Pendant le weekend

Trois quatre/Fin de résidence/Journal des Frontières #Ultime

 

 

Je descendais la rue vers 10 et j’y croisai ça ce matin-là (le samedi deux)

instainct délivre

c’est toute la rue, ça : Instin et Jung, « la Loi Travail on s’en fout », l’asiate qui se jette dans le cliché, sans trop en faire non plus remarque,  j’allais chercher la voiture, on s’en allait sans passer par République où des jeunes gens restaient debout encore contre cette loi scélérate (on pouvait aussi lire l’emporte-pièce « ni loi, ni travail« ).

J’y ai pensé toute la journée. J’ai pensé à ce type (quinze piges) qui prend une pêche vue des millions de fois, on pense aux mômes que sans doute a fait, ou fera, ce policier qui l’abat, et on se demande comment ces choses-là peuvent arriver (peut-être par la grâce d’une substance médicamenteuse) : les tenants de la violence légitime nous sont redevables de ces actions.

vitrine magasins bords passementeries

(je repose cette photo, et je la dédicace à mon ami Dominique Hasselmann) (ce sont des galons regroupés dans une vitrine de la rue du 4 Septembre).

J’avais écrit un texte pour cette clôture dans la semaine qui avait précédé, je n’avais pas encore vu les coups de matraque réitérés par des hommes en noir, encapuchonnés, sans intitulé « police » ou « bac »qui cherchaient -tout comme d’autres, sans doute moins fréquentables, mais usant de mêmes méthodes et, qui sait, des mêmes substances médicamenteuses- à échapper à la surveillance qu’eux-mêmes ou leurs affidés mettent en place et en ville (zeugme).

La veille au soir, j’avais préparé une bolo, car j’avais invité des jeunes gens à la partager, il s’est trouvé que l’une de mes filles (au vrai elle m’est belle mais n’importe) a raconté ce qui se passait devant son lycée (elle est en terminale dans le dix neuf), les insultes et autres graves manquements à la plus simple politesse, la plus simple décence, dignité ou humanité dont furent à nouveau victimes les lycéens au cours de la journée du trente et un mars, laquelle était dédiée à combattre à nouveau un projet de loi qui réduit le code du travail à (restons poli) un torchon sale.

J’avais lu ce qu’un collectif de professeurs avait fait paraître dans le journal le jour-même. Il s’agit simplement d’exprimer le désaccord avec les tentatives de ce gouvernement de réduire à rien ce que des dizaines de lustres de lutte ont tenté de mettre en place. Dans le défilé (je n’y étais pas, je faisais un filage de la présentation de ce samedi de clôture de résidence), il y avait une très jolie pancarte, exacte bien que faisant la part belle à quelque chose (nano) qu’on abhorre : « Sarkozy démission, disait-elle (je crois qu’elle venait d’Avignon) 9 ans ça suffit ».

Il faudrait un ton plus léger, mais ça ne s’y prête vraiment pas. Tant pis, c’est un numéro du journal des frontières, c’est probablement l’ultime, j’avais été à la gare

gare 020416

il commençait à faire très moche (pluie, fichaises, froid…) mais ça nous aiderait (nous projetterions sur un mur de très nombreuses images réalisées durant ces six mois)

moteur baudouin OK

il y eut donc lieu de clore cette résidence, des édiles vinrent faire quelques discours, des convenances, la veille en tentant de m’endormir, j’avais pensé que j’aurais la parole à un moment, et pourquoi ne pas dire un mot du soutient que je porte aux volontés des jeunes gens ? Un mot sur le tiers d’entre eux qui se retrouve au chômage après leurs études, un mot des stages à quatre cents trente euros le mois à temps plein ? Pourquoi ne pas dire un mot aussi dans le même esprit de ce président de région qui a augmenté son salaire mensuel de 4000 euros (brut, certes) (wtf) ou de cet autre pédégé qui l’a porté, son salaire, à cinq point deux millions l’an (soit quatorze mille la journée  quand même, toutes celles que compte une année, sans exception -sauf le 29 février, allons) ?

détail 020416

Je n’ai pas osé. J’ai vaguement pensé à autre chose au moment précis où Mathilde Roux lançait (avec maestria) le diaporama qui illustrait, par trois fois, le texte que je lisais.

détail 2 020416

J’ai même oublié la dédicace que j’avais prévue de donner à GianMaria Testa…

Instant perdu pour moi, pour les autres aussi bien, car n’aurait-il pas été bon de dire à ces personnes de pouvoir, qui (qui sait ?) ont l’oreille d’autres tout autant de pouvoir qu’elles-mêmes, ce que pensent leurs administrés (qu’ils soient d’ici ou de là ne change rien à l’histoire) ? Bien sûr que oui. J’ai donc le regret de dire ici que je me suis jeté dans la lecture de mon texte, et que cette frontière-là (celle qui sépare l’administré de son administrateur) je n’ai pas réussi, à mon esprit défendant sans doute, à la franchir.

dehors 020316

Dehors, il faisait un temps un peu mélancolique. A l’intérieur, dans cette jolie médiathèque, elle aussi lieu de tous les administrés, lieu où se défendent tous les jours et la lecture et l’intelligence, régnait une chaleur douce, une amitié palpable, une joie de proposer quelque chose de nous à ces gens-là, ceux qui avaient permis cette résidence comme ceux, tous les autres, qui se trouvaient là. Nous n’avons pas failli, du tout, le travail était magnifique (le collectif tient bon, les choses se continuent, et que la galère vogue, hein, mes amis…) mais j’aurai pu faire mieux pour les autres. Je tente de me rattraper ici, mais le monde virtuel, comme on sait, reste ce qu’il est : une sorte de bulle inconnue, ignorée, cachée à ceux qui ne le fréquentent pas… En tout cas, les jeunes gens sont debout et cela me (nous) reste un très grand espoir, car à eux reste donné l’avenir.

 

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4 Comments

    consolation : ces gens n’avaient certes pas le pouvoir, pas celui qu’ils déploraient de ne pas avoir et même pas les bribes qu’ils croyaient avoir
    ça aurait peut-être, ou rêvons : sans doute, un moment de communion plus ou moins réelle

  • @brigetoun : il y avait une communion réelle (au moins entre les acteurs du collectif et le public) … Merci du passage…

  • pas pu venir… mais je vois ce qui se passe sur la place de la République (l’autre nuit, mon fils avait emporté son ballon pour y jouer au foot avec des « debouts », et un flic en costume de robot – pas celui de Google- lui a renvoyé plusieurs fois la balle… sportive !).

    Il y a donc du mouvement (à Toulouse, ailleurs aussi…), la jeunesse découvre « le commun » – comme dit Frédéric Lordon – et le plaisir d’être ensemble.

    El Khomri se sera fait un nom.

    Ta résidence fut sûrement belle si j’en crois toutes les photos et textes publiés. Elle ne fut pas secondaire.

    (merci pour la dédicace !)

  • […] (quatre quatre seize) vers treize (13) heures, après le billet ultime, je me souviens, j’avais écrit ce message : « Vous êtes partie trop vite- comme […]

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