Pendant le weekend

Atelier été 18.44

consigne 44 : (c’est du lourd)

livres enfuis

prendre un récit avec lequel vous vous sentez affinité, en parler de la façon rêveuse qu’on Gracq ou Proust pour parler de lectures faites autrefois, de livres perdus, ou devenus inaccessibles ; il ne s’agit pas d’une approche critique, mais de rejoindre ce qui se cherche dans ce récit, qu’il y soit parvenu ou non ; exercice en 1 paragraphe monobloc de 8 ou 10 lignes (ou plus) ; puis le même exercice, mais avec un récit découvert via la fonction « hasard » (en haut de page à droite) ; et une troisième fois avec votre propre récit ; on ne nomme pas l’auteur.e ni le titre du projet(c’est important), et on rebrasse les cartes : pas possible de savoir, des 3 paragraphes, lequel concerne votre propre récit : vous serais reconnaissant de votre participation même si vous n’êtes pas allé au bout des 40 propositions ! — document d’appui : Marcel Proust, Journées de lectures, suggestion de lecture : Julien Gracq, En lisant en écrivant ; et prenez votre temps !

c’est peut-être à l’étranger que j’avais envie d’aller, après tout, c’est sûrement à cause de ça, c’est peut-être ailleurs que ma propre ville, je n’en sais rien, je ne suis jamais chez moi ou alors partout c’est différent, mais il faut maîtriser sa phrase son parler, on ne sait pas s’il faut absolument s’en remettre aux autres pour lire, on est là seul au monde pratiquement, on parle beaucoup des gens, des autres, des mécanismes de construction, des changements et des chantiers un peu partout on construit et on change les attributions, les choses changent les gens passent, ce n’est pas une ville c’est un morceau d’elle qui change un peu comme partout, elles changent, elles muent, mutent et s’alourdissent d’histoires, grandissent et s’étendent – alors il y a aussi des chansons parce que dans ces coins-là de la ville mais de l’esprit aussi on danse et on s’amuse on se rencontre et on s’aime, c’est un peu en dehors du monde mais c’est là, ça veut jouer, il y a du bruit, il peut y avoir pas mal d’images (les images illustrent le propos comme elles sont illustrées par ceux qui y figurent, leurs portraits, leurs mots peut-être, des vieilles gens, d’autres légers et plus jeunes et insouciants puis viendront les enfants et la ritournelle de leurs cris, leurs courses, leurs vies)

la rivière et le pont, la propreté de ce coin de pays qui ressemble à celle de la Suisse, traversée du Luxembourg pimpant et fleuri – grises, les Ardennes aux forêts profondes et noires, les guerres qui s’y déroulèrent, poilus et canonnières – les destructions, les passages du temps – et donc les cimetières boues sangs gueules cassées – et l’enfance dans les années cinquante (ou soixante) : quelque chose qui fait se souvenir, les briques et le ciment collé, les enfants dans la rue qui jouent, et les bruits, beaucoup, ils s’amusent peut-être mais sérieusement, une espèce de géographie de l’affect et des affections, et tout s’y rapporte un peu comme les conservatoires de musique de la rue Duranti ou de Madrid ici et les quartiers qui les accueillent, quelque chose de la bourgeoisie ou de la classe moyenne supérieure – tant la pratique de la musique est un loisir de riches quand on la dit classique – mais de beaucoup les évocations du père, et aussi les murs qui abritent sans doute des jardins fussent-ils d’Eden ou d’ailleurs – une géographie qu’on emprunte au quotidien, suivant les saisons, suivant les jours et les morts beaucoup, Anatole France ou Jean Jaurès, une carte qui s’installe en nous un peu comme les tulles qu’on pose sur les maisons pour nous faire croire au brouillard

il y avait aussi cette évocation sans doute d’un autre pays, il y a de l’anglais partout, de l’américain de l’étazunien, même dans les couleurs, quelque part dans l’immense campagne, cette ville où j’aurais bien vu venir Karl Malden, ou Elia Kazan, cette affaire crue parce que due à une espèce de promiscuité, le père absent ou alors je ne l’ai pas lu – mais je n’ai pas tout lu – un peu de cinéma parce que c’est sas doute ce qui me plaît que j’aime que je connote, mais pas la chanson – j’avance et dans le soleil au loin, la maison, la ferme peut-être, deux jeunes adultes qui s’étreignent et se font l’amour dans une chambre, ils rient et les parois sont de bois, la télévision peut-être est là qui émet quelque chose, la mère boit du gin ou ne boit rien, monte le son mais quelque chose, le racisme est-il purement US ou quoi, deux noires pour une blanche, latinos cubains aztèques, il y a pas mal de monde qu’on connaît à peine, c’est devant qu’on entend de la musique, de l’orgue je crois, une ambiance, une espèce de décalage avec la réalité que je n’aperçois pas, je ne sais pas, je me demande mais je continue – mais je crois me souvenir qu’il y a du sang, des larmes qui ne veulent pas venir, et de la sueur (après ça change) – il y a aussi cette évocation, dans la cabine d’essayage et la peau dans les bleus qu’on voit, entre le gant et la manche 

 

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1 Comment

    là bien sûr je pense avoir reconnu le dernier, mais pour les autres ne suis pas certaine, même si, d’après ces lignes j’aimerais les avoir lus ou avec plus d’attention…
    à part quelques forces ou charmes élus, même si j’ai eu d’assez nombreux coups de coeur ou au moins éclairs, j’en fais ce soir une brume, un mélange (avec aussi quelques cailloux qui ne passaient pas, mais qui ne sont pas ceux-là) lectures trop pressées, rapidement remplacées, parasitées par d’autres pensées, et un peu par un sentiment de devoir parfois