tant de monde nous envie hein, tout à l’heure on nous offrira un café, un croissant, un verre d’eau, sourires petites serviettes de papier, les gens lisent, j’ai emporté un Sherlock Holmes en deux langues, sans faire trop attention, j’ai pris à l’embarquement un exemplaire du journal de la veille mais daté du jour-même (toi aussi mais un autre), je le lirai plus tard, tout à l’heure, ou alors demain, en Italie, Gênes, le soleil, la mer bleue toute la vie, je me souviens et Paris, qui défile, bientôt disparaîtra

hublot 6

 

 

 

 

 

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1 Comment

    Souvent, on parle des « petits matins », pour ceux qui sont vraiment matinaux (sans penser à Char), j’ai bien aimé les gouttes de pluie sur le hublot, en fait on n’est jamais séparés de la réalité que par du verre – comme l’objectif de l’appareil, qu’il soit photo ou avion : une histoire de rapprochement.

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