Pendant le weekend

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J’asq 5. dans le journal du 11 mars 14 :

ce matin au bar j’étais en avance, voilà un italien qui se pointe, qui fait comme ça « un café avec un peu d’eau chaude parce que ça dissout la caféine » le barman (la trentaine qui sait tout maigre comme un haricot merdeux qui « salut les gars » aux prolos et obséquieux avec les vieilles rombières, celui qui sait tout, tu vois le genre) « mais bien sûr monsieur, un pot d’eau chaude, ça ne change rien mais faut toujours écouter ce que disent les médecins » l’italien le regarde en souriant, je blague « même quand ils ont raison » je fais, je lis mon livre (« Pays perdu », Jourde Pierre), l’italien met du sucre et fait sur son café allongé « mon frère a disparu d’un seul coup, une rupture d’anévrisme, vingt huit jours exactement après sa femme, il me disait « j’ai encore rêvé d’elle, elle avait froid, elle me disait « rejoins moi », j’ai rêvé d’elle » et voilà d’un seul coup, c’était en Sicile » dit-il comme si ça devait tout expliquer, je le regarde, je lui souris, il me sourit, il a un petit bouc, des lunettes de vue, les très fines rides d’un sourire fréquent autour des yeux, « mon frère » fait-il (l’image de la porte du 4, refaite)

où peut-il bien aujourd’hui se trouver cet homme dont j’ai oublié le visage ? Qui sait, ici la grue de la rue elle tourne, les trompe-l’oeil au mur restent de glace, j’ai porté le violon

puis parti bosser, croisé celui-ci et celle-là (elle fait sa gymnastique, non loin, en musique)

le soir allant à la maison rouge (voir Lucien qui expose avec une trentaine de ses contemporains) la queue sur le trottoir, deux cents happy few peut-être, le vigile devant à qui je voulais demander quelque chose « la queue est par là » ni bonjour (ni va te faire foutre tu me diras) (enfin, presque quand même) ni bonsoir, je regarde, assez longuement à l’intérieur, il se met devant moi je me bouge et continue il se bouge aussi je continue il vaque, armoire normande en costume noir petite cravate filasse comme son bouc soigné, on s’en va (fuck off) au cinéma « Ankhon Dehki » (Rajat Kapoor, 2013) (trois chansons, pas de danse, belle histoire, interprétation majestueuse, scénario impeccable : une autre merveille) (mais je crois que j’aime ce cinéma-là, où la musique en fait plus que les acteurs, les cadrages et les couleurs)

avant en vidéo le sketch de Claude Chabrol dans « Paris vu par… » (1965) intitulé « La muette » où Stéphane Audran (aka la mère) le devient (Chabrol y interprète le père simplement abject)

 

 

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1 Comment

    Violon sauvé des flammes (comme Boudu des eaux), concerto en feu majeur…

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