Pendant le weekend

Pour l’Air Nu

 

 

J’ai commis un texte pour l’Air Nu, qui m’est passé par la tête, un matin vers quatre du et pendant que je pensais à ce que je pourrais dire, si on me demandait, de ce que les choses sont, de ce qu’elles devraient être et de notre devenir. Je vous le poste, y pose deux trois photos de mon cru, et vous en souhaite bonne lecture.

 

frise

C’est difficile de dire ce qu’on aime, comme ce qu’on déteste mais j’aime assez essayer, j’aime beaucoup tenter, défier, réussir, j’aime aussi échouer, travailler et suer, chercher, trouver, attendre, j’aime le silence et j’aime la musique, j’aime apprendre parce que j’aime savoir, j’aime écouter le matin tôt comme la grandeur de la nuit, du ciel et des étoiles, j’aime savoir que tu es là, j’aime entendre ta voix, j’aime mes proches comme les tiens et ceux, parfois, des autres, j’aime savoir qu’il y a des Andes, des neiges et des baies, des sables et des étoiles de mer, j’aime le monde la vie la mort, j’aime  voir le soleil se lever et le ciel se couvrir, j’aime les orages la pluie, j’aime le brouillard j’aime qu’il fasse clair, j’aime qu’on marche sur ce petit chemin creux, le vent, les arbres les herbes la boue qui colle un peu aux chaussures, le printemps comme l’été, j’aime le son, le bruit, les cris, j’adore le cinéma et la télévision en direct mais je ne l’aime plus,  non, je ne l’aime plus, mais j’aime quand même les voitures quand elles ont le bruit d’une quatre portes Maserati bleue acier, j’aime la Reine d’Angleterre mais je hais l’humiliation, la nation, la pauvreté et la bêtise, je déteste qu’on pavoise parce qu’on a gagné que ce soit une guerre, une coupe un match ou une cause, je déteste savoir ce qui s’est passé dans l’histoire et les cicatrices et les meurtres, les assassinats, les guerres, les pogroms ou les ghettos, j’aime que le monde soit beau même s’il ne l’est pas, je déteste reconnaître la veulerie et encore plus la fatuité ou la prétention, je hais les chaussures pointues comme les tatouages, je veux garder l’esprit tranquille et calme, j’aime savoir que j’ai une âme et qu’il s’agit d’une pièce d’un violon, j’aime par-dessus tout un petit café le matin au zinc quand il n’y a rien à dire, surtout rien à dire à personne, j’aime le silence mais comme j’aime la musique, j’aime l’Italie et Florence, et Naples Mattinata Rome et Venise, les doges les verres les canaux les escaliers les ponts et la rue Garibaldi, j’aime savoir que toute la nuit glisse le vaporetto de la ligne 1, j’aime savoir que Martin Scorcese est né au 253 Elisabeth Street à New-York petite Italie, que Yves Montand chantait à la salle Wagram, que Simone Signoret l’aimait tant qu’elle lui pardonnait tant, j’aime les yeux dans les yeux, la main dans la main, j’aime savoir que Patrick Modiano vit dans le quinze alors que je vis dans le onze

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j’aime connaître le goût du basilic, celui du wisky et celui de l’ail mélangé au persil qu’on malaxe pour fourrer des escargots qu’on mettra au four, j’aime jouer rire et courir, j’aime vieillir mais je n’aime pas cette douleur, là, ni ces larmes qui coulent sans raison, ni les mots qui ne veulent rien dire mais ça n’existe pas, j’aime entendre que tu respires, j’aime sentir ton odeur, j’aime te voir bouger, t’entendre rire, je ne veux pas te voir pleurer mais j’aime te consoler, j’aime le silence mais aussi la musique, celle des chansons qui disent « quand tu es partie, j’ai fermé la porte, avec la clé j’ai tracé une croix dessus puis je l’ai jetée dans le Tage », j’aime quand on dit « à table » quand on dit « on va à la plage » j’aime aussi quand on dit « on va au ciné », le rouge des fauteuils, les photos qu’on prend, les sons qu’on vole, les sourires entendus quand on entend « comme elle est triste cette chanson », j’aime quand on rit, quand on court, quand on boit tous les quinze du mois un verre en l’honneur de ce que tu sais, j’aime lire, beaucoup et entamer trois quatre ou cinq livres à la fois, j’aime Annie Ernaud, François Bon et Howard Becker, j’aime Pierre Bourdieu et les Pinçon-Charlot, j’aime qu’on sache ce qu’on dit, ce qu’on rêve ce qu’on veut faire, qu’on attende le train, sur le quai, dans le froid et le matin gris blême et glacé, j’aime savoir qu’il y aura demain, même si j’ai des insomnies, j’aime entendre les autos qui roulent sur le faubourg, je déteste la concurrence, le profit, la performance, je veux bien aller voir une autre fois ce film mais pas celui-là, j’aime la mauvaise foi quand elle est là pour qu’on en rit, je hais qu’on mente ou qu’on travestisse, je déteste la perversion, l’ingratitude et la bêtise, j’aime la jeunesse et la vieillesse les rides et les petits pas difficiles, j’aime savoir qu’on va mourir mais j’aime aussi savoir qu’on peut l’oublier, même si ce n’est qu’un moment juste le temps de regarder au ciel le passage des avions, j’aime quand tu oublies ton mot de passe et que tu me le demandes, ou quand j’oublie mon code de carte bleue et que tu t’en souviens, j’aime savoir que tout n’est pas perdu, que rien n’est écrit, que tout reste à faire, mais je déteste les mots tout faits les phrases et les idées rebattues au kilomètre, j’aime voir quelqu’un qui colle des petits bouts de papier sur un mur, ou qui y écrit des mots, ou qui y peint des lettres, j’aime entendre courir les chevaux, j’aime regarder voler les papillons ou les avions ou l’air qui bruisse dans les voilages, j’aime quand il y a du soleil, même quand il vient dans les yeux, j’aime quand je commence mais que ça se termine, j’aime savoir qu’il y a toujours une fin mais j’adore savoir que ce n’est que le début, j’aime quand ça marche mais pas quand ça tourne court, j’aime perdre mon temps, perdre mes pas, perdre le nord, j’aime quand ce n’est pas sûr, j’aime quand c’est pas gagné, j’aime quand il y a tant à faire, j’aime savoir qu’on y arrivera, même si j’aime aussi savoir que c’est pas possible, que ça va finir par craquer, même si je sais bien aussi qu’il y a des extrémités à ne pas dépasser, j’aime aussi regarder les choses en face, j’aime qu’il fasse beau, j’aime qu’il y ait du temps encore devant soi, j’aime la vie, là, devant moi, devant nous, et j’aime qu’on y aille.

 

Ecrit et dit à Paris le 17 mars 15 pour l’Air Nu

trait bleu

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8 Comments

    j’aime qu’il y ait des gens qui aiment cela (moi ce serait une berlinetta Ferrari mais ça ne fait rien) et qui détestent je hais les chaussures pointues comme les tatouages et le reste
    qu’ils restent nombreux et ce sera un petit grain pour amender le tout

  • j’aime ce que tu aimes
    (et le vaporetto, je ne savais pas la nuit, comme il travaille, maintenant j’aime aussi)

  • @ brigetoun : nous avons les mêmes goûts (pratiquement…)… merci de votre commentaire
    @ cjeanney : tu sais quoi ? je me demande, là, tout de suite, je vais aller vérifier si je peux, je me demande si tout à coup, là, comme ça, je n’ai pas rêvé de cette nuit longue du vaporetto… merci du passage (on a les mêmes goûts, alors aussi ?) (bizarre bizarre…) :°)) (mais si c’est faux, pour le vaporettto, ce serait, pour le moins, une bonne idée…)

  • Vaporetto : je me souviens qu’il fallait se dépêcher pour ne pas louper le dernier (un peu comme dans un film de Truffaut)…

    J’aime te lire.

  • @Dominique Hasselmann : merci à toi (mais le vaporetto qui circule toute la nuit n’est pas qu’un fantasme : il en passe assez fréquemment-toutes les demi-heures, un peu comme les noctiliens -qui ne sont que des autobus- ici) (le souvenir de madame Deneuve et monsieur Depardieu n’est jamais inutile…)

  • J’aime que tu aimes. Commençons par là (sourire).

  • J’aime beaucoup.
    Les mots, et toute la vie cachée derrière.
    Et les Maserati aussi !

  • @Marie-Chrisitne GRIMARD: merci tant mieux…

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