Pendant le weekend

Atelier d’été 16

9 exercices réalisés en allant de juin à septembre, contributions postées à mesure que les sessions se déroulaient (une interruption pour les vacances, reprise ensuite).

 

 

#1.

Il s’agit d’un morceau de bois, rectangulaire, plus ou moins, une forme de léger trapèze, c’est installé sur l’entrée d’une fenêtre, ça repose sur des tasseaux, de section carrée, de deux centimètres de côté, il en est trois, deux plus courts où on a pratiqué deux trous à la perceuse, évasés vers l’avant afin que la vis qui y pénètre, une fois complètement introduite, n’en dépasse plus – sur le long, sous la fenêtre si on veut bien suivre, trois orifices de cette sorte ont été réalisés – le morceau de bois tout con fait quelque chose comme un peu moins d’un mètre de long sur soixante centimètres de large dans ses plus grandes dimensions, épaisseur quatre centimètres au bas mot, il ressemble à un plan de travail de cuisine (d’autant plus que c’en était un avant son usage récent et dévoyé, donc), on peut y voir en regardant bien quelques scories d’un crayon taillé tout à l’heure, le genre de crayon rouge d’un côté bleu de l’autre dont se servent menuisiers ou autres quelque chose (un exemplaire de ce type d’ustensile

vert-et-jaune

figure au journal, vert d’un sens et jaune de l’autre, plus rare, trouvé un jour dans l’un des caniveaux qui constituent le milieu de la rue bordée d’immeubles où, naguère ou jadis on ne sait plus le dire, se tenait (se tient toujours) l’un d’eux, du numéro vingt, au cinquième étage droite duquel, si on pouvait y entrer, on trouverait, dans le même état qu’il y a sept mois, les restes du vrai – ici on ne décrira que celui qui, dans l’esprit, sert aujourd’hui à produire ce texte – d’un genre directorial acheté au bazar, voilà plus de vingt ans, long de deux mètres large d’un trente, en beau bois blond, doté quatre tiroirs glissant sur des genres de rail à l’aide de petites roues de polystyrène blanc pour en faciliter l’ouverture – et par là, la fermeture – et sur le plateau duquel demeurent encore les trois tomes des lieux de mémoire, posés en pile sur laquelle reste probablement l’omnibus de l’atlas des noms des villes –le titre s’est échappé dans les limbes – qui repose sous le Bon Usage de (Maxime ?) Grévisse, le tout recouvert d’une assez épaisse couche de suie : l’évocation, plutôt pénible et blessante, de ces restes impose de s’en tenir là dans l’inventaire de ce meuble-ci et de fermer cette parenthèse qui n’a que trop duré).

Puisqu’il est devant une  fenêtre, ce morceau de bois tout con, on n’y pose rien, sous peine de ne plus pouvoir l’ouvrir (la fenêtre, pas le bureau) (ou ce qui sert de, donc) , ou alors on travaillera fenêtre ouverte, laquelle donne directement – on se trouve au quatrième étage sur rue – sur le Magenta (ainsi que le Marengo, ce nom-là (si on voulait faire dans le pédantisme on parlerait de toponyme) évoque de nombreux autres déploiements dont on ne choisira ici qu’un seul, le titre d’un album de Willy DeVille) qui, outre la couleur certes, pointe directement sur ce que le chanteur avait retenu du Parisien : vers sept heures du soir, qui regagne quelque intérieur esseulé, familial ou qu’en sait-on ? tout en rognant sur la baguette peut-être molle et sûrement  tiède achetée à peine antérieurement, laquelle baguette, très souvent de nos jours et dans ce quartier, se trouve affublé d’un « traditionnel » écoeurant rabougri en « tradi » à un euro vingt la pièce, et passant donc de la couleur à la baguette et à son prix, on se remémorera peut-être qu’en des temps anciens, les années oui (numéro deux mille chez folio), la presque même flûte de pain se négociait dans les cinquante huit centimes (on était en nouveaux francs, avant soixante, il se serait agi sans doute de cinquante francs, puis l’érosion, l’illusion, l’inflation ont eu raison de ces évaluations), ce qui indique qu’en quelques années, la culbute –si on ose- s’est effectuée plus de treize fois (à six point cinquante cinq quatre vingt quinze, approximativement –source institut national de la statistique et autres – cette baguette trade demandera plus de sept francs quatre vingt sept pour l’acquérir –virtuellement, certes – soit un quotient de treize et quelque sur le prix d’alors). Cette baguette était achetée, parfois, par l’auteur de ces lignes (il en faut un, malgré toutes les restrictions imposées par l’exercice) au coin nord-est du carrefour opéré entre les rues M. et D. d’une ville, A., du nord (le coin nord-ouest dudit carrefour était occupé par la maison des F., si on n’abuse pas trop sans balancer non plus, propriétaires de celle située sur le coin du même carrefour, mais sud-ouest) dans un magasin épicerie dépôt (donc) de pain nommé Familistère (dans les verts et les jaunes, comme le hasard fait bien les choses n’est-ce pas), prix reporté sur une note réglée par la maîtresse de la maison du coin sud-ouest (au coin sud-est, le quatrième, le dernier du carrefour, soyons précis et exhaustif, gît une autre villa maison construction immobile) maison du coin sud-ouest donc, et addition réglée en fin de mois ou début du suivant par la maîtresse d’icelle – bien qu’elle cessât ce règlement tempéré du fait des excès (notamment en gâteaux roulés aux chocolat, chips et tucs, semble-t-il) dus, plutôt, à la partie mâle de la fratrie qui vivait alors en cette maison de trois niveaux (numéro de rue : cent quarante et un) au deuxième étage de laquelle, au fond du couloir, à gauche, se situait la chambre dite alors verte. On n’avait pas à l’esprit, puisqu’il n’en était pas –probablement- question encore dans l’esprit tortueux courbe ou ondoyant du Truffaut de réaliser un film portant ce titre frappé au coin de la métempsychose (« La Chambre verte », 1978), de référence particulière et cinématographique pour la dénommer ainsi, mais simplement la couleur des murs, avant qu’elle ne fut repeinte d’un blanc tout con – au sol, un plancher de bois chêne – sur lequel on avait placé un lit (une place), une armoire plus une table qui faisait office de bureau (la provenance de cette table-bureau était la salle des vente de la rue de la Préfecture (la ville du nord s’enorgueillissait en effet d’appartenir à cette catégorie républicaine)) composé de quatre pieds plus un tablier en bois brut passé au brou de noix par ladite maîtresse de maison (laquelle disposait de ces lubies : brou de noix, pantalons courts – type bermuda – au dessus du genou pour les garçons tout autant que coupe de cheveux en brosse : d’où tirait-elle de tels hantises, l’histoire, ici, restera muette…) sur lesquels l’occupant des lieux placera, plus tard, bien plus tard et uniquement, les trois éléments de marque D. composant une chaîne hifi (on disait ainsi, à l’époque), deux baffles plus une platine tourne-disque (ce qui fait trois) agrémentée en son axe d’une sorte de petit pylône sur lequel on pouvait entasser, si le cœur en disait, cinq ou six (je ne me souviens plus) disques trente trois tours afin de les écouter les uns à la suite des autres, vaguement effondré navré ou alangui sur le lit, fenêtre ouverte donnant sur un jardin au milieu duquel on peut discerner sur la photo (si l’hôte d’ici pouvait la poser là, on comprendrait mieux bien que l’arbre n’y figure plus, sinon se reporter en début (ou en fin ?) de billet texte article déploiement d’atelier d’écriture d’été)

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un arbre, un poirier qui ne donnait pas, ou jamais, ou alors seulement un ou deux fruits durs comme la pierre mais toujours, et cependant, attendus avec une sorte d’espérance qui ressemblait, en ces temps lointains, à quelque chose comme l’amour de la nature.

 

 

#2.

TGM comme un métro qui s’arrête à Hannibal continue à Présidence et (H)Amilcar

Salammbô et les ports puniques rien à voir avec Flaubert (prénom Gustave, un petit siècle peut-être avant Klee prénom Paul en sa plage de Saint-Germain) mais le soleil et l’écume et au loin les bateaux qui croisent le vent doux qu’on appelait toujours sirocco

Si tu continues, encore un peu plus loin, tu passes à la Marsa (terminus) mais avant l’arrêt de Sidi Bou Saïd, et arrivé là commence la montée vers le village

Au loin, vers le sud, le Boukornine, en bas distinguer Hammam Lif et entre le sommet du mont et la grève de la petite ville, ne pas parvenir à discerner Montcizé et ses vignes

Créteville, le chien Dick, les odeurs de mou de raisin, le soleil vénitien au dessus des canapés blancs du salon

La station au coquillage –non c’était une station de la British Pétroléum- sur la route qui mène au lycée –la route est de la Goulette – et cette dame – la pompiste (je n’ai plus son nom) – qui offrait un vichki, son fils qui péchait, Jojo le fil enroulé sur une pince à linge

Plus bas, vers le Kram, la station de la Standard Oil

L’après-midi du lycée sur la plage

Tintin son homme à l’oreille cassée son kilt son klebs

Le rez-de-chaussée chez Djelouli, les six premiers mois de soixante

Les musiques de films, « La chose d’un autre monde » (Christian Niby et Howard Hawks, 1951) dans le cinéma de l’avenue de France

La même avenue, les arcades à la Rivoli d’ici, les glaces comme ici –mais à la violette

Les chansons des Compagnons jouées sur le Teppaz, au deuxième étage du cent quarante et un comme les disques dans l’armoire de la chambre de Joujou au Belvédère

Des lettres, des numéros, des noms, des illusions et des souvenirs

Rue de Marseille, le cabinet de l’oncle médecin, le frère de celui qui était parti de Drancy, en février quarante quatre

Celles de Mexico ou de Londres, naître en clinique, la maison des grands-parents la terrasse faite de tomettes rouges, quelque chose des villes du monde en tout cas, et se faire rapatrier

Suisse et Genève, Prague et sa Tchéchoslovaquie, Tito et sa Yougoslavie, rien d’autre que le mérite agricole

Nice aéroport Côte d’azur le Douglas DC4 probablement C54 quatre hélices, probablement le même type qui servait en Algérie à l’armée pour pacifier

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#3

 

En réalité, 1. il est à peu près certain qu’il se trouvait au cent quarante et un, quelque part, mais où ( pour ce qu’on en a à foutre de savoir où, c’était certainement quelque part, et après ? dans la chambre des parents, quelque part, deuxième étage fond du couloir droite, elle donne sur la rue, une fenêtre, les deux autres ce sont celles de la chambre qu’on occupait, mon frère et moi, dans les débuts – les filles vivaient au troisième; donc là, ou ailleurs, dans les tiroirs de la table ovale du petit salon vert qui faisait l’entrée de l’appartement du premier, peut-être quelque part) c’est certain, il était là.

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Et donc aussi, évidemment, 2. dans la villa, J2, de l’avenue du théâtre romain, en face des termes d’Antonin, laquelle était voisine de celle de l’une de mes (grands-) tantes (paternelles, il en était deux ; maternelles, il en était aussi deux) (pour les oncles, j’en dirais plus un jour) (il y a aussi les alliances, donc deux tantes encore) (plus encore une troisième vu que le frère de mon père divorçât dans les années cinquante) (ou soixante) (et d’ailleurs si tu vas par là, il est une autre tante, D. laquelle mourût avec et comme ses deux petits enfants dans un accident de voiture – la jaguar – bleu nuit – en sept sept) (la smalah d’Abdelkader tatoué sur la fesse gauche, voilà, c’est pour Francis Blanche et Pierre Dac, la voix de la France, enfin tout le toutim), mais alors là, pour dire où, je ne pourrais pas (je ne me souviens de pas grand-chose là-bas)

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J’ai fait une liste mais pas d’objets, quarante quatre points, suture ou pas, blessures ou n’importe quoi, en tout cas 3. c’est un cadeau, probablement de mariage (ils s’épousent en quarante huit), les cadeaux, il en est des caisses (ça se faisait sans doute plus que de nos jours ? wtf j’en sais rien, ça s’administre aussi, je me souviens du mariage de la fille de E. au bois de Boulogne, comment s’appelait-elle déjà ? A. oui, c’était en sept de ce siècle (ou en six ? enfin par là) et il avait été question d’une liste aux galeries printemps dlamerde) (on a décidé, pour cette déclinaison des quatorze nuances de cet objet, de faire dans le grossier) (cette décision, unilatérale, n’a aucunement l’obligation d’être tenue)

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  1. Ca se présente sous la forme d’un rectangle de douze sur sept (pratiquement); c’est en argent, je ne pense pas que ce soit du massif bien que ça doive peser dans les cent grammes – lorsque c’est vide, d’ailleurs plein, c’est de l’ordre de vingt-huit grammes de plus : combien pèse une cigarette ? deux grammes… – , mais peut-être, je n’ai pas le sentiment qu’il soit plaqué parce que ça ne s’écaille pas, mais c’est possible, je ne crois pas (j’ai dans l’esprit le briquet reçu en cadeau, je ne sais plus (forme alambiquée à l’ancienne à la con) comme les bouteilles de champagne ou les stylos à encre, ce genre d’attention luxueuse et onéreuse qu’on peut avoir pour ceux qui, par exemple, participent à une communion, quelque chose de cet ordre) (ce sont des centimètres)

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  1. Je pourrais aller m’enquérir du prix de cent grammes d’argent massif, histoire de voir ce que ça vaut (ça me fait penser aux démarches entreprises dans les officines de la rue Lafayette – rendez-vous nominatif préalable, en étage, caméra rez-de-chaussée, portes blindées, œilleton électronique, barres vitres six centimètres d’épaisseur – lors de la cession de la pierre de ma grand-mère) (elle était un peu jaune, dommage) (la pierre, pas ma grand-mère paternelle – ni maternelle) (un cadeau de mariage aussi, sans doute) : sur le dessus, un décor en obsidienne noire laquée, très art nouveau géométrie de losanges dans le pauvre souvenir

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Ce qui ne fait aucun doute non plus c’est que 6. ça se trouve quelque part chez ma tante centenaire, est-ce chez ma tante ? ou l’ont-elles déjà déposé là-bas (chez ma tante, je veux dire) ? pas facile à savoir, d’autant que les invectives vont bon train, ces jours-ci (en revenant tout à l’heure de bosser, je pensais à l’objet, je me disais que je n’en savais rien, finalement, mais qu’il découlait de cette culture de ma jeunesse, cette aventure de la fin des années cinquante, et puisqu’il faut bien tenir une ligne)

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6 bis. Au rang des invectives, je ne résiste pas et je cite dans le texto : « (finalement non)

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  1. Sur l’un des petits côtés, on n’aperçoit rien que le mince filet de la jointure (lequel court tout autour de l’objet), sur l’autre un petit onglet qui permet l’ouverture, probablement facilitée d’un ressort minuscule, il s’ouvre donc en deux parties égales, réunis par une sorte de gond faite de plusieurs petits cylindres (six, ou huit) imbriqués les uns dans les autres, à l’intérieur de chacune de ces deux parties symétriques et presque exactement semblables, une sorte d’élastique beige, réalisé en fines bandes – peut-être cinq, ou six – tissées et réunies en une seule, beige couleur peau large d’un petit centimètre, marquant le tiers inférieur de chacune des deux parties dans la plus grande dimension (on peut y introduire sinon l’entièreté d’un paquet de tiges de huit, du moins quatorze ou seize, très probablement)

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  1. Il s’agit d’un paquet rouge, à la bordure blanche comme un cadre – une vingtaine de craven A – je ne crois pas qu’il existe encore mais c’est fort possible (pas en France, semble-t-il) (tout à l’heure en allant au tabac, je regarde, et s’il se peut j’en achète un paquet, j’en fait la photo et je la pose en exergue de l’exercice, mais il me semble plutôt que ces clopos-là n’avaient pas la dimension d’aujourd’hui) (le souvenir intime, c’est que le paquet reposait dans la boite à gants – non mais eh, la boite à gants… – le vide-poche (le vide-poche…) de la décapotable blanche, deux banquettes, sublime intérieur sellier cuir rouge, américaine en diable, appartenant à l’un de mes oncles (du coté de ma mère, il en était deux, du côté de mon père itou) (du côté de ma mère, un troisième, par alliance comme on dit) (d’ailleurs, c’est par alliance aussi que l’objet existe) (un porte-cigarettes, ça n’existe plus) (c’est sans doute que je n’exerce plus mon observation sur les bons milieux, j’imagine) (en voit-on au cinéma, dans les films contemporains ? je n’en garde pas souvenir)

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  1. Quel abîme imperceptible existe-t-il dans ces souvenirs ? il y a là une petite table basse, de celle où on pose négligemment le catalogue de l’exposition en vue, ces temps-ci, lorsqu’on reçoit à dîner le N+1 (fuck off cette vulgarité de nos jours, le supérieur, les dîners en ville, toute cette boue, cette saloperie pour laquelle on s’habille, on choisit couleurs parfums assortis, je me souviens de cet article d’Oublier Paris qui traitait du cercle interalliés, du triangle d’or, de cette invariable géométrie, faite pour et de ce luxe sublime et frelaté), sur laquelle repose, aussi, juste mitoyenne de l’objet, une soupière (est-elle d’un même métal ?) (en tout cas d’une même teinte et poids) posée sur une assiette hexagonale, manufacturée identiquement (le couvercle de la soupière est, lui aussi, hexagonal, surmonté, un peu comme sur la bourse du commerce, d’une petite tourelle ronde), et aussi très probablement issue de la même cause (de la même manière, au coin sud de la salle à manger du cent quarante et un, premier étage, avait été posé un genre d’armoire – le nom de ce meuble m’échappe – bonbonnière confiturier je ne sais quoi n’importe – en chêne – une seule porte, largeur quatre vingt peut-être, haute de près mais de moins de deux mètres, deux ou trois étagères, sur lesquelles on posait la vaisselle de prix – les douzaines de verres à pied, cristal ou quelque chose, l’argenterie qu’il fallait parfois faire briller à coup de ce produit qui puait grâve, et d’autres choses encore qui faisaient souvenir de ce temps où, avant d’avoir tout abandonné en quelque sorte, on jouissait peut-être d’une espèce de sensation de bien être confortablement bourgeois et installé et d’appartenance aux heureux du monde)

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  1. On ne fumait certes pas, on avait une consigne, ne pas fumer avant dix huit, ou plutôt non, vingt et un ans, ou je ne crois plus savoir, mais j’ai tenu (la qualité de ma respiration y est pour pas mal) (le cabinet du médecin, je ne suis pas complètement certain qu’il s’agisse d’une ordure, mais qu’il repose en paix, au huitième étage d’un des immeubles de la fin de la rue de la Pépinière, presque à l’église, qui, lorsque je vins le voir – il s’était agi d’un ami de la famille, si je comprends bien – pour lui demander de certifier mon état d’asthmatique invétéré – il m’avait prodigué ses soins début soixante et un quand cette maladie s’était attachée au nacre de mes poumons – , afin que je présente ledit certificat aux autorités militaires pour qu’elles aient l’occasion, la possibilité de consentir à m’exempter de mon devoir pour cause de maladie grave, m’avait regardé, visage un peu souriant, avait sorti de son tiroir un bloc d’ordonnance, y avait griffonné les mots demandés, puis avait indiqué « c’est cinq cents francs » j’avais un chèque, je le remplis) (l’ordonnance n’a été de rien)

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  1. Il est passé par le 4 des Invalides, tout aussi fatalement, obligatoirement, nécessairement (elle y vécut vingt ans à partir de soixante quatorze, elle n’avait pas cinquante ans, il devait se trouver dans le secrétaire, ou sur la table basse du salon – une grande pièce salon-salle à manger moquette bleu ciel ou gris-bleu, jouxtant une chambre – parquet – (les trois fenêtres du petit pavillon de deux étages, au dessus vivait la propriétaire, patronyme à particule, en haut de l’immeuble du 4 vivait une star de la mode et du luxe particule aussi) au bout du couloir la cuisine toute en longueur, on distingue la fenêtre qui était au dessus de l’évier dans les photos prises par cette saleté de robot, au dessus de laquelle un petit toit de zinc sur lequel s’aventurant un jour, dans les années quatre vingt, le concierge, glissât, chût, mourût)

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  1. Sa mère y vécut ses derniers jours (elle était allongée sur le lit, dans la chambre, ses yeux un peu mouillés, j’avais dans mes mains la sienne droite, ya amri qu’est-ce que je fais encore là ? elle partit en août, j’étais en vacances, elle repose sous une pierre noire où sont gravés son nom son prénom cette année-là, probablement rehaussées d’or ces gravures – on n’a pas porté le nom de ma mère ni son prénom ni le deux mille huit, il s’agit pourtant de sa sépulture aussi, aussi bien que celle de TNPPI – une pierre noire un rectangle tout con, de la même forme que cet objet-là, à Montmartre, du côté de Berlioz – il s’agit aussi de celle de L.)

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  1. En bas de l’avenue, qui à présent est coupée en deux, ce n’est plus qu’une impasse au fond qui monte de la mer, en bas de cette voie alors vers midi trente quarante cinq arrivait l’un des oncles de mon père (le frère de sa mère, il tenait le garage nommé de son prénom) (à lui, pas à mon père), il klaxonnait pour prévenir pour qu’on lui ouvre la porte, je crois qu’il gare sa caisse sans se donner la peine de (rapport ténu à l’objet, mais le lieu où il devait se trouver aussi est là, plus haut remonter, passer sous la voie du TGM, laisser à sa gauche la pile du pont où a été flanquée une quatre chevaux beige foncée, un jour de mai cinquante huit ou neuf, était-ce en mai ? monter encore, croiser un chemin de terre –c’est une rue d’asphalte de nos jours – continuer un peu, quelques mètres, et là, sur la gauche, dans les blancs dans les bleus derrière les jasmins)

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  1. j’ai confondu, entre mes tantes et mes grands-tantes (les tantes de mon père surtout, encore que ma grand-mère maternelle ait eu un frère – il portait le même prénom que son beau-frère, que le père de mon père et que mon frère – qui vivait non loin du Belvédère, au rez-de-chaussée de sa maison on trouvait dans une grande pièce un bar, on devait y danser, quelqu’un demande une clope, une femme disons, un homme (c’est Richard Widmark, tu penses bien) sort son porte-cigarettes, l’ouvre d’une main, le lui présente, elle se saisit d’une, briquet, les yeux dans les yeux (Ida Lupino dans « la Femme aux cigarettes ») ( Jean Negulesco, 1948) peut-être, il me semble que l’année du clou sur lequel j’avais allègrement marché – six à huit centimètres fichés dans une planche de bois, vaccin immédiat à Cavalaire, je portais alors des tongues, ça se passait à la Croix-Valmer dans le Var sur la colline à quelques kilomètres de la mer, une des plages du débarquement auquel participa mon père – cette année-là, je me souviens de ce grand oncle-là, de sa (quantième ?) femme blonde robe à fleurs, et aussi de mon oncle qui était son neveu et qu’on appelait Joujou – il disait « tu me comprends, tu me comprends » légèrement bègue, fumait des blondes aussi ( des « coups de chance », peut-être), jouait non pas au casino mais dans un cercle, payait ses impôts le jour dit à l’heure dite, sans relation pourtant avec l’objet, mais le voilà, il disposait d’une chambre où il m’est arrivé de faire la sieste – je détestais la sieste – dans la maison du Belvédère, loin, là-bas, les sacs de sable sur la route de l’Aouina, fin cinquante neuf

 

#4.(un exercice, on s’en fout, je le pose quand même)

Vingt mots choisis, à la majuscule, et ne retenir que l’ordre des choses, la beauté, la joliesse, l’esthétisme, quelque chose qui apporte au lecteur une sensation de bien être, comme la Marche, le Geste, le Mouvement, une espèce d’Application, une sorte de Tension, une Volonté de Commencement, quelque chose comme une Sensation, un Sentiment, peut-être une Simple Station, un Effort Victorieux, qui tend les Nerfs vers une Correspondance ou  un Vertige sur toute l’Etendue de Plaque tectonique, quelque à-plat comme à ma Tempe ma main, pour me souvenir des Chevaux qui s’en vont vers l’horizon

 

#5.

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descente vers la plage

ce n’est pas quatre heures, le soleil plombe les rochers la terre rouge les cailloux qui roulent sur le petit chemin, leur son sourd aigre, une petite poussière et la chaleur ce n’est pas quatre heures de l’après midi, il fait une ombre bientôt rejointe, l’odeur des plantes qui sont là, accrochées au flanc, inconnues et grasses, ces odeurs, croiserait-on un lézard, un scorpion, une mouche ou un oiseau vif et rapide, ce n’est pas quatre heures mais la plage est en bas, les vagues doucement mettent un peu d’écume sur le sable clair, on ne sait rien de la proximité du palais du président à vie, à la vie à la mort, émeutes de pain, olives noires et chapelets de merguez qui gouttent aux étals sur le marché, loin, dans la ville, là-bas derrière la lagune,la lagune comme celle de Venise qui sépare le centre du littoral comme la piazza du lido, en moins chic évidemment mais ça, on ne le sait pas, on descend à la queue-leu-leu, si on a sept ans c’est le bout du monde, on porte aux hanches cette espèce de culotte que la mère appelle bermuda ou autrement, on ne sait pas qu’on va bientôt partir, on descend vers la mer, ce n’est pas quatre heures, c’est la mer, la vraie, la bleue toute la vie, peut-être trois heures et quart, au ventre quelque chose comme une peur puisque, ensuite, il y aura autre chose, ensuite ce sera demain ou un autre jour, on ouvrira le cahier par la fin, on commencera à écrire des lettres différentes, on partira de la droite pour aller vers la gauche, une mlangue qu’on ne parle pas sinon en injures, on commencera à apprendre, on ne saura pas que commencent ainsi combien d’années d’études jusqu’à aujourd’hui, on ne cesse pas, on est là, et devant soi, dans cette odeur chaude lourde sensuelle et paisible, au loin comme une sorte de ressac lisse et clair, au loin sur l’horizon qu’on sait mais qu’on ne voit pas, très loin, là-bas vers l’est, le phare et la bibliothèque d’Alexandrie, le colosse de Rhodes, ces merveilles qu’on ignore, Babylone sa tour et ses jardins suspendus, on attend, quelque chose vient, on descend on aimerait tant voir Syracuse, on regarde au sol ces petits cailloux qui roulent leur chemin vers la grève, il fait chaud, il fait doux Carthage

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#6.

Leurs cheveux sont noirs. Du jais, ailes de corbeaux. Secs. Ils naissent en cinquante à une demi-heure d’intervalle, ou moins. On n’attend pas l’un d’eux. Mais il vient. Ca surprend. Mais il est là. Ils sont deux. Ils ne font qu’un. Ou qu’une seule âme ? L’un d’eux tombe malade. Gravement, quelque chose comme une maladie nerveuse, irrémédiable, incurable, toujours présente. On ne sait pas exactement. On les sépare et on l’isole. On ne sait pas exactement. Ils sont d’un seul tenant. On ne les reconnaît pas. Ils ne se distinguent pas. Semblables. L’un passe pour l’autre à l’école, au lycée il en sera de même. Ils en jouent même, identiques. On appelle ça des frères, des bessons. Leur premier  prénom commence par une même lettre. Celle du titre du  film de l’année dernière. Ils disposent de deux ou de trois prénoms. Non ceux des grands- pères mais d’autres. L’un est en  français, l’autre en arabe. Et en hébreu, en levantin, yddish ou italien ou grec, libanais, cosmopolite ou métèque, ou allogène, ou étranger, ou différent, on ne sait pas. On n’attend rien. On ne sait pas. Ils sont là. Le temps passe. On ordonne quelque chose. Valise, cercueil, on choisit pour eux. Leurs vies, la vie. Ils attendent sans doute. Ca passe. Ils sont seuls. Ils le demeurent. Ils marchent dans les rues. Ils ne savent où mais ils vont. Sont-ce des rues d’Alger ? De Constantinople ? Naples, Budapest, Tunis ? On ne sait pas. On s’en fout ? Un peu, mais elles sont là. Puis c’est la France. L’un d’eux promène un chien. Il l’appelle Cola. Il répond. L’autre n’en a pas. Il ne l’appelle pas Coca. C’est une boisson gazeuse. Ils en boivent les jours de fête. Ou d’anniversaire. Ou d’enterrement. Commémorer quelque chose les fatigue. Mais ils y souscrivent. Ils y sacrifient. Ils s’y plient. Une autre s’appelle Fanta. A l’orange. On l’oublie. On les sépare ou ils s’en vont. L’un à Pékin, l’autre à Caracas. Ou Medellin (est-ce que je sais ?). Ils pensent aux autres. Ou les suivent. Des femmes, peut-être, ou autre chose, idée, image, quelque chose de flou, de changeant, d’innommé. Quelque chose comme le sexe, l’amour, le reste. Parfois. Ou jamais. Ils laissent le temps couler. Devant eux, sur la rue, sur les trottoirs, les colifichets d’un Paris de pacotille. Ils ne boitent pas encore. Ou alors seulement un peu. Ils ne portent pas de canne. Ca vient. L’un d’eux tombe, casse un coude. Une hanche. Ou un bras. Le chien s’est enfui. Ou il est mort. Ces choses-là arrivent. Parfois doucement, le ciel est davantage bleu sur la rue. Il pleut. Leurs yeux s’embuent quelquefois. Ils restent isolés. Entre eux deux. Deux êtres différents. Ils écoutent les autres mourir. Autres. Dissemblables et heureux d’être ensemble, autres, différents, dissemblables. Deux mais une seule âme ? Un regard leur suffit. Ils se comprennent. A demi-mot, un clin d’œil ou une parole, heureux ou malheureux. On ne sait pas. Habitude, confiance, foi mais pas magie. On sait bien, on ne les aime pas, pour ça. Ils sont trop ensemble. Ils se ressemblent. Perdus ? Ils peuvent d’une seule voix dire « je ». Une seule voix, un seul être, une seule et même personne. Trop ensemble, ou seul, ou différent, ou ailleurs. Sur le port, les choses changent parfois. Lui, non. Il regarde les bateaux. Ils passent mais lui, il reste. L’écume de ses jours, la foi dans sa vie, la leur comme la fumée des camions sur le port, ils attendent d’embarquer, le bac attend, les autos elles aussi attendent, et lui, il est là. Assis, à attendre. Un banc sur la jetée. Ca passe, ça va passer, ça passe. Il fait froid, l’hiver est là. Les cheveux sont gris, puis blancs. Car les années passent, plusieurs, des dizaines, et des lustres. Des années entières. Les arbres bordent l’avenue et les feuilles tombent. Il fait froid, il neige. Puis le bleu revient au ciel. Il n’aime pas ce monde. Il y vit, pourtant, et il attend. Il pense à autre chose. Il aime à prévoir l’avenir. Dans les cartes à jouer. Les lignes des mains et les positions des étoiles aux ciels. Quelqu’un, l’un d’eux, va mourir. En premier. Cette ligne, là, dans la paume, tout à coup, s’arrête. L’un d’eux. L’autre suivra. Une lame, spéciale, je ne sais pas laquelle. Main droite main gauche, les dents commencent à pourrir. Déchaussées. Les os à se déliter. La peau en lambeaux, à partir. Il ne fait pas beau, il ne fait jamais beau. Il est tard, la nuit tombe. Il est tard, il faut tenir. Assis, là, chien à ses pieds, la tête sur les pattes, les yeux pleurent. La langue pend. La poussière du jardin étouffe les pas. Les passants ne le voient plus. Il ne les écoute pas. Il marche, le chien est mort. Il marche encore, il ne porte pas de canne, il ne s’appuie pas. Puis, il lui prend le bras, ils se donnent le bras, l’un est plus âgé, l’autre domine, ils ne se connaissent pas, ils s’habituent. On les nomme monstres, c’est ainsi. Un portrait.

 

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#7.

 

C’est souvent par son rire qu’on aime quelqu’un, enfin moi, disons : le rire, la connivence, peut-être, l’humour, l’accord des inconscients ou la joie de vivre et de rire de tout et de n’importe quoi, partager quelque chose sur une chaussette qui tombe, un menton de trop, une façon de porter un chapeau, une voix difficile, trop haut placée, criarde ou basse sans effet, mais de lui non, je ne me souviens pas du rire, non, je ne me souviens pas de grand-chose de lui non plus tu me diras, mais enfin deux ou trois choses que je sais de lui : ces deux morceaux de sa biographie et de la mienne, de vingt ans séparés sans doute, je ne saurais dire exactement puisque, de la date, je ne suis sûr que du second, août soixante treize,- alors ça ne fait que quinze ans – il conduisait une Lancia, modèle de moitié de gamme, beige je pense, quelque chose comme ça, il faudra que je demande à mon frère, c’était en revenant du restaurant de poissons à Nettuno sur le bord de la mer, où était-ce je ne sais plus, je retrouverais (j’ai déjà cherché), c’était la nuit et sa femme lui indiquait un chemin, une route plutôt ici ou là, non pas là, et sa voix, je m’en souviens « tais-toi » lui dit-il, « tu ne sais pas ce que tu dis » durement, en italien, mais elle continuait, « tu t’es trompé, je t’assure, c’était à droite » (ou à gauche, siège du passager, lumière des phares), « écoute-moi, tais-toi ou tu descends et tu vas à l’arrière », cette voix qui ressemblait à celle de Pierre Desgraupes (tu sais bien, « Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère vous présentent Cinq Colonnes à la Une » les années soixante, la voix de la France où – et ailleurs – Desgraupes interrogeait Roland Barthes sur ses Mythologies steak frites/DS de chez citron et autres), on avançait sur la route, je crois qu’il y avait là A. et nous étions assis à l’arrière, et puisque M. continuait à tenter de lui faire tourner encore ailleurs, il s’arrête et fait « tu vas derrière maintenant, ça suffit, A. venez devant… » . Guère possible de répliquer (je ne suis pas sûr que ma tante en ait pleuré, mais elle s’assit sur la banquette arrière, à mes côtés). Le manque de grâce, de gentillesse (d’ailleurs et par ailleurs et ce n’est qu’un bruit qui ne m’étonne pas, il la battait de temps à autre, quelque chose du père qu’il ne sera jamais, fouettard peut-être), mais pourtant de lui il me reste tout de même quelque chose de l’élégance.

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#8.

On était en juin, vers la toute fin, et durant ces trois mois, je l’avais accompagnée plusieurs fois jusque chez son oncologue « il me fait chier celui-là, tu sais » qui officiait à Neuilly. Un jour suivant, en juillet, j’avais été le voir, nous avions parlé, j’avais parlé surtout, en fin d’après midi mais à cette époque les jours sont encore longs, derrière lui à travers la fenêtre ouverte du rez-de-chaussée, les arbres d’une avenue, pour lui expliquer la haine dans laquelle elle tenait les médecins, il m’avait regardé, puis avait conclu, m’avait serré la main, m’assurant de sa sympathie.

Vers dix heures, l’ambulance s’est engagée sur la place devant Notre-Dame, puis a pris les quais devant la préfecture, à droite et a suivi son chemin. Elle, elle était allongée : à la fin du mois de mars précédent, elle avait fait une chute chez elle. Avant-hier, elle avait fait une autre chute, et on l’avait menée aux urgences de l’hôtel-Dieu. Sa canne, son twin-set en cachemire, un cadeau ramené de Venise, ses affaires, je ne sais plus comment elle était vêtue, l’ambulancier qui conduit comme s’il voulait nous emmener directement au cimetière, peut-être qu’il faisait chaud, j’étais assis, elle allongée, un drap sur elle, il me semble mais je confonds avec la suite, le tressautement des roues sur la chaussée, c’était une sorte de petit camion, ce genre d’ambulance qui trimballe les mourants, les blessés, les infirmes, elle était allongée, un petit sourire derrière ses lunettes un peu teintées, je ne fumais plus mais elle me dit « tu n’as pas une cigarette ? »  ou alors j’ai rêvé, c’est possible, ce type de rêve peut me poursuivre de temps à autre, quand je pense à elle, elle était née en novembre mais détestait qu’on lui en parle, elle détestait pas mal de choses mais riait de tant et tant d’autres, elle souriait, allongée, l’ambulance passait le pont de Grenelle, de Bir-Hakeim ou n’importe lequel de ceux-là, tombeau ouvert c’est ce qu’on dit…

On repassa à nouveau la Seine quelque part, je ne sais plus, elle avait aux yeux cette chaleur, cette gentillesse, ou alors c’est moi qui invente, peut-être était-elle déjà ailleurs, partie, je ne sais plus, si tu me demandes de te raconter quelque chose comme ça mais je ne sais plus mon enfant, je ne sais plus, j’ai oublié j’ai préféré oublier, elle me parlait, oui, un peu, on allait à Nanterre, je ne sais plus exactement le nom de cette satanée clinique, je sais qu’on passait sous les immeubles de la Défense (quand j’y passe, je ne peux pas faire autrement que de me dire que ces bâtiments sont construits et qu’ils abritent tant et tant de choses informes, infâmes et ignobles, comme ces banques, ces sièges de société, ces types en uniformes et regards cyniques, cette horreur qui estropie, démembre, torture partout ailleurs dans le monde enfants femmes vieillards, et que les valides font la guerre, tu vois, c’est pourquoi cette photo, mais j’oublie) j’ai oublié, j’ai tout oublié, seulement elle était là et elle s’en allait, elle était là et j’avais pris sa main, puis d’un coup de frein rageur le type – c’était un type au volant- a stoppé devant l’entrée des malades de la clinique, je ne sais plus où elle se trouve, descendre du RER je le ferai plus tard, puis marcher un long moment et doubler la préfecture en la laissant à main gauche, rejoindre ici ou là, si j’y allais je retrouverais peut-être mais à présent, non, sa chambre donnait sur l’ombre du bâtiment, des arbres, un jardin, un couloir aux teintes jaunes et roses peut-être, mauves grises je ne sais plus, il n’était pas une heure, un médecin vint-il la voir, elle était dans un lit, dans son lit à midi, puis une autre heure passa, une infirmière, les choses se disaient, je ne les ai plus sous la main, elle était là, derrière son drap, peut-être cachée, « non, tu n’as pas de cigarette, non tu ne fumes plus, non » dehors il faisait chaud, je m’en suis allé, je n’achète plus de cigarette depuis tant d’années, je suis parti, le RER au bout du boulevard, ticket direction orange indiquée sur écran noir, le voilà qui arrive, le voilà, mon sac à l’épaule qui contient quoi, vais-je au travail, où vais-je, où suis-je, les portes s’ouvrent, les gens passent courent crient rient bousculent, rient encore l’été, il fait froid dans ce wagon cette voiture ce tunnel, il fait froid, il fait froid

 

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#9.

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J’avais déjà pas mal bu, deux heures du matin, une petite pluie fine, idiote, saloperie qui transperce tout ce qu’elle touche. Je suis arrivée au coin de cette rue, Rush street, mais j’avais soif. Elle, elle était brune et sortait de ce café Rosebud

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robe lamé argent, une petite pochette en métal argenté sous son bras c’est ce qui me vient, ça brillait mat, sous son bras près de son sein gauche. Bras nus, une ride à peine visible qui court sur l’épaule, la fine couture d’un bas, cheveux mi-longs, style je ne sais pas si tu connais mais Maria de Medeiros. Seulement pour la coupe de cheveux. Pas pour le reste, non.

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Je l’ai photographiée, elle venait directement à moi, vers moi, sur moi. Elle m’a pris le bras. Pas de photo, non. Nous étions au milieu de la route et elle m’a entraînée, moi j’étais une môme, j’avais fini ma bouteille et maintenant, non seulement j’avais de la peine, une peine terrible, mais en plus j’avais soif. Terrible. La pluie a cessé d’un seul coup, et elle, elle m’a pris le bras de ses deux mains et j’ai posé la mienne sur les siennes.

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Elle serrait sa pochette, elle me serrait aussi, elle se serrait et m’entraînait je ne savais vers où, je ne connais pas ce quartier, et je ne sais même pas comment je m’étais retrouvée là. Le ciel s’est découvert les nuages chassés le vent presque doux une odeur de pluie qui s’efface, des étoiles et la mienne et la sienne, sûrement. On marche vite, sa robe fait un bruit métallique et soyeux, elle, elle me guide, on marche encore puis elle entre dans cet immeuble, c’est là que ça a commencé, je ne me suis pas vraiment rendue compte, mais c’est là j’en suis sûre. Un hall immense, peut-être vingt mètres de haut, des lustres qui déferlent de si haut, ces trucs basse-tension qui signalent vaguement du blanc sans éclairer, sans vraiment de lumière, des canapés de cuir, aveugles et noirs, des fauteuils, noirs, des consoles des commodes, personne mais des plantes, escaliers de marbre et au fond, un comptoir acajou bois foncé, lustré, brillant, derrière lequel se tient un homme aux trois quart chauve, deux mètres baraque genre Cassius Clay (ouais) cent vingt kilos quatre vingt piges d’ébène, ça sentait un peu l’encaustique, le propre le frais, sous mes pieds la moquette vert bouteille, épaisse, constellée de milliards de minuscules étoiles d’argent qui scintillent, jamais marché sur un truc pareil, une petite musique innocente à peine audible, et au comptoir, elle sort deux billets à l’effigie du vingt cinquième président (deux coupures de 500) (William Mc Kinley, assassiné à Buffalo, deux coups de surin dans le bide) de sa pochette. Il les prend avidement, vérifie le filigrane, les tâte entre ses doigts.

– Une chambre, dit-elle au vieux.

Il porte des lunettes teintées, voûté cheveux clairsemés blancs en petites touffes, il se retourne, les pans de sa redingote flottent autour de lui, il prend au tableau une plaquette de métal dorée sur laquelle est gravé le chiffre. Une breloque en forme de fer à cheval y pend.

– La 522, au cinquante deuxième, l’ascenseur est sur votre gauche, avec mes compliments…

Elle ne lui dit rien. Quel compliment ? Elle m’entraîne, j’ai soif elle se ravise.

– Vous ferez monter une bouteille de whisky de la glace et deux verres je vous prie.

Puis, en se retournant à peine moins fort : « Fils de pute ! ».

Je ne sais pas de qui elle parle, du concierge sûrement, mais puisque le président des Philippines a ainsi traité celui des Etats-Unis hier, je ne vois pas pourquoi je m’insurgerais.

Elle se retourne et m’entraîne vers l’ascenseur. Un groom en livrée rouge rayée de noir attend devant l’ascenseur. Des boutons dorés, un chapeau merdique sur le crâne, un peu de travers.

– Cinquante deuxième, dit-elle.

Le type est jeune, dans les quinze seize ans, roux, il manie une poignée comme celle qu’on trouvait il y a un siècle dans les postes de pilotage des navires pour communiquer avec la salle des machines. En bas, des types pakistanais, latinos, blacks en marcel à gros bras suent et triment pour que le truc avance et fasse son sale bruit, comme une sorte de succion hydraulique un peu écoeurante, la porte d’elle-même se ferme, une mâchoire d’acier poli opaque doré mat et la cabine commence doucement puis tout à coup fortement à monter. Musique en continu, lointaine, douce, apaisante. Dans le même bruit répugnant, la cabine s’arrête. La porte s’ouvre.

– Cinquante deuxième, votre chambre est à gauche. Mes respects, madame…

Couloir immense, la moquette rouge sang est striée de lumière dorée diffusée par des appliques portées par des répliques de bras humains, comme dans le château de la Bête. A gauche, cent mètres ; à droite, même tonneau.

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Mal au cœur, envie de vomir, tous les malheurs du monde sur le dos. « Je suis là, je la suis ». Nous marchons sans bruit, une odeur, muguet gardénia lilas peut-être. Lorsque nous approchons d’une porte, quelque chose nous intime de ne pas nous attarder, des cris étouffés, des râles, des rires enroués de déments. Ou alors peut-être que j’ai seulement rêvé, je ne sais pas dire mais avec elle, je me sens en sécurité, elle me tient le bras, le bruit de sa robe doux et métallique, nous marchons, à mesure que nous approchons des portes, leurs chiffres scintillent de rouge tendrement, ici, elle pose la carte métallique sur le support qu’il y a fiché dans le chambranle, la porte s’ouvre d’elle-même disparaît dans le mur sans le moindre bruit. La chambre est beaucoup trop grande (tu te souviens, à un moment, dans « Blade Runner » ? eh ben voilà), elle est dans les jaunes, chauds. On a éteint la lumière, il y a bien un lit contre le mur, sur la droite mais il paraît minuscule : tout au fond de la pièce, une immense baie vitrée donne sur le lac. Les lumières se reflètent sur une eau de moire, au loin les étoiles pétillent dans le calme.

– Tu m’aides s’il te plaît, elle se tourne pour que je dégrafe sa robe, ce que je fais, elle l’ôte, la laisse tomber sur le sol, elle ne porte qu’une culotte boxer dentelles bistres, comme un long fil part de son cou longe son épaule, parcourt son côté et se perd dans son aine, je vais prendre une douche dit-elle, elle s’éloigne vers la salle de bain, et moi assise sur le lit, coudes aux genoux et tête dans les mains. Un bruit fait tourner la tête : le monte-plat s’est ouvert dans le mur, seau à glace bouteille deux verres, plateau d’argent napperon, une rose rouge cœur ardent dans un soliflore, et une petite bougie électrique dans les rouges pour éclairer le tout.

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Il est tard à présent, le soleil à peine a commencé à gagner sur la nuit, je suis endormie sur le lit. La bouteille sur la table de nuit est pratiquement vide. Je suis seule, j’ouvre les yeux. Je me lève, mal partout, je ne me sens pas bien, je vais regarder la baie, c’est à mes pieds que gît le lac, Majeur, Michigan, Victoria, qu’est-ce que j’en sais, loin vers l’est un bateau s’en va au vent crache sa fumée, et c’est là que je me mets à regarder mes mains, vieillies ridées tachées veines bleutées saillantes je ne les reconnais plus, je me dis j’ai trop bu, je me souviens vaguement de sa présence, de son parfum, de ses cheveux noirs, cette robe métallique et cette petite pochette argentée, je me souviens, la cicatrice courait sur son cou presque un bijou une parure, cette nuit passée à boire, de ce grand espace noir qui se disperse tout autour de moi entre ce matin où je me réveille et le moment où je me suis endormie, je ne me souviens de rien, je regarde ces mains qui ne sont pas les miennes, rien à faire, non, ces pieds puis ces jambes, ce sexe ce corps qui m’est étranger, deux seins plats, non ce n’est décidément pas moi, certainement pas, c’est la panique qui me prend, je cours j’ai mal je cours jusqu’à la salle de bain, et là, dans le miroir, à n’en pas croire mes yeux, toucher ce visage, tenter de crier mais rien, pas un son ne sort de cette bouche, pas un cri de cette gorge, rien, muette sourde moi est-ce moi, moi devant cette glace cinquante deuxième étage de cet immeuble, seule, nue, puis la lumière s’apaise, je cours encore dans cette immense chambre je cherche la porte il n’y en a pas, il n’y en a plus, une sensation de froid, le bruit vers la baie c’est le ronflement léger des volets qui se referment à ma vue qui se brouille, le noir une vague odeur de lavande et c’est là que, dans mon lit, je me suis réveillée.

 

Notes pour les suivantes.  

Il s’agit là d’une suite d’une vingtaine de commentaires déposés sur le site du tiers-livre, lors de la dernière session de l’atelier d’été, qui donnera lieu à une édition papier, réalisée par F. Bon.

je m’insurge, je rue dans les brancards, je trépigne : comment ça, pas de photo ? Eh bien, puisqu’il en est ainsi, j’en pose ici une (il s’agit d’un des lieux où vécut fin des années quarante un des héros de mon enfance) (enfin c’est moi qui l’imagine) (pour l’étage, on attendra un moment, mais il n’est pas certain ni avéré qu’il s’agira de celle-là pour le #8) (je ne crois pas, mais on ne sait jamais) (encore que). Pas de photo ? Non mais mais eh… (12/09/16)

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(plusieurs années plus tard (années 70 et 80 jusqu’à sa mort) il vécut là – il installa sa mère dans un studio qui donnait sur la cour de l’immeuble mitoyen, avant qu’elle ne rejoigne sa fille – sa soeur donc, mais aussi ma mère – dans le 7 au 4 de la rue – ici était immense sur la place donnaient la chambre (grande comme la moitié de mon appartement désormais en cendres) un salon – mon appartement cendré – une pièce plus son bureau – idem- puis, vers l’arrière, la cuisine donnait sur une salle à manger aveugle -on mangeait, si l’on mangeait là, à la cuisine- puis un couloir desservait un dressing aux dimensions idoines -ou komak, c’est comme on veut – jouxtant une salle de bain, laquelle voisinait un escalier qui montait aux communs, trois ou quatre pièces, dont l’une donnait sur l’escalier, où j’ai passé quelques nuits, à l’été soixante douze) (13/09/16)

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dans les années précédentes, il avait coutume de rire, et de toujours rire, il avait fait venir sa mère et son père (un e photo le montre sur le balcon, regardant les bateaux), il avait aussi des relations, il me semble, avec un de ses cousins (le frère de celle qui vient de mourir, il y a quelques jours), il vivait au deuxième ici ou l’immeuble dà côté, face au lac, quel genre de travail ourdissait-il , une banque, des relations immobilières, des chalets en construction dans la montagne au loin, à quelques heures de route et une fondue savoyarde, quelques vacances soixante deux, je crois savoir, je sais que le coin de la petite rue qu’on voit là au fond bord cadre à droite donnait sur le supermarché migros, c’est la rue du Lac, je sais aussi que j’aime beaucoup lorsque la capture fait état de celle-ci qui marche et de cette blonde dans sa voiture noir – « l’audi de son mari » comme dit la chanson qui fait aussi « en blonde j’ai des lacunes » ce n’était pas ce temps-là, c’était plus celui de Charles Aznavour et son « tu te laisses aller » (« j’aimerai que tout contre mon coeur tu te laisses aller tu te laisses aller » disait-il de sa voix cassée)(faudrait savoir disions-nous en riant) (14/09/16)

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(le truc a changé, et s’est transformé) il n’a pas arrêté de toute sa vie de voyager, mais surtout en Afrique (il était comme le bras d’un potentat – c’est ce que je crois, et je ne crois pas qu’il puisse y avoir quelqu’un pour m’en dissuader) seulement, en Afrique (comme on sait) point de robot donc il a bien fallu que l’imagination prenne le pouvoir, et c’est tombé sur Chicago (sans doute pour CTA que j’écoutais alors, vers la fin des années soixante) je suis tombé sur ça (mon sang n’a fait qu’un tour, et Orson Wells est venu me le murmurer à l’oreille) j’ai regardé un peu autour, il y avait là cet immeuble (je le pose demain), et puis après tout j’en ai eu ma claque, je me suis lancé dans une histoire sans lien, sans attache, sans trop de relation avec « Rosemary’s baby » (Roman Polanski, 1968) (encore que) mais plutôt beaucoup avec « The Shining » (Stanley Kubrick, 1980) (15/09/16)

ça se confirme : ça se passe aux US (on s’en fout, OSEF c’est vrai mais enfin, quand même) (je ne sais pas exactement s’il y a jamais été, mais je crois que ça n’importe pas) (j’ai comme la sensation de revenir aux fondamentaux – comme disent mes pathétiques contemporains – ils sont pathétiques, oui – le journal, je veux dire) (16/09/16) (j’en flanque deux, ce n’est pas que je veuille intervenir mais simplement pour mettre au courant des avancées) (pas réussi à choisir non plus, dans le même temps, le même élan : il y a un truc qui s’appelle le Loop dans cette ville) (toute ma jeunesse et l’école Park Burgess Wirth et toute la clique, ici Isaac Joseph et Yves Grafmeyer, enfin aussi)(c’est le même hôtel sans doute, là, d’un peu plus loin)(et aussi Eliott Ness et Al Capone) (16/09/16)

donc l’hôtel est là (je ne sais comment les choses se font : sans doute, des réminiscences des volontés des vingt ans, un livre policier et populaire, quelque chose comme ça) c’est l’Intercontinental de Chicago, chambre à 200 dollars la nuit (il y a quelques années (ça commence à 2, c’était fin 2013), j’ai eu l’audace de tenter de participer à ce qu’on nomme massive online open course, soit cours ouvert et massif en ligne – COMEL stu veux voir-MOOC si tu préfères- où les choses étaient appréciées par la multitude des élèves – qui n’étaient pas des élèves mais des pairs, tu vois le registre – lesquels parfois ne se gênaient pas pour incendier un topique quelconque d’un quelconque de leur -donc- pair : j’en ai ressenti un profond dégoût bien que l’idée du COMEL soit, disons, plutôt féconde ; l’usage en est perverti parce que la distinction qu’il y a entre enseignant et enseigné est floue, floutée, viciée un peu comme ce que le robot (spécial dédicace au Chasse-Clou qui l’agonis) fait les visages plus ou moins humains) (j’ai ressenti un peu la même outrecuidance en atelier d’écriture où, parfois, certains participants se font les porte-parole de leurs fantasmes ou de leurs projections, puisqu’il est connu que personne que soi n’en parle mieux, quoi qu’il dise) (je parle de moi, certes) (et je continue d’explorer ce qui fait que, dans la seconde photographie, le projet des années cinquante s’est transformé en ce que c’est devenu et que je peine à poster comme on voit par ailleurs) (17/09/16)

ici la rue Castiglione, Paris 1, le même (mais il ne s’appelle plus ainsi de nos jours, racheté par une chaîne à capitaux probablement US ou chinois ou qu’est-ce que j’en sais) où ils allaient ensemble boire un verre, en fin d’après-midi (à l’intérieur se trouve un jardin d’hiver agréablement fréquenté, hu) comme ils étaient voisins, ça aidait, déjà, et comme ils travaillaient aussi dans le même bureau (le sien, qui était situé en face, au sixième – mais je n’y fus jamais : elle y était dactylo facturière) ça créait des liens (d’autant que, de plus, ils étaient frère et soeur) (l’enflure des ors de l’entrée n’a d’égale que la posture du portier) (le robot capture très régulièrement des hasards que jamais nous ne pourrions avoir la chance de percevoir : voilà en quoi on l’aime, bien qu’il ne soit que mécanique) (18/09/16)

c’était le lendemain, ou le surlendemain de l’enterrement, on avait été acheter boulevard haussmann ? rue de provence ? l’avant-veille un pantalon gris et une chemise noire on avait été à Montmartre vers midi puis au bois de boulogne (le genre de café ignoble service onctueux obséquieux – cas de le dire – saloperie gants blancs costumes noirs cols cassés à vomir cognacs jardin pour chasser les goules tu sais), un autre jour donc, surlendemain et dans ce restaurant, le midi, le type qui joue quand même du violon, un autre balalaïka, oublier la disparition, mémoire des lieux, six à table, lui et ses grosses lunettes noires, elle désormais veuve et nous autres orphelins, pratiquement, déjeuner, un jour de juillet (21/09/16)

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à un moment, je crois bien que mon frère y vécut – il y avait là un studio qu’il lui prêtait – au 6° ou au 7°, ça donnait sur le boulevard, je ne sais plus je n’y suis jamais allé – ou alors c’est envahi par les nuages du temps – je ne sais plus – je crois que c’était avant son appartement rue Turgot rez-de-chaussée avec D – et à son retour d’Italie si je ne m’abuse à moins que ce ne soit après Konstanz – la femme de Dieu, comme chacun sait, surtout lorsqu’elle est grande – ce sont des choses du brouillard, les années soixante dix (je continue ici jusqu’au 29 – c’est jeudi jte ferais dire – et ensuite je n’ai plus de discipline) (du même ordre que le père d’Anne M. qui acheta l’appartement au troisième au dessus du sex shop de la rue de la Gaieté – une autre affaire que je n’entame pas)(on recommencera sans doute avec le #10, qui sait volodine ?)

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(c’est arrivé hier, et comme je continue pourtant à explorer ces maisons inconnues, ici le compteur convient, on le voit tel qu’en lui-même depuis bientôt onze mois) (le reste des débris est parti) (samedi en passant devant la rue par le faubourg, j’ai vu qu’on avait ôté les palissades qui ont servi de décharge provisoire pour enlever gravats et autres déblais) (maison brûlée, je me retourne, dans le grenier ma fille a déposé quelques livres, puis a pris aussi quelques pull-overs, les a lavés) (on s’attend à quelque chose, mais il ne se passe rien : qu’est-ce qu’on va faire, qu’est-ce qu’on va devenir on n’en sait rien, n’importe c’est le 28 septembre et on ne lâche rien) (28/09/16)

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alors on en termine (on remercie pour le film « Rendez-vous à Bray » d’André Delvaux qu’on aime) pour une fois faire l’inverse pour la photo (elle est ici mais sera là-bas demain) (de toutes les manières cet ange-là est déjà au petit journal), les choses changent, l’atelier d’été comme la saison s’en va, on voit comment les choses se passent ? On voit et on continue, voilà tout… encore merci hein… (29/09/16)

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(apparemment, le truc est prolongé jusqu’à la fin de cette semaine (si j’ai bien suivi) (mais j’ai bien suivi) y a-t-il une raison de cesser ? Je crois que non. Donc, continuons sur le sujet) lors de cette évidence-ci (je parle du #9 de l’atelier) j’ai changé le bazar de genre comme à l’accoutumée (enfin un peu) et j’ai ôté tout ce qui au début faisait du point de vue un type différent (quelle est la différence qui fait se rejoindre type genre et catégorie ? Inutile de demander au pape) et les choses se sont transformées en ce qu’elles sont devenues (les textes sont de plus en plus nombreux ; longs peut-être il faudrait qu’on voie, et pratiquer un retour réflexif sur l’objet – ça nous nous sera de rien, mais c’est une bonne question : la publication aide-t-elle au délayage ? à la diffusion ? à l’expansion ?) (je ne sais pas quoi poser comme image, ça va se faire par hasard – lequel est très voisin du destin – c’est tombé sur le papillon de la maison(s)témoin) (si on veut le retrouver, il faudra explorer les visites virtuelles qui en sont une nouvelle -disons- rubrique – à brac certes) (04/10/16)
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(le quartier que j’habite ne m’est d’aucune sympathie – entre les juifs orthodoxes aux moeurs phallocratiques en diable – elles emperruquées eux chapeaux calottes et j’en passe – et les intermittents du spectacle – tatoués ou percés ou encanaillés lunettes soleil spray jeans troués ou ptites robes sympas – jte jure qu’il faut quand même rester calme et serein)(le journal a quand même repris le dessus, tu vois) alors dans la rue de Flandre mes autres contemporains s’ingénient à me tourner le dos (les maisons que j’y côtoie ne me sont de rien) (05/10/16)
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(ça me fait souvenir de la rubrique « ça c’est Paris » – le travail ici est tellement plus simple) mais je continue quand même à me tenir, ne rien lâcher, trouver le monde idiot et drôle, les gens rigolos ou complètement cons (y’a un type tout à l’heure qui incendiait son portable qui ne lui avait rien fait pratiquement, sur la rue : « non mais tu te fous de ma gueule, tu es où ? » (la classe dans toute sa splendeur : à qui peut-on parler de la sorte ?) oui, on ne sait pas, on n’en sait rien, lui même si ça se trouve ne sait pas mieux où il se trouve, le monde est là, différent, souple, idiot, amusant et la clémence des éléments, cet automne, est démentie tôt le matin (on se pèle grâââve quand même hein) (06/10/16)
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(en même temps il y avait un chantier dans le petit journal)(là on est en train de refaire complètement cette maisonnette – on a intégré une terrasse au premier qui donne sur le jardin sur l’arrière)(le type qui vient, je ne le connais pas – regard caméra sourire il est content tu remarqueras – moi je fatigue comme d’habitude, ça doit être les soixante trois balais ça) (06/10/16)
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(la même à l’hiver 2010 par le robot)

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(back to black) (169 807 799 au 29/11/2016) (ça se termine, y’en aura une cinquantaine – putain j’ai pas tout lu) (ça se termine ici, le métro s’en va au hasard vers son destin sud nord fini les maisons inconnues) (cette photo dédiée à ana nb et à l’hôte d’atelier d’été) (la chanson, c’est pour moi) (fait trop froid) -07/10/16)

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c’est une toile capturée (de loin, à travers une vitre avec le zoom merdik du telpor) dans un salon de coiffure ou quelque chose – sans doute pas une galerie – rue rambuteau ptête bien – paris 4 – on la pose ici pour l’avant dernière occurrence – on a gardé une photo reflet pour demain – de cette résurgence du petit journal (le #9 est, pour ma part, assez éloigné des consignes : j’ai vaguement l’impression que la maison inconnue fait figure de décor dans une autre histoire, laquelle pourrait, finalement, tout aussi bien avoir eu lieu ailleurs) (peut-être pas c’est difficile à dire mais au départ il y avait un couple homme/femme, un peu comme dans le #6 ou#7 où le transformisme a joué comme une sorte de cachette) (08/10/16)
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(un reflet pour remercier de cette session féconde, semble-t-il…) (rue Crozatier, Paris 12) (10/10/16)

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