Pendant le weekend

Projet DF 3

 

(c’est plus drôle qu’Aldo Moro)

Il faut se mettre à bonne distance pour parvenir à faire le point et ainsi obtenir une image nette : c’est un peu compliqué – il ne s’agit jamais d’un entretien, en réalité, dans ce type d’émission, mais d’une espèce de panégyrique (on reçoit parce qu’on promotionne) (on promeut) (fo) (celui qui pose les questions passe les plats – c’est une jolie expression cependant – il y a des sous-entendus, des fausses surprises, des connivences suintantes…). Pour objectiver, j’ai tenté les listes – elle vient en premier (index des noms des personnes citées – cette galère d’orthographe…); en fin de parcours il y aura celle des films, et celles des lieux où mange l’interrogé (dans le livre). Une autre liste, plus courte, concernera les « poulains » (celui de DF se nommait Frankie Jordan), mais ce tropisme de « protéger » quelqu’un sera peut-être fécond. Pour le moment, on continue d’expliciter l’émission de radio, troisième des cinq « volets » où on parle un peu cinéma (la déception du propriétaire lorsque Serge Daney et les hordes maoïstes s’empareront du canard fait partie de l’histoire du journal (qui est mort aujourd’hui, pratiquement – il va reparaître en « qualité française » (on ne veut pas présumer – quoi que le personnel rapporté pour cette « renaissance » en dise long sur les intentions) et il y aurait à parier sur la teneur de ce qu’il proposera (quelque chose comme un passe-plat). L’un des créateurs de ce support avait écrit une espèce de bible « Qu’est-ce que le cinéma ? » (André Bazin éditions du Cerf 1962 réédité plusieurs fois) : ici une sorte de définition par quelq’un qui n’y va plus (mais qui « regarde [quand même] un film par jour -au moins »).

On aurait sans doute intérêt à faire figurer les année de réalisation et les réalisateurs des films cités – ça ferait du boulot si c’est ce que je cherche d’ailleurs… (en tout cas (déjà) : Lost in translation (Sophia Coppola, 2003))

 

3° Épisode

Lucien Morisse (directeur artistique Europe 1)
Frank Ténot
Ray Charles (moins Elvis Presley)
Serge Gainsbourg
France Gall
Jacques Wolfsohn
Maurice Biraud
Boris Vian
Jacques Prévert
Christian Marquand
Michel Berger
Henri Langlois
Scarlett Johansson (Bill Murray)
Mel Gibson
Nicole Garcia
Marie-Josée Croze
Jean Dujardin
François Truffaut (connaissais pas)
Pierre Kast
Roger Théron
Godard Truffaut Kast Doniol-Valcroze (Aux cahiers du cinéma (en 1964) (jusqu’en 70) au moment de la reprise à la demande d’Henri Langlois)
les Beatles les Rolling Stones
Christophe
(Michel) Polnareff
Hubert Fol
Barney Wilen
Claude Luther
Eddy Mitchell
Frank Capra
Jean Prouvost – Roger Thérond – Gaston Bonheur (équipe de Paris Match avant 68)
Duane Anson (sculpteur)

 

 

Numéro 3
le temps des copains

 

Mais vous disiez justement que vous préfériez la radio parce que vous n’aviez pas besoin de parler …
Exact. Une des clés du succès de « Salut les copains » je pense c’est que à une époque où à la radio il y avait beaucoup beaucoup de bavardages, il y avait de la musique point final et un monsieur qui venait dire bonjour au revoir

 

 

Écoutez j’ai tout de suite été passionné par la radio et ça a même un peu effacé pratiquement tout le reste, alors effectivement « Pour ceux qui aiment le jazz » marchant bien, Europe numéro 1 devenant une grande station de radio, j’ai fait des tas d’émissions, beaucoup d’émissions qui n’avaient rien à voir avec le jazz

Lesquelles par exemple ?
Ben je ne sais plus mais des émissions par exemple qui racontaient des blagues, des blagues comiques, ça s’appelait ah je ne sais plus « une soirée avec Marie-Chantal » un truc comme ça, je faisais une émission de cuisine aussi qui s’appelait « la cuisine à la vapeur » et puis j’avais remarqué que les bandes sonores des films, les musiques originales des films ça pouvait marcher très bien alors je faisais une émission des musiques de films qui avait beaucoup de succès, donc je faisais des choses comme ça vous voyez, et puis je n’y aurais pas pensé tout seul je crois mais Lucien Morisse m’a appelé un jour

Lucien Morisse qui était le directeur…
Le directeur artistique d’Europe numéro un oui, qui d’abord avait été un petit peu réticent quand j’étais arrivé et qui était devenu un très bon copain et il m’a proposé de faire cette émission, d’abord avec la petite américaine qui s’appelait Suzy qui la faisait avec son chat, voilà, alors j’ai remplacé le chat, et quand le chat et Suzy sont rentrés en Amérique eh ben je suis resté tout seul… Mais Frank ne se mêlait pas de ça du tout, vous voyez et puis ensuite il s’est posé le problème…

(coupant) Mais vous avez continué à faire « pour ceux qui aiment » le jazz avec Frank Ténot
Ah ben oui, oui, non pour moi c’était sacré, j’adorai faire ça…Salut les copains j’aimais beaucoup ça aussi mais enfin c’était un peu différent il y avait beaucoup de concessions aussi… dans l’émission de jazz on faisait ce qu’on voulait on passait des disques, et puis on organisait des concerts on faisait beaucoup de choses annexes mais qui étaient intéressantes et puis finalement Frank s’est laissé convaincre parce que je ne voulais pas que quelqu’un d’autre me remplace quand je prenais des vacances, parce que j’ai toujours considéré que c’était capital de prendre des vacances alors il s’est laissé convaincre il m’a remplacé quand je n’étais pas là, d’ailleurs personne n’y voyait que du feu, je pouvais aussi bien ne pas être là on s’est rendu compote que c’était absolument accessoire ma présence, c’est pour ça que parfois il y avait un bobino je disais bonjour puis je disais au revoir et puis c’était tout entre bonjour et au revoir il y avait des disques

Et dans Salut les copains vous aimiez la musique que vous passiez ?
Souvent oui

Mais vous avez fait exploser une génération de gens qui
Oui mais dans l’ensemble je les aimais oui, dans l’ensemble… il y avait des préférences mais…

C’était qui, vos préférences ?
Ben d’abord c’était les américains,les rockers américains à commencer par Ray Charles … qui n’étaient pas du tout les préférences du public, puisque c’était plus les miennes, le public c’était Elvis Presley j’aimais moins Elvis Presley

Ray Charles en plus vous étiez à la frontière avec le jazz et le rock
Oui, tout à fait… alors en France mes préférences c’était Gainsbourg, France Gall des gens qui n’étaient pas ceux qui vendaient le plus

C’est à ce moment-là que vous connaissez Jacques Wolfsohn ?
Ah je le connaissais bien avant mais à ce moment-là il avait pris une certaine importance

(coupant) il était devenu le directeur artistique des disques Vogue
Oui

Et vous partagiez le même humour… C’est à dire qu’on a l’impression, DF, que vous vous êtes amusé dans tout ce que vous avez fait, dans tout ce que vous avez entrepris
Mais oui je pense oui

Vous pensez que c’est le conseil qu’il faut donner aux jeunes gens qui écoutent cette émission…?
Ben si on le peut c’est l’idéal, hein bien sûr mais c’est pas toujours possible, je ne me suis pas toujours amusé hein, quand j’étais dans l’imprimerie j’aime autant vous dire que je ne m’amusais pas, je souffrais comme un martyre hein

C’est pour ça que vous donnez comme conseil dans le livre de se lever tard, vous dites l’avenir appartient aux gens qui se lèvent tard
Ben moi ça m’a réussi… effectivement, dans eux ou trois circonstances ça m’a même sauvé la vie

Lesquelles ?
Enfin sauvé la vie c’est un peu exagéré mais enfin on m’avait proposé de faire la tranche du matin par exemple sur Europe 1 ça m’a sauvé la vie ça a été donné à Maurice Biraud, là mais je me serais planté là

Quand vous étiez à Europe 1, vous avez vu Boris Vian je crois que avez été la dernière personne, en dehors de la caissière du cinéma Marbœuf où il est allé voir son propre film à l’avoir vu vivant
J’espère qu’il n’a pas payé en plus sa place (rires) le pauvre… Mais effectivement Boris est venu la veille à l’émission, il est venu on a parlé, et le lendemain, ou le surlendemain j’ai appris qu’il était mort…

Mais Boris Vian était plus un ami de Frank Ténot que de..
(coupant) Oui… parce que il était aussi à Jazz Hot, Boris… oui il était dans le camp adverse au début avec Frank, je voyais des fois un petit peu Boris quand j’allais chez Prévert, là au Moulin Rouge, pas souvent mais enfin quelques fois

Et vous lisiez ses livres, vous écoutiez ses chansons vous aimiez la trompinette ?
Je lisais ses rubriques de jazz qui étaient très intéressantes, drôlement écrites, très amusantes… j’avais lu le premier livre qui était très bon « L’écume des jours » c’est le seul, l’autre c’est un phénomène, « J’irai cracher sur vos tombes » ça l’a tué d’ailleurs c’est ça qui est…

Vous pensez que c’est la vision du film qui l’a tué ?
Non non je ne crois pas

Il était tellement mauvais que…
Non, non, faut pas exagérer avec ce pauvre Christian Marquand non… non il avait… il y a des gens comme ça, il avait le cœur fragile il est possible que ça ait contribué comme cette partie de tennis avec Michel Berger… c’est pas impossible parce que c’était vraiment un navet époustouflant… vous l’avez vu ?

Oui oui
Vous êtes d’accord ou pas ?

Oui je suis totalement d’accord… Parce que revenons là-dessus, vous êtes un grand cinéphile DF, ah ben oui vous voyez un film par jour
Au moins

et alors quels sont vos films préférés?
Alors on avait demandé aux membres du comité de rédaction des Cahiers du cinéma les films préférés

(coupant) Parce que vous avez racheté les Cahiers du cinéma à une époque…
(approuvant) J’avais racheté les Cahiers du cinéma à la demande…

(coupant) à la demande d’Henri Langlois…
à la demande d’Henri Langlois qui voulait absolument qu’on les sauve parce que les Cahiers du cinéma était en faillite on a demandé donc la liste des dix films et je me souviens que j’avais mis en tête évidemment Citizen Kane, j’avais mis ensuite je crois Les Lumières de la ville et puis la Grande Illusion et puis des films policiers américains que j’ai adoré comme Asphalt Jungle que j’ai adoré voilà… je ne me souviens pas de la liste exacte des dix films je vous ai dit déjà les trois premiers c’est déjà pas mal vous devriez admirer déjà que je me souvienne des trois premiers (rires)

(sourire) Casablanca ? Non
ce sont toujours les mêmes
Ah ben oui oui… je pense qu’ils méritent d’être toujours là, oui… oui… est-ce qu’ils auraient pu être déboulonnés par… je ne sais pas… Lost in translation ?

Oui vous aimez beaucoup Lost in translation
Oui …

Qu’est-ce qui vous plaît là-dedans, c’est le jet-lag ?
Oui. Oui… tout me plaît… non, mais j’ai vu ce film après être revenu de là, enfin de cet endroit à Tokyo et j’ai trouvé ça saisissant effectivement… C’est une espèce de miracle, Lost in translation, c’est normal que ça soit un accident parce que il y a cette conjonction là, de choses, il y a cette fille là Scarlett, il y a ce type là

Bill Murray
Il y a le décor

C’est vrai que c’est une conjonction assez incroyable
Ah oui c’est un miracle

Et vous allez au cinéma de temps en temps ?
Eh bien… euh… Non, je n’y ai pas été pendant trente ans au cinéma et puis je suis retourné pourvoir euh… le film de Mel Gibson, là… il y avait des manifestations dans la rues, des barbus, des juifs

Pour empêcher les gens de rentrer…
Oui les juifs étaient pas contents de ce film, ça m’a intrigué je me suis demandé pourquoi mais l’autre chose c’est que il y avait des sous-titres, moi

je ne vais voir que les films avec des sous-titres parce que je suis trop sourd pour comprendre, surtout en anglais alors il y avait des sous-titres donc en

En araméen
En araméen voilà

En pseudo araméen
Oui enfin et j’ai trouvé ça assez bien… j’ai trouvé ça bien, pas vous ?

(sourires) ce qui vous poussé à aller voir ce film c’est qu’on empêchait les spectateurs de rentrer
D’abord oui, d’abord j’ai trouvé ça énervant et puis voilà

Non, moi je n’ai pas beaucoup aimé ce film non, j’ai trouvé ça assez épouvantable même mais moi personne ne m’a empêché de le voir, je l’ai vu en dvd donc j’étais moins motivé..
Non, mais je vais vous dire une chose, c’est que je n’étais pas allé au cinéma depuis trente ans et ça m’a fait plaisir d’aller voir un film au cinéma , alors j’étais de bonne humeur, j’étais très favorable donc voilà mais je suis d’accord avec vous ce n’est pas un film… je ne le mettrais pas dans ma liste des cent ou des cinq cents ou de mes mille films préférés

Et vous êtes retourné au cinéma depuis ?
Oui je suis retourné une fois au cinéma

Pour aller voir quoi ?
J’ai vu le fil qui s’appelle « Un balcon sur la mer »

de Nicole Garcia
Oui, oui

Avec Marie-Josée Croze et Jean Dujardin
Oui,j’ai cherché pendant longtemps le nom de la fille, là

Marie-Josée Croze qui est une très bonne actrice canadienne
Oui, oui… sympathique hein, oui…

Et qu’est-ce qui vous a plu dans le film ?
C’est cette fille, j’ai trouvé cette fille très bien le reste ne m’intéressait pas beaucoup

Vous avez donc sauvé les Cahiers du cinéma d’une mort euh… prévue à la demande d’Henri Langlois
Oui

de François Truffaut et ça a été une expérience heureuse…
Oui, enfin surtout de Langlois parce que Truffaut je ne le connaissais pas

Oui, et vous aimiez ses films vous aimiez ce journal  vous le lisiez ?
Ah mais oui j’étais un lecteur des Cahiers du cinéma, absolument oui

Parce que Doniol Valcroze, enfin tous ces gens-là étaient surtout des provocateurs
Pierre Kast aussi, oui, très sympathique Pierre Kast, non ils étaient très sympathiques au départ, enfin au départ à l’arrivée aussi, c’est les autres qui sont devenus insupportables.

Alors vous avez fait un comité de rédaction qui avec toute votre bande de copains
Non, il n’y avait pas du tout ma bande de copains, il y avait Roger Théron et point final c’est tout.

Qui est un grand cinéphile aussi
Oui, qui est grand cinéphile et les autres étaient des vrais anciens des Cahiers, Godard, Truffaut, Kast Doniol-Valcroz, Kast et puis je ne sais pas qui

Et Godard c’était quelqu’un que vous connaissiez ?
Non, je l’ai connu là, il était plutôt agréable

J’ai l’impression que c’est l’une des expériences les plus douloureuses de votre vie de patron de presse
Mais oui, j’étais mortifié parce que j’ai toujours été un grand amateur du cinéma américain et ce qui me plaisait entre autres dans les Cahiers, c’est qu’ils avaient le courage de vanter les mérites du cinéma américain à une époque où les gens faisaient la fine bouche et cetera or,à la minute même ou presque où j’ai racheté les Cahiers, ils sont devenus chinois, ou maoïstes, alors c’était fini,le cinéma américain était devenu négligeable, il ne s’agissait plus que de films euh…

Donc on en était à Salut les copains et à ses euh… vous êtes devenus copain avec les gens de Salut justement ?
Vous voulez dire les journalistes ?

Non les chanteurs
Les chanteurs ? Oh ben oui j’avais des bons rapport avec eux oui

Avec les Beatles ?
Oh bof non, pas copains avec les Beatles, pas plus qu’avec les Rolling Stones, des bons rapports oui mais c’est tout

Et vous voyez toujours des gens de cette époque-là ?
Je ne vois plus personne, mon vieux, ni chanteurs ni autres, non

Je croyais qu’avec Polnaref ou Christophe
Alors Christophe oui, mais Polnareff non, mais Christophe nous sommes réellement des amis oui…

Comment s’est passée la création du magazine Salut les copains ?
Ça m’intéressait que des Français réussissent dans ce domaine, comme ça m’intéressait dans le domaine du jazz que des Français réussissent, alors il ne faudrait pas dire que je n’aimais pas Hubert Fol ou Barney Wilen ou même Claude Luther pour remonter à la new-orléans…
qui n’étaient que des gens qui imitaient les Américains, eh bien tous ces petits Français qui imitaient les Américains m’intéressaient et j’avais plus spécialement de l’estime pour ceux qui imitaient les bons modèles

Vous pensez à qui, vous pensez à Johnny Hallyday, à Eddy Mitchell…
Je pense à Eddy Mitchell oui par exemple…

Eddy Mitchell c’est quelqu’un que vous voyez de temps en temps ?
Non je ne le vois jamais, je ne l’ai jamais vu d’ailleurs je n’ai jamais été ami avec Eddy Mitchell

Non, parce que c’est quelqu’un qui aune passion pour le cinéma américain..
Oui, oui, c’est vrai…

Et à quel moment décidez-vous de transformer cette émission de radio en magazine ?
Au bout d’un certain temps…je ne saurais pas exactement vous dire…

Mais c’est la quantité de courriers des auditeurs que vous receviez
Oui, j’ai fait le multiple… je voyais que pour Jazz magazine on recevait tant de lettres, je voyais que pour Salut les copains on en recevait dix ou quinze fois plus, on s’est dit donc avec Frank, je lui ai dit ça à Frank on a tout de suite été d’accord qu’on pourrait peut-être vendre dix voire quinze fois plus que Jazz magazine … Ça s’est en fait révélé être cent fois plus, mais déjà à dix fois plus, on s’en sortait, on avait fait nos calculs sur la base de cent mille exemplaires, et on était déjà très contents

Vous avez dit un jour que la sortie de salut les copains, ça a été un rush
Ah oui, absolument ça a été un rush… les marchands de journaux n’avaient jamais vu des gens arriver avec de l’argent à la main pour acheter un magazine qui n’existait pas, j’avais annoncé qu’il allait sortir mais beaucoup beaucoup de monde allait retenir le numéro et nous,ça nous a épaté on était contents

Parce que là vous étiez un tout petit éditeur indépendant et puis du jour au lendemain vous vous êtes trouvé à la tête d’un grand groupe de presse (19.45)
Alors on a créé ben oui, alors on a créé ben oui il y avait l’équivalent… on a vu que salut les copains était un magazine qui intéressait beaucoup les filles, alors on s’est dit que si on faisait quelque chose de vraiment pour les filles, ça pourrait marcher et on en vendrait la moitié et c’est ce qui s’est passé d’ailleurs on vendait la moitié pour « Mademoiselle Âge tendre » après on pensait que pour les hommes on pourrait faire un genre de Playboy français alors on a fait Lui

et vous êtes devenu l’empereur du cul
Je suis devenu l’empereur du cul oui… je n’ai jamais… je n’ai jamais eu honte, j’ai eu honte beaucoup de choses dans ma vie mais pas de ça…

(souriant) et de quoi avez- vous eu honte dans votre vie, DF ?
(rires) un jour sur les Champs-Elysées quand j’avais sept ou huit ou neuf ans, j’avais des chaussettes jaunes, tout le monde me regardait, je suis rentré précipitamment dans le cinéma pour changer de chaussettes

Des chaussettes courtes ou des chaussettes longues ?
Non, c’était des chaussettes longues, j’avais un pantalon de golf… je me souviens que j’ai vu au Biarritz « Monsieur Smith au sénat »

de monsieur Capra
Oui

et vous étiez habillé en Tintin en fin de compte en Tintin reporter déjà
A peu pr.. absolument et j’ai eu honte vraiment c’est un jour où j’ai vraiment eu honte d’être moi…

Et quelles sont les autres exemple où
Ah ben non (rires)

aussi dramatiques ?
Je ne peux pas vous en trouver cinquante comme ça qui soient aussi drôles… (rires)

Vous avez toujours eu le souci de … de pas prendre les choses au sérieux, enfin d’être sérieux ?
Mais qu’est-ce qui est sérieux ?

Oui qu’est-ce qui est sérieux ?
Je ne me prends surtout pas moi au sérieux, il y a des choses sérieuses, oui mais pas moi je ne prends pas au sérieux …

Mais pourquoi,c’est votre bonne éducation vous pensez ?
Je ne sais pas même mais je ne crois pas que mes parents…non je ne sais pas je ne peux pas vous dire pourquoi…

Et lorsque vous avez connu les tycoons du nouveau monde les Boccionne ou les Heffner, vous aviez l’impression d’être sur la même planète, d’être avec des gens qui se prenaient aussi peu au sérieux que vous ?
Écoutez, oui, enfin euh non ils ne se prenaient pas trop non c’est vrai plus trop au sérieux, mais enfin non c’était un autre monde c’était une autre chose quand même

Le succès de Salut les copains vous permet de développer votre groupe de presse, et vous permet même un jour de racheter le journal où vous aviez été un très jeune reporter c’était Paris Match
Oui. Oui c’était une occasion qui s’est présentée…

et alors comment vous avez décidé de conquérir ce mammouth de la presse magazine, parce que c’était un journal qui était condamné à l’époque, qui perdait beaucoup d’argent, qui avait perdu beaucoup de lecteurs…
Oui, ben moi j’avais le sentiment qu’on pouvait très bien… euh le remettre sur les rails, il avait été très mal traité après Mai 68, il y avait eu cette espèce de petite révolution… alors le patron Jean Prouvost avait mis à la porte les gens de talent qui faisaient le journal à l’époque…

Dont votre ami Roger Théron
Dont Roger, mais il y avait aussi Gaston Bonheur il y avait aussi enfin tous les gens bien qui étaient à la tête du journal étaient partis…

Donc vous pensez que le talent des journalistes, ça sert à quelque chose dans un journal ?
Je pense que ça joue beaucoup et puis surtout la formule, je veux dire, on avait un peu changé la formule de ce journal…

Parce que c’est quand même une vision assez curieuse de penser que ce sont ces gens-là qui sont nécessaires dans un journal, je pensais que c’était les contrôleurs de gestion qui savaient faire des journaux maintenant…
Oui enfin vous dites ça ironiquement maintenant mais c’est exactement le contraire, je pense que les contrôleurs de gestion ne font que tuer les journaux

Vous vous avez conquis ce journal en supprimant l’administration, c’est ça ?
C’est-à-dire je n’ai pas supprimé l’administration, je ne l’ai pas reprise… J’avais dit aux gens de Hachette qui à l’époque avait donc repris le groupe Prouvost et qui voulaient absolument se débarrasser de Match j’avais dit moi je reprends les journalistes, j’assume complètement les journalistes, mais personne d’autre… sauf le concierge… qui d’ailleurs était très bon, il m’ouvrait les lettres il me disait celle-là est importante, celle-là est à mettre à la poubelle, et ça marchait très bien

Et vous n’avez pas l’impression qu’on est passé justement aujourd’hui on aimerait faire des journaux sans journaliste et quand on regarde les masses justement salariales et en surface dans les locaux il y a effectivement plus d’administratifs que de créatifs?
Je ne sais pas si c’est la quantité qui compte, il faut quand même de bons administrateurs, dans toutes les affaires c’est nécessaire, on ne peut pas demander à des journalistes d’être de bons administrateurs

C’est la même chose dans la médecine c’est la même chose dans…
C’est la même chose dans beaucoup de domaines, mais dans tout même oui

et quand vous avez vu ça, quand vous avez lancé des titres aux EUA vous avez fait la même chose ?
J’ai essayé oui… mais ça ne marche pas toujours hein…

Alors il y a un magazine particulier, enfin que vous avez créé et qui a eu une vie assez éphémère et qui s’appelle Infos du monde c’était votre goût surréaliste justement qui vous a entraîné à faire ce magazine qui était un journal en papier d’informations non vérifiées ?
Oui enfin mais c’était la copie d’un magazine américain News of the World alors j’ai appliqué ça en France mais ça n’a pas marché…

Mais vous aviez dans votre bureau une sculpture de Duane Anson et chaque jour vous lui mettiez la nouvelle édition du journal ?
Oui j’ai toujours cette sculpture, mais je ne change plus l’édition… du journal elle a toujours le même numéro dans les mains

Et c’est laquelle, quel journal ?
Actuellement je crois que c’est Union, un vieux numéro de Union

Les sculptures de Duane Anson peuvent lire la presse magazine ou c’est difficile ?
(rires) Pourquoi pas ?

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2 Comments

    « j’avais plus spécialement de l’estime pour ceux qui imitaient les bons modèles »… et les chaussettes jaunes… on a des raisons de l’aimer bien
    Et bravo pour le travail

  • Je me souviens de « Tous les garçons et les filles » de Françoise Hardy (bon, on ne va pas recommencer Perec) dans « Salut les copains »…

    Toute une époque… mais c’est si loin et si long… 🙂

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