Pendant le weekend

Journal des Frontières #10

 

En voiture, vers midi, dimanche, traverser Paris, foncer sous les jets d’Orly pour se retrouver en forêt de Fontainebleau (certains disent « jour d’escalade à bleau » parce que Fontaine ça les saoule) arbres secs feuilles mortes lumière absente campagne, hors des villes, le mitage, le péri-urbain, rural exode, c’est lui qui m’intéresse : on part, on revient, comme tout le monde (qui ne se déplace, va chercher son pain, revient, va au chagrin pour en revenir marri, qui pour rester assis dans l’entrée de la maison de retraite, quelle retraite ?) (on passa par Nanteau-sur-Lunain sans lumière, mais dans un château que longe la route en un creux, une lumière… on passa sur l’Orvanne, on avançait dans le fond vers le sud vers Nemours, puis retour).

A la gare de Veneux-les-Sablons, (le sable de Fontainebleau a été, une année – c’était en seconde je crois bien – l’objet et le sujet de la compo (ça ne se dit plus) de géographie, qui dans le souvenir reste indiqué (on surnommait alors le prof foxie) : « je suis un grain de sable de Fontainebleau, raconter mon histoire » vous avez deux heures… » Cool foxie, cool…) j’étais du mauvais côté et restaient rangées quelques automobiles (en fait peu de places libres) et comme il commençait à être une heure et demi passée, on a cherché quelque chose à manger (une boulangerie ouverte ? un bar, quelque chose ? non, rien) on a avancé laissant à gauche l’office du tourisme, bibliothèque musée, on est passé sous la première porte, puis sous la seconde pour aller se garer sur le bord du Loing

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théorie de volailles à l’eau, au courant (de nos jours on dit « au jus » : je ne sais ce qui m’indispose le plus, la vulgarité ou l’imbécillité du vocabulaire), frontière d’eau, limite chutes d’ici

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ou de là, bord du gouffre ici la boue, l’eau la terre (j’essaye d’y poser du rouge comme tu vois)

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léger panneau sur le groupe d’autochtones (probablement : se dire d’ici, de là, comment savoir sans en parler ?) qui sur l’autre rive avance

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quatre, ils sont quatre, pano continué et rééquilibré de lumière, deux enfants sans doute, il fallait avancer vers le rond-point qui marque la fin du pont au Loing ici, sur la place, on est toujours à Moret (les gens, rapprochons-nous un peu

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les distingue-t-on ? et d’ailleurs, distingue-t-on jamais les gens ?) c’est dimanche, il est deux heures, clopo marche vers l’auberge fermée jusque fin février ou janvier ou je ne sais plus, celle-là même où nous prenions un café, un jour de mai (numéro zéro), il s’agit d’un café tabac bar jeux (probablement pari mutuel urbain je ne me souviens plus, il y avait là, comme dans pratiquement toutes ces officines, une télévision branchée sur l’information con-tinue, laquelle je hais et agonis mais dimanche, quoi d’autre d’ouvert ? non, rien), le patron (adorable) qui prépare des sandwiches (pain frais un peu beurre ? oui, chorizo fromage basque) (tu le crois, toi, cette gentillesse ?) on se restaure, deux heures trente, voir Saint-Mammès et (non pas mourir mais) se rendre compte de la joliesse des rives de la Seine (la chanson fait La Seine de nouveau/ ruisselle d’eau bénite), en face c’est Champagne, derrière la passerelle c’est Veneux, la péniche Eden, les péniches, une pensée vers l’ERPD qui ne répond pas (six fois, c’est quand même beaucoup), une pensée vers cette dame qui disait que l’ancien maire les quais le reste de la vie sur l’eau, une pensée vers la gare (elle est en haut)

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peut-être un voyage uniquement pour cette photo-là (et chacun est rentré chez son automobile, dit la chanson)

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au moment où je descends de voiture, le train passe, autorail aux quelques couleurs vives qui ne marque(nt) pas ici l’arrêt

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il a disparu sur le viaduc, au fond de l’image, à l’extrême cadre gauche, puis départ où va-t-on ? Il fait froid, la voiture tourne, il y a là des champs des arbres des corbeaux, le paysage (qu’est-ce, un paysage, sinon ce que j’y vois ?) le paysage n’impose rien, je reconnais les divers passages de la semaine dernière, nous allâmes à Villemer, puis à Villecerf (la crèche en carton, l’église la mairie) la pierre levée, on se perd on prend cette route (on a bien une carte mais quelle importance ?) on passera à Episy puis à Ecuelles (ou l’inverse oui, l’inverse) on fera le tour de la communauté juste pour voir, ici on s’arrêtera un moment

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c’est flou, mais est-ce qu’au loin les lignes vont vers quelque centrale serait-elle atomique, nucléaire, transportent-elles ici cette électricité qui nous sert tant, chauffage wifi (?) et data-centers, (là-bas brille la paix/ la rencontre des pôles/ et l’épée du printemps/ qui sacre notre épaule) (de wifi ? non, rien)

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je m’approche, oui, ici la terre est retournée, on y posera sans doute bientôt quelque graine (c’est un pli de la mémoire qui ne se défroisse pas, ça, c’est une sorte de vindicte une espèce de haine encore, un peu comme celle de tout à l’heure à l’encontre de cette télévision, c’est un dégoût permanent de ce monde qui ordonne de tous les ans repasser sous le joug de la case rachat, tout comme les logiciels informatiques qui doivent être remis à jour tous les ans, sous peine de ne plus fonctionner, cette façon d’ordonner à ses clients cet esclavage, eux-mêmes dont leur marketing les nomment « captifs », cette abomination du monde d’aujourd’hui), on a croisé un faisan aux couleurs magnifiques, on a croisé des panneaux qui disaient « chasse en cours » (on pensera alors aux Pinçon-Charlot)

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je me suis rapproché, devant la voiture la route est un peu bombée, creusée en ses bords, l’herbe même se teinte de ses couleurs fanées, il fait froid tu sais quoi, on va aller chercher un gâteau (le sucré, nous réconcilier avec la vie et la chaleur, la douceur et la beauté du monde) (on repassera tout est fermé, même à Nemours…)

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je peux pousser le contraste jusqu’à faire disparaître même ce pylône, ses lignes à haute tension que des boules matérialisent aux avions, des boules de couleurs comme sur les sapins de Noël qui ornaient les entrées de Montarlot, tout à l’heure, celles d’autres communes, mais rien n’y fera, on passe, on avance, on cherche, c’est l’hiver mais il ne neige pas, on a froid, on peste, on cherche un peu d’eau chez un épicier ouvert, on attend un moment, on voit le pont, on n’a pas vu la limite de la Seine et Marne, Loing Orvanne Lunain, on regarde le train qui s’enfuit, là-bas vers le nord, on regarde les oiseaux qui filent, libres comme l’est l’air mais l’est-il vraiment ? Les ondes qui le parcourent, la chaleur des lignes et leur tension si haute, l’épaisseur des frontières et des rives, glisser ici, se retenir là, remonter en auto, il est cinq heures passées depuis un moment, tu as remarqué comme rallongent les jours voilà l’embranchement vers l’autoroute Six, j’ai regardé dans le rétroviseur, allumé les phares et fait agir le clignotant, direction là-bas, dimanche on a vu deux personnes dont l’une nous a salué, promenant son chien, on n’a parlé qu’au patron du café, on a ri on a regardé passer le temps au fil de l’eau, le bitume et les feux rouges des autos qui freinent, là-bas, en ville capitale, là-bas

 

Rendez-vous au 23 janvier, festival l’AiR Nu à Veneux en sa bibliothèque, où l’aiR Nu accueille : 

Virginie Gautier,

Olivier Hodasava,

Benoît Vincent et

Lucien Suel

qui liront des textes pour l’occasion : entrée libre, gratuite et bienvenue à toutes et à tous.

Sur la page facebook de l’aiR Nu, on mettra en place des covoiturages pour rallier ce si accueillant sud de la Seine-et-Marne. 

 

 

 

 

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6 Comments

    « on n’a parlé qu’au patron du café » mais il avait du fromage basque et ça requinque bien, pas vrai ?

  • il y a tous ces dégouts (partagés) mais il y a la beauté du monde même froid sans neige, il y a la gentillesse du patron, il y a ce qui sera donné au festival de l’AirNu et il y a votre groupe
    (bon là j’ai froid vais rendre visite à mon radiateur)

  • @Elise : c’est certain, un homme qui a bon goût… merci du passage
    @brigetoun ; couvrez-vous bien (ici ça ne cesse de chuter cette température… brrrr)

  • Merci pour la promenade et les échappées en images et en parenthèses. Très agréable (et stimulant) A bientôt !

  • @Lucien Suel : oui, à samedi…! (merci du passage)

  • L’autorail hors-cadre, évidemment, une belle photo.

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