Pendant le weekend

Oublier Paris # 74 (Deux onze (614))

 

 

pour aller au ciné on prend le métro (c’est ainsi, Paris est grand-e et on marche, c’est vrai mais il fait froid, l’hiver s’annonce, ce fumier, avec ses jours à la lumière rabougrie et sa neige noircie : ça, c’est Paris),

cette régie (de maçon) toujours à l’affût des dernières évolutions (tous les 1° juillet les tarifs sont réajustés à la hausse, tu comprends quand même qu’il faut bien payer les emplacements publicitaires et toute la pacotille mise en place, notamment sonores – s’il fait froid couvre -toi on te dit, putain !/ s’il fait chaud bois fais pas la(e) conne -l’inverse est plus difficile dans l’écriture je ne sais plus comment l’appelle l’académie) : comme on marche on a la tête levée, normale et à hauteur de vue c’est ce qu’il y a : des immondices qu’on ne peut guère louper sauf à courber l’échine (c’est ce que l’Etat voudrait, cependant- ni loi, ni travail!) – ici pour le ministère de la justice qui recrute des matons – il n’y a pas, certes, de sot métier (encore que).

Ce jour-là -hier soir – c’était jour de fête comme on sait et tous les premiers du mois, cette satanée régie sort ses contrôleurs : tu sais ce que c’est, on prend le métro, on paye c’est normal (évidemment la jumelle – la municipalité – pourrait adopter la gratuité, ça économiserait les nouveaux portillons inutiles mais tellement design, les machines à cash, les contrôleurs – s’il en est, un métier avilissant… mais non). Sous micron alias autoproclamé jupiter (wtf ?) , aujourd’hui, l’état d’urgence est entré dans la loi.

L’Etat quant à lui a besoin de surveillant-e-s.

Il y a des jours où mes contemporain-e-s  sont plus espiègles : dans le couloir, on criait « contrôleurs ! » afin de prévenir (il est huit heures du soir, un jour de fête, on contrôle). On ne contrôle pas non plus n’importe qui : mon amie et moi (assez blancs assez âgés assez propres sur nous) sommes passés comme deux lettres à la poste, on a montré vaguement le truc (moi à l’année, elle au mois) de loin, le type a dit « passez merci m’sieur dame », tandis que ses collègues verbalisaient bizarrement deux jeunes assez immigrés (qui peut savoir), assez noirs de peau, assez barbus. Le monde comme il va.

Quand on contrôle on verbalise, si on verbalise, il se peut que le verbalisé s’énerve, s’il en fait trop la police veille (on croisait au retour six malabars en robocop asservis à deux bergers allemands muselés, dans le même couloir : il fait doux, dans l’est parisien). Le diptyque publicitaire pratique par zoom avant : on a là un type, la quarantaine, bien sur lui propre, blanc, les yeux assez bleus, souriant légèrement, content de lui (et de son métier, ça va sans dire) (ça doit être déclinée pour les files aussi, j’imagine) (parce que quand même,la justice…), barbu parce que c’est la mode aussi ici, il se tient droit le regard franc fixé sur les publicités sans doute.

Ce n’est qu’un geste espiègle, la vérité fait parfois assez mal. Le voici ici croisé alors que j’allais au travail.

Zoom arrière.

Alors, tenté-e ?

Merci Paris.

Au 104, « Jeune femme » (Léonor Seraille, 2017) à voir (un premier film, palmé d’or quand même; promotion Femis 2013 scénario) sans pourtant scénario (comme on dirait, pourtant encore, que « Paterson » (Jim Jarmusch, 2017) n’a pas non plus de scénario) (une jeune femme, un chat, ses amours, son travail, sa mère…) à voir redis-je (équipe du film semblable à celle du premier film (Body, 2015) et une espèce de fidélité aussi aux actrices – Nathalie Richard, sensible).

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2 Comments

    Maintenant, les contrôleurs en civil montent dans les rames (ils sont cinq) et enfilent, une fois la rame en marche, leurs brassards et contrôlent les titres de transport.

    À Berlin, je n’ai jamais vu un seul contrôleur dans le métro. Un mur nous sépare… 😉

  • ma rage les soirs au Père Lachaise (le métro pas le cimetière) de ne jamais être contrôlée
    et de voir qui l’était, et mon insistance idiote pour l’être

    (pendant le festival aussi, ma fierté le seul jour où j’ai eu droit comme tout le monde à la perche détectrice… vexée j’étais de ne pas compter)

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