Pendant le weekend

Pour mémoire Journal de l’Air Nu (#31 à 35)

(31). Mercredi 15 avril 2020 (insomnies)

ce matin, c’était à quatre et demie qu’elle est arrivée : elle s’est levée et moi, je ne dormais pas depuis une heure quarante cinq (zéro un deux points quatre cinq pour être un peu plus proche de la réalité) disait le nino – j’en étais où, je ne sais plus, probablement à cette épidémie pandémiesque – je pensais aussi à la Commune; je pensais aussi à Aldo, et aussi à ces jours heureux (comme disait l’autre jésuitenfumé) <strike>(salaud)(censuré)</strike> – je me souviens je crois qu’il s’agissait de crâne d’œuf (toujours appointé par la République qui n’est pas chienne avec ses serviteurs, ses valets, ses larbins – ce qui paraît à peu près normal vu que ce sont eux qui lui imposent les lois), crâne d’œuf donc (image du jour)

et de son peigne qui disait « nous faisons ce métier principalement pour être aimés » – il parlait des politiciens, il n’était encore qu’au Louvre, emplacement d’alors de ce ministère des finances, tu avoueras que la République n’était pas regardante non plus pour les loger ses commis dans de telles dispositions – drôle d’idée ? et l’accordéon alors?) (c’est l’ancien temps, sinon l’ancien régime, le petit nouveau n’en a cure mais malgré tout et malheureusement, il louche – moi aussi dans le temps : l’orthoptiste vivait dans un rez-de-chaussée juste à côté du cirque, à sa fenêtre n’était point de rideau, on voyait ses machines du trottoir, j’avais à suivre de mon œil pratiquement aveugle les évolutions de Dingo, si je me souviens bien : l’ancien temps, oui) – puis durant quelques heures aussi, je pensais au travail (– c’est une idée que de terminer les choses ainsi) – au loin dans les oranges la lune en croissant apparaissait

ce sont des insomnies qui m’assaillent depuis ces temps-là – je m’en accommode, j’écoutais à la radio d’alors les mémoires d’outre-tombe – peut-être étaient-elles lues par un acteur (je vois sa tête comme j’entends sa voix, mais son nom m’échappe- Jean Narboni peut-être bien ? non, lui était critique) (Jean Negroni plutôt ? Je ne sais plus…) – probablement : la radio d’alors, la nuit, comme aujourd’hui peut-être – je ne l’écoute plus – la nuit j’aimais assez – il y a peu il y avait une nuit François Truffaut dans le poste, ça n’a pas changé – ou alors un peu seulement (je serais allé voir sur le programme pour me renseigner immédiatement mais là, vous je ne sais pas, mais moi, le réseau m’emmerde – « excusez-moi d’être trivial » était une parole de J. l’un des grands-pères des enfants (mais elles n’en connurent qu’un, ainsi que moi) il y aura cette histoire à conter, certainement, mais je ne sais pas conter : il faudrait que j’apprenne – cette affaire (Christian Salmon) ce « story-telling » dont j’avais suivi (avec un écœurement complet) un cours ouvert massivement en ligne (COMEL alias MOOC c’est quand même plus « fun » – acronyme de la plate-forme dédiée) – je crois institué par l’université de Bordeaux – j’avais pourtant la ferme intention de m’en emparer (si je cherche, je trouve le dossier correspondant) (pas si simple…) mais premièrement l’évaluation comparative ça va bien, deuxièmement par les pairs c’est trop – fuck off : d’ailleurs jamais personne n’a répondu à mes appels réitérés et réitérés encore pour travailler ce mode de contrôle des connaissances (comme si on avait besoin d’être contrôlé : fuck off une deuxième fois) ; cette attitude (la non-réponse) est très prisée du monde professionnel (je ne le mets pas une troisième fois, mais je le pense assez fort)

 

 

(32). Jeudi 16 avril 2020 (le retour du jeudi)

sur pendant le week-end, les journaux d’ici sont publiés à un rythme plus soutenu – je décide (ou vais-je décider?) d’aller plus vite aussi dans la publication des journaux d’ici – il est temps de pervertir le rythme du journal ? Le problème de la perversion est particulièrement aigu parce que réellement tellement contemporain – ce n’est pas une voie de sortie, non plus qu’une faille ici (ici je veux dire chez moi – dans mon âme mon esprit ma psyché mon inconscient mon for intérieur mon être ma vie mon néant ma personne enfin mes genoux, mais j’en passe et des plus drôles) c’est une éventualité – ici l’entrefilet du billet du jour plwe

*trois jours d’un coup – ce n’est pas qu’on recule, jte dirais – un certain nombre de personnes atteintes dans l’entourage en ont réchappé, et l’ambiance est toujours aussi salingue – une lettre d’une enseignante, sur un blog de médiapart et un point de vue qu’on partage en (pratiquement) tous points – on la publiera peut-être ici si le cœur en dit – aujourd’hui, comme après tous les mercredis, c’est le retour du jeudi – fuck off cette saloperie (on mettra ce qu’on voudra sous cette appellation – qui, comme un gant pourtant, va au tenant du ministère de l’éduc-nat – à votre bon cœur msieurs dames) (c’est au delà de la colère, si tu veux mon avis) – bien aimé aussi ce qu’en dit sur l’appel des appels Roland Gori –

dans l’à-voix-nue de Georges-Arthur Goldschmidt « je n’ai aucune raison d’être là » (rescapé, pas survivant) on apprend qu’il a marié une femme dont la famille vivait à Belleville – à écouter en revenant – « elle est la preuve même de ce que nous sommes »à propos de l’écriture : j’adore ça – j’en ai qu’un numéro – si les autres sont là, nous verrons, mais nous nous munirons d’un de ses livres assez rapidement – sans rapport aucun, en lecture l’histoire de l’art d’Ernst Gombrich, chez Phaidon

(épisode 1) le ciel était clair, les nuages absents, les étoiles par milliers/millions/milliards qui peut savoir – dans le ciel du soir, une lumière passait : était-il dix heures, dix heures et demie quelque chose ? – elle fut suivie par une autre, puis une autre – ces trois-là, je ne les vis point mais on m’en avertit – je regardai : une puis une autre, puis une autre puis une autre, une trentaine de ces petites lumières – ainsi que des avions éloignés, sud ouest/nord est – j’ai pensé à des manœuvres de l’OTAN, j’ai pensé à la guerre (tu vois comme je suis influençable) (un type à étoiles avait surnommé ça « le machin » – tu te souviens) (l’homme providentiel, l’État providence – minus élevé à la providence (on disait « la pro ») où enseignait bobonne) – j’ai pensé à ce minuscule truc de peut-être quelques dizaines de nanomètres, à notre goût pour ce qu’on nomme les nanotechnologies – il faisait nuit, la grande ourse se dessinait au dessus de moi – j’ai pensé à l’orbite géostationnaire en essayant de me remémorer ces années-là, où le problème était d’en calculer la distance à notre planète (ainsi qu’un problème de robinet, un problème simpliste…) –

augmenté de la lettre de l’enseignante sur médiapart

 

(33). Vendredi 17avril 2020 (Lidia-Faro)

formidable Lidia Jorge – et la langue portugaise – et Faro (image du jour) – l’idiot du jour (en spécial dédicace à Michel Volkovitch) qui frappe à la porte de facebook (relayé en plus, de plus, de surcroît par une libraire, t’as qu’à voir) (fuck off) : je me demande parfois si je n’étais pas mieux sans ces salades imbéciles déversées à longueur de papier journal virtuel – je ne veux pas le savoir – un mail pour tenter de poursuivre sur une route sans issue peut-être (des trois figures envisagées (Aldo, Carlos, Daniel), une apparaît ici : ce sont des gens qui possèdent une image intérieure) – un sms pour tenter de savoir quoi faire au niveau du travail (sans réponse : un mail, un appel téléphone, deux sms plus un ou deux autres mails : je crois que c’est suffisant, j’arrête et ne réponds plus) – il ne faudrait pas se renfermer sur soi-même, il ne faudrait pas –

 

(34).Samedi 18 avril 2020 (soixante deux ou trois (plus une petite moto))

l’appel des appels et le mail général de Roland Gori,dont on retiendra deux adresses ici pour le soutien, neutre et bienveillant, et gratuit, pour la région de la Méditerranée

là le même soutien psychologique pour l’Île de France

 

je me rends compte que ce message passerait dans une semaine si je n’y mettait bon ordre – il sera du jour – c’est la raison du pourquoi des deux billets conjoints du jour – de ce côté-ci du bazar, en tout cas, zéro nouvelle des amis des cheveux blancs (ils n’ont pas besoin de moi, certes) (j’aurais essayé)

pas sûr que je l’enlève pour la suite – c’est égal, j’ai tort de haïr à ce point le bricolage:je ferais mieux d’aimer ça, il m’occasionnerait un certain plaisir – trop de maladresses – pourtant des images de limage de culasse qu’on pratiquait, la Malaguti d’un type qui vivait pas loin dans les garages coiffé comme Dick Rivers mais blond – sans doute des vestes à revers en satin noir ou en velours seulement –

rue Camille Desmoulins et la perpendiculaire à l’épicerie Coop Saint-Saëns Camille aussi – le quartier – les amis – et les autres aussi – il y avait ce café où on jouait au baby foot et au flipper (je me souviens des tables de jeu – on dit game-play c’est plus fun) – la femme qui tenait le bar et son mari qui boitait roux – ils ont vendu, acheté un autre bar non loin de la macu (la maison de la culture dans le langage du coin) à droite la rue qui descend, les immeubles appelés les ZIZA-I où vivaient les Bombard (le héros de l’eau salée, du zodiac, du ministérat de un mois et un jour – on se souvient de la chasse à courre, oui) – il y avait alors cette chanson de Michel Delpech intitulée Laurette – il y avait des poivrots, l’un d’eux, un mec maigre dont les canines déviaient, jeune pourtant, probablement l’âge de mon frère, qui disait que l’izarra (ça existe encore crois-tu?) était une « liqueur à base de poils de couilles de juif » en riant sans doute parce que c’était drôle et qu’il savait que de mon frère j’étais le frère, cadet, certes, et qu’il savait que je l’étais : il ignorait sans doute que je ne l’étais que pour les antisémites, dont il n’était pas vraiment : je lui ai souri en lui souhaitant un bon pastis (qu’il buvait double) – qui jouait au baby-foot assez bien avec son ami qui conduisait sa malaguiti le rocker, qui jouait aussi au baby-foot – il est à peu près certain que le tennis (auquel je jouais par ailleurs, au club sitié dans le haut de la rue où vivait mon ami de cinquante ans) (mal) (j’y jouais mal, dis-je) et l’usine m’ont tiré de ce mauvais pas – ces gens-là qui doivent vivre encore, d’autres encore immondes saloperies comme il y en a partout, plusieurs frères, l’indignité de leur « chasse aux pédés » dans les jardins qui bordent le cirque en dur, juste à côté du cabinet de l’orthoptiste oui – ce cirque loué par l’entreprise pour le Noël des enfants des salariés, un Noël soixante deux trois ? – une fois le cinéma parce que ma mère aimait ça (la famille fenouillard il me semble) – une autre fois ce même cinéma loué par l’entreprise pour le Noël des subordonnés salariés prolos et autres sans doute sans mélange, je ne sais plus –

add. du 25 avril 2020 : il n’était pourtant pas question de marquer quelque chose aujourd’hui, mais cette date où, vers minuit et quart si je me souviens bien, retentit à la radio « Grandola, vila Morena » – réunissant par là et la radio (ici Nu) et la chanson (qu’on aime tant, aussi bien) ne peut être écrite sans référence à la même, de 1974, alors pour Lidia Jorge, pour Antonio Lobo Antunes, pour ces amis Portugais, pour le Tage et les clés qu’on y jette après avoir fermé des portes, pour les paroles tues, et celles, dites, pour bien d’autres choses encore – et malgré le wtf {business as usual} que tente d’imposer au monde l’ordure dont a émané le colonialisme et ses avatars contemporains (en l’espèce cette saloperie de virus) – un grand salut et des embrassades d’espoir quand même : tout est possible, il suffit que nous le voulions.

 

 

(35). Dimanche 19 avril 2020 (deux pour le prix d’un)

une vidéo des Stones recommandée par F.Bon if you try sometimes – un article d’Alexandra Saemmer dans le livre mis à disposition par Franki et sa bibliothèque – ici : il faudrait trouver le lien – un atelier en ligne de Pierre Ménard : ira-t-on ? – je chercherai sûrement ces jours-ci – je me laisse le temps, thérapeutique, curatif, soignant parfait – m’en reste-t-il ? le spectre s’est approché ces jours-ci – l’interview de William Dab dans le monde (on ne devrait plus lire les journaux, plus écouter la radio, mais non, ça nous attrape – le mari d’unetelle, la mère des enfants (c’est un truisme sympathique : ça veut tout dire, c’est toujours ainsi, une mère est des enfants, ou d’un seul, oui) – il n’est pas question, pourtant, d’arrêter d’en rire (de peur d’en pleurer ? Peut-être mais d’en rire d’abord) – tu te souviens de « Tora Tora Tora !!! » tu te souviens de « Viva la muerte » le poing fermé sur la tempe droite, tu te souviens de la valise et de Gerda – je ne sais pas, non, je ne sais pas – parfois, comme un peu tout le monde, j’imagine, ces temps-ci, on aimerait lâcher, et que ça cesse – c’est beau l’espoir aussi – une image de la fin du jour

on est là, on trouve les choses belles, le ciel, les oiseaux, les arbres et qui sait si on ne sera pas frappé – et le sens qu’on donne aux choses, et les signes auxquels on va attacher de l’importance – cette réponse à un mail, un sms, cette façon de se taire et de taire ce qui se passe, arrive, vit encore et

continue, et continue encore – on respire – la Bourboule ? la théophyline Bruno ? la blouse de l’interne aux lunettes ? – on respire…

 

craindrait-on l’ostracisme de ceux qui sont restés en ville comme on craignait celui de ceux qui ici vivent à l’année ? dans la grande ville, Babylone, qui déconne je crois (ah Bill Deraime) comme de juste, le métro roule (la Ratp a déboulé sur le compte en banque pour prélever son écot de pass navigo à l’année… : les affaires continuent)

(épisode deux) le soir, au ciel vers dix heures et demie, le même défilé d’une trentaine de petites lumières blanches à la queue-leu-leu parfois un peu décalée, toutes à la même vitesse, file vers le nord est – on pense aux satellites,on pense au traité de l’Atlantique nord encore, à la science fiction – c’est sans bruit, c’est assez beau et tranquille

 

 

Share

Laisser un commentaire