Pendant le weekend

Projet DF 2

 

 

 

Poursuite de la mise en ligne de la retranscription d’une émission de radio (« À voix nue » france culture, vers 2012 – je n’en connais pas l’heure de diffusion) (on s’en fout peut-être) qui a lieu en cinq parties d’une demi-heure (si on préfère, on peut entendre ici le deuxième temps de l’épisode deux). Il s’agit d’une affaire qui tient sur la longueur – c’est assez (trop sans doute, pour intéresser un lectorat versatile et labile comme celui de l’internet – je le sais, j’en fais partie imagine-toi) (il se peut aussi que je projette, certes) long; on a mis en gras dans la retranscription ce qui nous parle de cette espèce de réalité qu’un (peut-être) directeur de journal (il ne l’est plus guère, il me semble; aujourd’hui, DF vit à New-York je crois bien – j’ai su où, mais j’ai laissé filer l’information : à la sortie de son livre, il a dû donner une foule d’interviews – dans Paris Match je crois bien). On parle de lui comme d’un tycoon… (un important homme d’affaire, un magnat : en un mot Charles Forster Kane, ce fameux citoyen qui se perdît dans la politique : pour sa part, DF méprise un peu ce personnel-là)
On énoncerait bien une certaine problématique : dans quelle mesure se sait-on leader d’opinion (c’est quoi, d’abord ?) ? Quels sont les présupposés attachés à cette place (subjective probablement, mais pas seulement ou pas uniquement) ? (ce doit être un homme riche – il raconte dans un de ces chapitres que l’administration d’Air France (probablement) offrît le champagne (courant sur les vols d’ailleurs) pour son deux centième passage (est-ce que ça poserait le bonhomme ?) en Concorde (il ne payait sans doute pas de sa poche ce genre de voyage, mais il était facturé dans l’ordre d’un équivalent de 7500 euros…)

(On ne parle pas beaucoup d’argent dans les entretiens (ça ne se fait pas non, c’est assez vulgaire aussi) (ici un peu vers la fin) , mais c’est une ligne qu’on pourrait suivre : quand en parle-t-on ? Dans le même ordre d’idée, disons, subliminale, on devrait se pencher sur les emplois du mot « intéressant » pour qualifier les personnes du sexe comme on dit (ou autre chose, comme aussi l’argent). Une espèce de phallocratie années 50 qui, bien sûr se gomme à présent, soixante ans plus tard…)

(Et pour les femmes… : on a « vu » les débuts dans la vie du jeune garçon au lupanar du 9 de la rue Monsieur le Prince, bien avant guerre ou pendant, vers ses treize ans…) (et puisqu’on est fondé à tout croire comme à tout mettre en doute, il n’y a guère de raisons pour que l’homme livre quelque vérité que ce soit – il nous reste sans doute à rechercher)

(Il y avait l’idée d’illustrer ces paroles mais finalement on abandonne)

2° Épisode (où on le voit s’amuser avec des « pourquoi vous dites ça? » un peu comme au début de ces entretiens avec les énoncés de ce que n’est pas DF, puis parler plus exactement de son amour du jazz et des magazines).

Ici la liste des personnes mentionnées durant l’entretien 2 (il existe un index dans le livre lui-même – on a disposé d’une version du livre de poche augmentée de « 6 nouveaux chapitres » (quant à savoir lesquels…))

Les sœurs Luchaire Jean Luchaire
Le juif suce (film porno) Le juif Süss
Jacques Wolfson (catalogue Paul Beuscher)
Django Rheinhardt (Stéphane) Grapelli
Frank Ténot
Dizzy Gillespie
John Lewis
Chet Baker
Duke Ellington (très peu connu) Errol Gradner (pareil)
Hugues Panassié
Charles Delaunay
Jean Prouvost (Louis Jouvet)
Roger Théron (1948) à Match
Dany Robin et Georges Marchal (à 21 ans)
André Gide
Cardinal Lustiger (ancien de l’école Sainte Barbe)
Jean-Paul Sartre (Réflexion sur la question juive)
Simone de Beauvoir (La vieillesse)
Coridon (pièce d’André Gide)
Ernest Renan
Hitler
Boris Vian (et Michèle Vian – « un peu » ami avec elle copine de Sartre)
Henri Salvador
pseudonymes Daniel Frank/ Mario Frank
Cocteau Jean Marais
Jean-Marie Périer
monsieur Roux (administrateur Paris Match)
Herzog (Maurice)
Nicole Barclay (Eddie Barclay)
Jean Friedman (administrateur-liquidateur Barclay)
(1955) Lucien Maurice (dégé ou quelque chose à Europe numéro 1)
Maurice Siegel
Charlie Parker (date de sa mort )
Louis Merlin (patron d’Europe 1)

 

Numéro 2
Celui qui aime le jazz

 

Comment est venu le virus de la presse DF ?
C’est difficile à dire… peut-être mon goût pour la photo m’a amené à avoir envie peut-être de publier mes photos tout de suite après la guerre, j’ai commencé à faire des photos de façon pas professionnelle mais enfin quasi professionnelle pour des magazines de l’époque

Lesquels ?
Ben il y avait surtout Radar, Noir et Blanc, Samedi Soir, France Dimanche

Il y avait un gène familial de la presse, puisque du côté de votre maman il y avait…
Non, ça ça n’a rien à voir d’abord parce que ça n’était pas familial parce que comme vous le savez peut-être, je l’ai dit, ma mère n’était pas la fille de son père, donc elle était seulement à moitié la sœur de ses sœurs

Les sœurs Luchaire
Et une de ses sœurs était mariée avec Jean Luchaire mais ça n’avait aucun rapport d’ailleurs il n’était pas vraiment un journaliste, c’était surtout un politicien

Votre goût pour la provocation doit vous faire revendiquer…
(coupant) Pourquoi vous dites que j’ai un goût pour la provocation ? qu’est-ce qui vous permet de dire ça (sourire) ?

Je ne sais pas j’avais l’impression que vous aviez de l’humour…
Exemple, exemple, il ne faut pas dire gratuitement les choses comme ça

Alors exemple euh…vous dites que pendant la guerre vous êtes allé voir un film qui s’appelait « le juif suce »
Oui parce que pendant la guerre il y avait le fameux Juif Süss

Mais le Juif suce ce film là n’existe pas, c’est un canular cinéphilique
Mais pas du tout pourquoi vous dites ça, il existe

Ah alors racontez le moi
que je vous le raconte ? Je ne vais pas raconter au micro un film pornographique tout de même

Ben si justement ça sera vite fait…
(rires) Non, non, mais il existe d’ailleurs je parlais l’autre jour avec un de mes amis, Jacques Wolfson, qui l’avait vu lui aussi et qui s’en souvient très bien

Ah ça je ne doute pas que Jacques Wolfson soit un de vos amis
Un grand ami oui

Alors vous l’avez connu à quel moment ?
Oh ben je l’ai connu plus tard, alors au Lorientais, plus tard, il était photographe

Alors J.Wolfson il faut quand même le rappeler c’est quand même l’homme qui a découvert Johnny Hallyday Françoise Hardy Jacques Dutronc le groupe Téléphone et qui aime beaucoup la musique militaire aussi..
Ah bon ? Je ne savais pas (rires) pourquoi vous dites ça ?

Parce que il est éditeur de musique militaire aussi, dans le catalogue Paul Beuscher
Ah bon je ne savais pas mais c’est possible c’est possible… Pas la Marseillaise tout de même parce que c’est aussi dans le domaine (rires) Depuis qu’il y a eu une adaptation par Django Rheinhardt ce n’est plus dans le domaine

alors justement Django Rheinhardt c’est quelqu’un que vous avez bien connu
Oui… Oui parce que c’était un ami de mon père

Un de plus
Oui, oui avec Grapelli, tous les deux étaient des abonnés de la rue de Médicis, ils y venaient tous les dimanches

Mais Grapelli pendant la guerre, il était à New-York
Ah oui mais ça c’était vraiment avant… avant la guerre…

Donc vous vous souvenez de Grapelli avant la guerre
Oui

Vous êtes tout petit là …
Oui… Oui, non là j’ai vraiment vu beaucoup Django à partir de 40, 41

Et à ce moment-là vous savez que le jazz et vous c’est une histoire importante enfin…
Ben pour moi c’était vitale c’était comme je respirai je veux dire, j’avais exclu toute autre forme de musique, pour moi il n’était pas question de me faire écouter autre chose que du jazz… et du vrai jazz… donc je ne voulais me laisser avoir par toutes les fantaisies et…

Oui, parce que vous êtes beaucoup plus sévère que votre ami et complice Frank Ténot
Dans un sens,euh oui

Plus intégriste…
Oui, au départ en tout cas mais après j’ai mis de l’eau dans mon vin

Alors justement quels sont vos musiciens idoles et quels sont ceux vous allez rencontrer après parce que vous avez le grand privilège dans votre vie d’aimer des choses et de rencontrer de travailler de produire d’éditer les gens que vous aimez
Oui. Oui alors en dehors de Django, parce que Django il était assez paternel avec moi, ce n’était pas vraiment une amitié d’égal à égal, les seuls musiciens avec lesquels j’étais vraiment ami, c’était Dizzy… Gillespie et aussi John Lewis… Bon à part ça les autres, j’avais de très bonnes relations avec beaucoup d’autres mais enfin ceux là étaient vraiment des amis

Parce que tous les disques qui sont sortis récemment de Chet Baker ce sont des photos de Daniel Filippachi au bord de la fontaine Médicis d’ailleurs…
Oui. Oui mais Chet était pas vraiment un ami, d’ailleurs on ne pouvait pas vraiment être ami avec lui, il était un peu bizarre… il était très sympathique mais ce n’était pas vraiment un ami

Duke Ellington ?
Je l’ai très peu connu

Errol Gardner ?
Pareil. J’ai fait des disques avec ces gens-là mais enfin ce n’étaient pas des relations vraiment intimes…

et Frank Ténot vous l’avez rencontré à quel moment ?
Alors Frank Ténot travaillait à Jazz Hot, vous voulez que je vous raconte ça ?

Oui oui bien sûr
C’est un peu compliqué comme histoire

C’est pas grave
Bon c’était l’époque de la grande rivalité Hugues Panassié et Charles de Launay, il y avait la revue donc qui était la revue officielle du Hot Club de France qui avait été reprise par Charles Delaunay et Frank Ténot était critique des disques de jazz, là, et moi j’avais fait un disque personnellement là, moi avec mes capitaux, avec l’orchestre de Duke Ellington mais sans Duke Ellington d’ailleurs mais avec les cinq trompettistes de DE qui donc jouaient leur solo dans un certain ordre, et le rôle de Frank ça avait été d’essayer de retrouver de deviner l’ordre des solos et cetera, Frank a eu le courage de m’appeler pour me demander l’ordre des solos, ce que je lui ai donné instantanément et c’est comme ça qu’on est devenus amis… c’est bête mais ça a joué (rires)

Et là tous les deux vous aviez quel âge il était un peu plus âgé que vous je crois
Ben oui il était de 25 ou 26 et moi de 28 oui… et ça c’était je ne sais pas en 54 ou 3 c’était avant Europe numéro 1

Et là à l’époque vous êtes vous photographe…
Oui, à Marie-Claire, j’avais quitté Paris Match je faisais beaucoup de photos pour Marie-Claire

Oui parce que parmi les gens qui vous ont marqué de manière significative, il y a un grand patron de presse qui était Jean Prouvost
Ah oui, c’était mon patron. Mon modèle un peu.

C’est votre maître un peu…
Ah oui on peut dire, enfin il m’impressionnait beaucoup

Il ressemblait à Louis Jouvet un petit peu…
Peut-être oui

Et vous rencontrez Roger Théron à quel moment ?
Ben aux tout débuts de Match, oui Roger était déjà là, reporter, c’est à ce moment-là que nous avons été amenés à faire des trucs ensemble. D’ailleurs son premier reportage, il l’a fait avec moi, et c’était aussi mon premier reportage, ma première mission…

Et c’était à quelle époque ?
Ben ça devait être en quarante huit, Match est sorti je crois

Donc vous avez vingt ans.
J’avais vingt ans. Vingt ans. Oui et on nous a envoyé chez Dany Robin et Georges Marchal, c’est comme ça qu’on a commencé à travailler ensemble

Votre bonne éducation vous a beaucoup aidé pour rencontrer les gens…
Je ne sais pas pourquoi j’ai eu cette réputation assez vite d’être quelqu’un qu’on pouvait envoyer avec un smoking c’est d’ailleurs pour ça que j’ai jamais plus de ma vie remis un smoking chez des gens importants mais je savais soi-disant de me tenir bien… je ne sais pas si c’est exact mais c’est vrai que ma mère m’avait appris à manger correctement et à me tenir correctement c’est vrai (rires)

Et quand vous démarrez comme ça à Paris Match, ça devait être une aventure hilarante j’imagine avec toute cette bande de gens après la guerre et…
Oh c’était très excitant, c’était très… ouais c’était formidable… parce que on y croyait je veux dire…

À quoi ?
Ben à la possibilité de refaire ce grand hebdomadaire qu’était Match avant la guerre et donc qui avait disparu pendant quatre ans cinq ans ou plus non et puis pour un garçon de mon âge d’avoir un bon travail, faire un métier que j’aimais, la photo en l’occurrence c’était bien…

Vous aviez fait des études particulières ?
Pour la photo ? (incrédule)

Non (sourires) des études tout court
Non j’étais à l’école comme tout le monde mais pas d’études particulières non

Non, parce que quand on regarde dans le Who’s who à DF il y a « études communales 9 rue de Vaugirard » vous vous êtes arrêté après ?
Non je suis quand même allé à un ou deux collèges enfin je n’ai jamais été jusqu’au bachot

Il paraît que vous vous fait virer de l’école Alsacienne comme Gide ?
Non justement pas comme Gide (rires)

Vous voulez dire pas pour les mêmes raisons
Oui pas pour les mêmes raisons

D’accord, il paraît que vous étiez à Sainte Barbe aussi
Oui

et que vous étiez pendant la guerre avec celui qui est devenu le cardinal Lustiger
Oui… et c’était mon copain, l’un de mes deux copains… Lustiger il n’a pas réussi d’ailleurs à me convertir au christianisme…

Non ?
Non il faut dire qu’il n’a pas essayé non plus (rires)

À propos de christianisme, vous dites dans votre livre que vous aviez comme livre de chevet « Réflexion sur la question juive » de Sartre
Oui

Bon alors je fais la liste et après vous nous direz pourquoi, « La vieillesse » de Simone de Beauvoir
Oui… Oui,c’est pas toujours aux mêmes époques mais enfin bon

Oui, oui… « Coridon » de Gide justement
Ben oui, oui

« La vie de Jésus » d’Ernest Renan
Oui

Et « Mein Kampf » « Mon combat » du chancelier qui n’est pas encore chancelier Adolphe Hitler…
Oui

Et alors vous pouvez nous parler de ces livres ?
Ben alors écoutez « La vie de Jésus » je continue à le lire, je n’ai pas fini encore…

Vous continuez à le lire ou à le relire ?
Non je ne l’ai jamais lu jusqu’au bout non

Ah bon…
Non, je continue à le lire… Alors « Mein Kampf » ça c’était après, c’est un des derniers par curiosité

Mais vous l’avez lu parce que
Oui enfin oui je l’ai lu

Vous l’avez survolé
Oui je l’ai lu un peu en travers c’est un peu ennuyeux mais c’est quand même intéressant… on se rend compte que si les gens avaient été un petit peu plus malins et s’ils l’avaient lu attentivement à l’époque, ils auraient pu prévoir certaine chose…

Oui d’ailleurs Hitler avait fait un procès à l’éditeur en français à l’époque parce qu’il n’avait pas du tout envie que tout ce qu’il disait sur la France soit lu par des Français
Et d’ailleurs le livre est resté interdit, les Allemands ont continué à l’interdire… c’est assez curieux cette histoire

Jusque très récemment oui…et « La vieillesse » de Simone de Beauvoir… ?
Ah c’est un beau livre.. D’une grande tristesse inutile de le dire, ce n’est pas un livre réconfortant…

Et vous l’avez lu très jeune ce livre ?
Assez jeune, oui enfin quand il est sorti je ne me souviens pas de l’année

et vous la connaissiez Simone de Beauvoir ?
Eh pas vraiment non, je la voyais comme ça…

C’était dans les années 50, et Sartre ?
Pareil je les ai vous comme ça tous les deux

Au Flore ? Hum…

C’était pas des copains de votre père ? Non… Non, moi j’étais un peu ami avec la copine de Sartre, la femme de Boris Vian, Michèle… mais je ne les connaissais pas vraiment… Je voyais des fois Boris, mais ça c’est autre chose, je le voyais alors là… on avait fait des petits travaux ensemble, on avait même écrit des chansons pour rigoler

Ah vous avez écrit des chansons ensemble ?
Oui oui…

Des chansons pour Salvador ?
Oui, oui pour Salvador, pour euh…

Lesquelles de chansons ?
oh ben il y a « le Blues du dentiste », « Rue de la flemme » il y en avait beaucoup…

et quel est votre pseudo pour ces chansons-là ?
J‘en avais plusieurs il y avait daniel frank, mario frank … C’est mon premier prénom; oui Mario

Alors vos livres, il y a « réflexion sur la question juive » pourquoi ce livre-là ?
Ce sont des questions qui m’intéressaient la question juive m’intéressait beaucoup je ne comprenais pas, comme l’homosexualité m’intéressait beaucoup aussi n’étant ni juif ni homosexuel ça m’intéressait

Vous dites dans votre livre
beaucoup d’homosexuels rôdaient chez mes parents, Cocteau Jean Marais oui mais oui c’était des choses qui m’intriguaient

avec Gide
Non pas beaucoup on n’avait pas le temps

De quoi parliez-vous ?
Tournez la tête un peu plus haut je faisais des photos on n’a pas le temps de discuter vraiment

Vous aviez comme assistant photographe Jean-Marie Périer qui a été le photographe des stars ?
Ben écoutez oui, c’était gênant je détestais faire des photos c’est un peu embarrassant

Une légende urbaine voudrait que vous ayez été viré de paris match photo du mont blanc photo d’une carte postale
Inexact que j’ai été viré de Paris match à cause de ça ; l’administrateur monsieur Roux une photo me montrant sur un escabeau en train de photographier la maquette… non l’histoire de la maquette du mont blanc avec Herzog c’était vrai je devais photographier le Mont blanc j’avais dit que j’avais loué un hélicoptère pour faire cette photo en fait c’était la maquette

à quel moment en avez-vous eu marre de faire des photos ?
Ah tout le temps j’en ai tout le temps marre de faire des photos parce que c’est un métier très dur

vous aviez envie de faire quoi ?
D’être derrière un bureau de ne plus voyager, j’étais le premier photographe avec un flash qui pesait 20 kilos L’Eclatron le premier flash électronique, à chaque fois que je faisais une photo au flash je considérais qu’il était normal qu’on me la paye.

Comment est arrivée l’histoire de jazz magazine ?
Jazz magazine avait été créé par Nicole Barclay et quand les affaires de Barclay ont commencé à aller mal, les banques ont envoyé un administrateur provisoire qui s’appelait Jean Friedman pour mettre de l’ordre et la première chose qu’il a faite ça a été il a dit qu’est-ce que c’est un journal dans une maison de disque qu’est-ce que ça veut dire, arrêtez moi ça et il me l’a donné en fait, il voulait me le vendre j’ai dit non je ne veux pas acheter et puis on s’est mis d’accord pour une page de publicité pour Barclay tous les mois et puis voilà c’est comme ça qu’on a récupéré Jazz magazine ou je travaillais déjà

et à ce moment-là votre ami Frank Ténot était déjà votre ami ?
Oui on s’était connus quand lui était à Jazz hot et puis ça s’est renforcé au moment de la radio parce qu’il a été amené par Lucien Maurice à Europe numéro 1 alors que moi j’avais été amené par Siegel et on a repris jazz magazine ensemble c’était en 55 qu’on a commencé les émissions de jazz en mars je crois quand Charlie Parker est mort Maurice Siegel m’a appelé en me disant de venir d’urgence tout de suite avec des disques, c’est comme ça que ça a commencé et c’est quand le directeur Louis Merlin a décidé

qui était le patron d’Europe numéro
oui qui a décidé qu’il fallait absolument une émission de jazzz parce qu’il recevait énormément de lettres qui demandait des disques de Charlie Parker c’est à ce moment-là que LM pensant que c’était peut-être un peu dangereux d’avoir quelqu’un de Maurice Siegel comme moi, parce que c’était tout le temps la bagarre entre eux m’a mis Frank Ténot dans les pattes et j’étais très content parce que j’aimais beaucoup Franck déjà et on a tout de suite compris que à deux on serait beaucoup plus forts que seuls

C’était le début d’une grande amitié
Ah oui très grande amitié

On dit toujours qu’il ne faut pas travailler avec les gens avec lesquels on est amis mais vous c’est le contraire…
Non je suis devenu ami avec les gens avec lesquels j’ai travaillé c’est justement le contraire, c’est pas pareil, je pense effectivement que ça peut être une erreur de se mettre à travailler avec quelqu’un avec qui on est ami, mais si on se met être ami avec quelqu’un avec qui on travaille, c’est parfait au contraire c’est l’idéal

Vous avez été amis avec la plupart des gens avec les quels vous avez travaillé
Oui beaucoup oui, certains éternellement oui

Vous êtes d’une très grande fidélité professionnelle et amicale
Amicale oui, professionnelle on ne sait pas pour une raison quelconque… Mais amicales toujours

Avec FT ça s’est passé comment ?
On a repris Jazz magazine après il y a eu salut les copains mais on a fait ensemble tout, tout

Et vous étiez à 50 50 ?
On était à 60 40

Pourquoi ?
C’est un principe, je crois que c’est mon père qui m’avait inculqué… il me disait il faut avoir 60 pour contrôler, en tous cas il était contre le 50 50, il pensait que ça pouvait être une situation de blocage, il valait mieux être même minoritaire, je ne sais pas pourquoi il m’avait dit ça un jour et ça m’avait frappé j’ai expliqué à Frank il a compris ça très bien, et ça s’est fait normalement j’ai mis de l’argent il en a mis, on a mis chacun en proportion de nos moyens et il s’est trouvé que bon j’avais 60 pour cent ça n’a jamais fait aucun problème

Quand vous réalisez ce que le petit garçon a accompli pendant ces années vous êtes épaté ?
Ah ouais je suis épaté oui surtout d’être arrivé à cet âge-là, je suis épaté oui et puis quand j’ai eu cet accident, je vais expliquer comment j’ai écrit ces espèces de mémoires-là dans un état second quand j’étais sous l’influence de différentes drogues au fur et à mesure j’ai été épaté oui de ces souvenirs, effectivement, ça m’étonnait, ça revenait comme ça comme du film, quand j’ai fait le calcul du nombre de films que j’avais vus dans ma vie j’ai trouvé je crois vingt six mille films je me suis dit tiens c’est beaucoup, je m’épate très facilement mais j’ai toujours été un peu comme ça dans ma vie, j’étais épaté du succès des émissions, j’étais épaté des journaux, j’ai été épaté par mes amis, oui…

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3 Comments

    bravo pour ce travail !

  • Époque épique de la concurrence entre « Jazz Magazine » (moderne) et « Jazz Hot » (moins « up to date », avec Hugues Panassié, tenant – et non Ténot – du bon vieux temps de la New Orleans).

    Un peu comme ces frères ennemis qu’étaient « Les Cahiers du cinéma » et « Positif »…

    « Pour ceux qui aiment le jazz », que j’écoutais le soir dans mon lit (à 22 heures, je crois) et dans la chambre où je dormais avec mon frère, ne durait qu’une heure… qui passait trop vite ! 🙂

  • @brigitte celerier : merci !
    @Dominique Hasselmann : merci pour la correction – cette jeunesse insouciante des années 50 et 60…

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