Pendant le weekend

Atelier hiver 18_19. 3

librement (?) inspiré du P/E* 747 de Lucien Suel

 

deux glaçons sont en train de fondre, le verre est sur la table, la bouteille de scotch est ouverte mais pas entamée, sur le sol la moquette gris passé et deux taches indéfinies : devant la table, un homme les yeux mouillés, le regard perdu vers le fond de l’image, il soupire, débouche la bouteille et va se servir une rasade – il regarde vers le fond de l’horizon, à sa droite à peine discerne-t-il les petites vagues le vent l’écume il fait encore à peine nuit

deux glaçons un verre une bouteille, pas entamée mais ça ne change rien et d’ailleurs rien ne change jamais : sur le sol, deux petites taches font comme des yeux à la moquette usée ; c’est sur un tabouret qu’est assis l’homme et il n’y a pas d’autre meuble visible que cette petite table d’osier et ce tabouret de plastique mauve, le genre d’objet qui se présente en deux parties enclenchées l’une dans l’autre pour en faire une chose symétrique et parfaite; et laide ; l’homme regarde au fond de l’image, devant lui, la vitre la baie le garde-fou les mobylettes, les vagues au fond – sur la droite s’étend l’infini et s’il avait le courage d’y regarder de près, il verrait que rien ne change, jamais – il a débouché la bouteille, il regarde droit devant lui, sur sa gauche, le soleil pointe, comme le temps pour son vol il a arrêté son geste et ne se sert pas

les deux petites taches noires biglent sur la moquette grise, le verre et de l’eau, la bouteille ouverte, pas entamée, le soleil ne brille que peu, empêché par la brume l’écume le vent d’ouest, il ne fait pas chaud ça viendra plus tard, la fenêtre est ouverte, le tabouret mauve vide et laid devant la petite table en osier, cette petite table, c’est une chose pour le balcon l’été, le balcon l’été donne sur la promenade où rient et courent les enfants, où les amoureux enlacés lentement marchent l’été – c’est l’hiver, il n’y a personne, au fond de l’image à droite il ne se passe rien, l’homme est debout le balcon la baie ouverte le vent d’ouest un souffle dans ses yeux, une larme, il a les mains dans les poches d’une espèce de peignoir de bain sans couleur – on aimerait entendre une musique, quelque chose qui indiquerait au moins un sentiment, une émotion, quelque chose, mais non, il ne se passe rien

Share

Laisser un commentaire