Pendant le weekend

Hôtels Modiano Prologue

 

 

Il s’agit d’un cadeau d’anniversaire (cinquante trois), un volume d’une édition d’une dizaine de romans de Patrick Modiano (l’édition s’intitule « Romans », c’est pour dire) : il contient une espèce de cahier (une soixantaine de pages, non paginées, tu comprends bien) où on a réuni, outre un « avant-propos » par l’auteur, datée de mai 2013, des photographies (l’auteur en barbotteuse, son père, sa mère etc…) en noir et blanc ainsi que des photos de famille (celle de l’auteur, de ses enfants, de sa femme), deux photos d’un Paris non daté (années 50 probablement, rue des Favorites, dit-on, et rue Perceval). Viennent ensuite les textes des romans proprement dits « Villa triste » 1975 (63-197) ; « Livret de famille » 1977 (199-333); « Rue des boutiques obscures » 1978 (335-505); « Remise de peine » 1978 (507-581); « Chien de printemps » (583-641); « Dora Bruder » 1997 (643-735); « Accident nocturne » 2003 (737-826); « Un pedigree » 2005 (827-890); « Dans le café de la jeunesse perdue » 2007 (891-981); « L’Horizon » 2010 (983-1083); une table des matières (que je découvre), une page de crédits photographiques, et voilà. On aurait espéré trouver une bibliographie des oeuvres de l’auteur, mais point (il semble, cependant, que l’auteur reste attaché à la maison d’édition qui édita ce recueil).

A l’intérieur du livre restent une feuille d’olivier jaunie

des tickets d’entrée dans un monastère (4 euros), un ticket de bac (2 euros)

puis du musée de la photographie de Thessalonique (2 euros)

un ticket d’autobus pour aller de l’aéroport d’Athènes à la place Syntagma (6 euros)

une carte postale (c) Yves Jeannougin, intitulée « Fête de l’Huma, Paris 1970″

un city pass  danois de 21,15 couronnes

un plan tracé à la main du jardin de la maison à Eubée, arbres numérotés (on ne s’est pas servi de ce plan, on le croyait perdu, lors de la rédaction du billet consacrés à ces arbres)

C’est dans cet espace, principalement, que j’ai lu le livre – commencé au début du voyage, à Thessalonique, dans cet hôtel dont on pose ici une image.

Thessalonique,  Hôtel Augustos

(On en aura une autre plus loin).

J’aime assez cet homme-là, et ses écrits aussi. Javais déjà lu quelques uns des romans présentés dans l’ouvrage, mais je les ai relus et ai entrepris de réaliser l’inventaire des hôtels cités dans ces dix textes. C’eût pu être aussi bien les bars, mais il me semble, en voyant la photo de couverture (le type assis dans un grand canapé, sous un tableau allongé sans doute médiéval, puis un autre petit sur sa gauche (blow-up sur une arcade et un nez, probablement féminins), son air martial, ses bras croisés, ils me semblent moins sympathiques (le cliché est en noir et blanc) et puis les bars ont une autre facture. N’importe (mais la photo de couverture est importante aussi : l’homme semble, un peu, comme dans un hôtel…)

 

Je lisais, et j’avais avec moi un petit carnet noir (offert, lui aussi, par ma fille E., tout comme, voilà que ça me revient -mais j’ai peut-être tort – la carte postale de la fête) sur lequel j’écrivais, quand je les croisais, les noms des hôtels où passent les personnages. Je n’ai pas repris le titre du roman où apparaît l’hôtel (les hôtels, le plus souvent) dont je prends en note le nom, et l’adresse, si possible (elle apparaît parfois, très souvent le nom de la ville). J’aboutis à une cinquantaine d’établissements (il y a quelques auberges que je subodore inexistantes; j’ai vu aussi que certains de ces hôtels n’existent plus – celui de la rue de l’Etoile, par exemple). Trois ou quatre occurrences ne mentionnent pas le nom, mais simplement l’adresse.

Il ne fait aucun doute que le fait que TNPPI ait vécu (de 1948 -peut-être avant mais qui peut, aujourd’hui, le savoir ? – à 2012, peut-être) à l’hôtel a quelque chose à voir avec ces gens-là. Souvent, les ambassades aussi font un peu référence à ces lieux, on y voit nids d’espions, lieux de passage, de transit où, d’habitude, on ne reste pas, valises, comptoir, clés, tous ces attributs sont toujours présents (les gens, les valets grooms autres en ascenseur, les bonnes, les femmes de chambre et les lingères, la direction le concierge, le room-service au bout du fil, et évidemment, et d’abord Paris) (dans l’imaginaire, il y a aussi Cary Grant, aka Roger O. Thornhill, dans « La mort aux trousses » (North by northwest, Sir Alfred, 1959) faisant nettoyer son costume dans l’hôtel, et aussi, au wagon restaurant, plus tard (ou peut-être avant ? oui, avant), sa réponse à la question de cette charmante Eva Marie-Saint (alias Eve Kendall) sur ce « O » de son nom, haussant un peu les sourcils : « Oh, ça, ? c’est pour zéro« ). Mais cet imaginaire-là se place dans une configuration particulière, spéciale, la clientèle est aisée et se fait servir. A voir.

Statue du marquis de Pombasle, et de « son » lion, au centre de la place qui porte son nom, Lisbonne

Il s’agit d’un jeu. J’aime penser qu’on trouvera ici quelque chose comme une espèce de carnet de voyage(s) à l’intérieur d’un échantillon de lieux que l’auteur a certainement (imaginons) connus, fréquentés peut-être ( OSEF, c’est certain, mais on a aussi le droit de rêver : la littérature, c’est fait pour ça) (aussi) (on sait aussi et cependant son goût pour les bottins, almanachs, registres, guides, répertoires et autres représentations du réel). J’ai l’intention spéciale de reconnaître aussi les faits qui impliquent ces visites, les classes dans lesquelles évoluent les personnages, les décors, les voisinages : ces divagations, sous forme d’images, ne concernent pas les textes auxquels elles sont attachées, ce ne sont que des jeux d’images que je réalise en parcourant un peu, de loin, les abords – parfois – des hôtels concernés. C’est la raison pour laquelle je fais figurer entre parenthèses, à la suite des noms portés par ces immeubles, le prix moyen des chambres (on a recours soit au site de l’hôtel pour trouver ce renseignement, soit à l’affichage du robot, qui indique souvent cette information : ce prix est indiqué en euros).

Hôtel Augustos, THessalonique (55 euros)

On trouvera des champs, et des contre-champs, les villes, des images, des lieux des choses capturées par une machine aussi peu familière ou empathique que possible. Je pense qu’on aura le loisir de consulter peut-être une demi-douzaine de billets. Cette série ne se terminera (sans doute) qu’avec la disparition de ce prix Nobel (c’est un homme que je ne peux évoquer sans qu’apparaissent ses explications très fournies et pertinentes, mais avec les mains, les mouvements, d’un certain cinéma remplacé par un supermarché, sans doute dans mon souvenir dans le quinze, vu un soir dans une émission de télévision). On le remercie donc d’être là, et être, au fond, sur la même planète que certain-e-s, en même temps, peut aider à supporter la suffisance, l’hypocrisie et la haine qui émanent si souvent du temps présent.

L’exercice consiste à rechercher dans l’index du robot (en haut, à gauche) le nom de l’hôtel dans sa ville, puis de rechercher un angle, un point de vue qui animera la photo de quelque chose : j’en suis à quelque chose comme dix, mais elles me semblent toujours semblables, ces façades, et rien ne ressemble plus à un hôtel, fut-il luxueux, qu’un autre hôtel, le fut-il moins…

Peu importe, le jeu commence avec Lisbonne, et ce fait n’est sans doute pas non plus trop étranger à l’entreprise qui sera menée ici dans les prochaines semaines.

Hôtel Aviz, Lisbonne (92 e)

 

 

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4 Comments

    m’a tenté une minute de faire de même avec autre… mais n’aurais pas la patience
    alors me contenterai avec un plaisir paresseux d’apprendre en vous suivant

  • prometteur, tout ça, bien bien prometteur… (c’est ballot, j’ai dormi à l’hôtel Aviz en décembre 2014 et n’y ai pas fait de photos, ni de la vue qu’on avait de la chambre).

  • Une sorte d’aventure transversale… Modiano, beau sujet (ses hôtels ouvrent sur d’autres perspectives)…

  • @brigetoun, L’Employée aux écritures, Dominique Hasselmann : on va essayer de ne pas trop décevoir vos attentes…

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