Pendant le weekend

atelier d’été 2020 _20

 

 

 

on en termine sans trop savoir ce que ça peut bien vouloir dire – sans doute le sujet s’est-il rapproché – en tout cas ici (je ne suis pas encore allé à la gare)

dans les verts, et ce feu allumé, sur l’image suivante le type en jaune et bleu a disparu

puis il est revenu

c’est peut-être l’épicier – je n’ai pas cherché non plus l’épicerie (mais à l’arrière plan, on voit la maison dans les bleus du salopard) – en face un type repeint

ce sont de jolies images – une des rues de Bertioga (Josef Mengele est y mort, noyé, en 1979) – station balnéaire une quarantaine de kilomètres au sud ouest de Sao-Paulo Brésil – bord de l’eau océan palmiers

une espèce de paradis – rien n’est jamais tout noir, peut-être (en tout cas Trump est foutu dehors) (moindre meure mais salopard aussi) – il n’y fait jamais non plus toujours beau – mais la vie continue

– et l’atelier se termine. On remercie ici François bon (courage !!) et tous les participant.es

 

 

Une saison en atelier

Fermer les yeux, regarder ce qui se profile alors dans le noir, revoir en rêve la place où se trouve la porte (derrière, sur la droite se trouve l’hôtel sur l’image commentaire) (cette porte porte un nom – à gauche juste devant les souks part une rue qui rejoint la rue d’Espagne où logeait l’avocat de ma mère) (porte de la mer – de Bahr en arabe) (elle se situe sur la place de la Victoire) tout est vrai (de loin parvient l’odeur des souks, épicée (fatalement), de quelques plats cuisinés, de merguez qui grillent un peu comme lors des manifestations) (avec mon cousin, un jours de ce début de siècle, visite à ce bureau, les murs décrépis, les cartons entassés, l’attente vers huit heures du soir, les billets échangés de la main à la main, la visite à une espèce de sommité, probablement juive, de la ville – la maison vendue en viager (bouquet – je me souviens – annuités jamais honorées) dans les années quatre-vingts ; vendue à un escroc en prison depuis lors, ou en est-il sorti ? peut-être, qui peut le savoir ? – lequel l’a revendue, on ne sait pas ça se perd mais elle était habitée lorsqu’un jour d’août 2012 on passait devant) (elle était dans les blancs, dans les bleus, le peintre Filipo la chaulait de temps à autre) – l’avenue (elle est, dans ce tronçon, « de France ») descend vers la lagune – du plus loin qu’il m’en souvienne, jamais je n’ai aimé cette lagune – de la mer qui vient est-ce un parfum ? une humidité noire et resserrée, rompue contrainte, un peu de cette odeur de vase – la première fois que je suis arrivé à Venise, était-ce en train ? je ne sais plus, oui je crois, oui – je ne savais pas qu’il s’agissait d’une lagune, je ne savais rien de cette ville et certainement rien de son ghetto, ou de sa Giudecca et de ses Zattere – tous les mots sont tracés distanciés double-sensés – sur la droite de l’avenue, ces colonnes et ces arcades à la mode Rivoli (de la place Ferrari de Gênes partent le long de cette rue qui descend, deux allées couvertes arcades colonnes ainsi que des passages (si Rivoli se tient dans les beiges clairs, ici ce sont les gris foncés qui l’emportent) – la rue du 20 Septembre je crois – 1870 la prise de Rome et la fin des états pontificaux et Pie 9 qui dénonce ce passage en force) (l’Italie et le pape, cette histoire et cet esclavage) – plus loin sur la gauche descend l’avenue, il y a là une espèce de place, elle est de l’Indépendance (je ne suis pas certain de la pertinence de cette majuscule : ce genre de réflexion provient directement de la colonisation – il m’arrive d’y trouver des bénéfices) et je revois les rues de la ville, je revois celles des campagnes d’ici ou de là : elles sont les mêmes elles sont semblables : le colon (ou la colonne) esclavagisait ; je me souviens de l’état de décrépitude dans lequel sont laissées quelques maisons, par manque de moyens et de désirs de les voir entretenues embellies soignées soutenues – le premier livre d’Albert Camus (j’ai préféré, face à l’académie, l’attitude de Sartre Jipé) (je ne discute même pas celle de Zimmerman : vois comme les choses ont changé…) – l’avenue est dédiée, après cette place, à Habib Bourguiba (premier président de la République Tunisienne – Commandant Suprême et bienfaiteur de l’humanité – au moins n’érigea-t-il pas de bagne ou de camps de concentration pour y foutre ses opposants) – on passe devant la cathédrale du culte catholique, vouée à Saint-Vincent-de-Paul (Pierre Fresnay qui partageait son manteau…) , et devant le cinéma dont je ne souviens plus du nom – le Parnasse, c’est ça – sur la droite au genre de rond-point partait la rue Es Sadikia (elle ne porte plus ce nom-là) où se tenait le magasin Juvénal – fil de fer, machines agricoles et machines-outils – pas moyen de l’évoquer sans en passer par l’une des filles de mon grand-père laquelle, des dizaines d’années durant, s’est échinée à faire reconnaître ses droits sur les indemnisations dues par l’État aux personnes lésées par la fin du protectorat – son frère en avait hérité – ce ne sont pas des affaires à raconter, serait-ce en un atelier où la fiction a pris le dessus – ça passera sans doute inaperçu : il faut prendre possession de ce rêve, marcher dans les rues (fermer les yeux) et vers la gare descendre l’avenue (non, la gare est à droite) – le soleil et les palmiers, une espèce d’immeuble à l’envers fonctionne en un hôtel international (comprendre par ce qualificatif qu’on peut y boire de l’alcool) – des images, au coin d’une des rues qui aboutissent à l’avenue se tenait le garage dit « Robert » du prénom d’un de ses oncles dans lequel œuvrait mon père – et Habib (qui veut dire heureux en arabe) (un mécano que j’ai revu, un jour de soixante treize qui se souvenait de lui – je lui annonçais sa disparition, je me souviens de son regard il portait une jante à la main, un bleu dans les marrons, et puis je suis reparti) et descendant encore l’avenue on trouvera la gare maritime, le terminus du TGM et d’autres choses encore – impossible de penser à ces histoires-là (celles de Tunisie) sans se souvenir (de celles de l’Algérie) (et du Maroc, notre ami le roi) de l’enlèvement devant la brasserie du boulevard Lipp, de la Tricontinentale et des terribles agissements des services secrets – le milieu des années soixante et ses barbouzes – et de ce fait, du coin de la rue, le drugstore (tu te souviens les drugstores ?) (un attentat, Carlos 74, celui des Champs-Elysées, celui de l’Opéra et dans celui-là, de Saint-Germain des Prés, éclate une grenade à fragmentation) (on vivait alors rue de Lille) – c’est que cette histoire ne m’est pas étrangère, tu vois (sans doute est-elle la résultante de ces événements, comme on les appelait : je ne savais, de ce qui advint, rien sinon ce qu’on ne m’en disait pas mais que je percevais, ce qu’on ne disait pas aux enfants et il se peut que nous les enfants les entendions parler de ces choses étranges (étrangères ?) les arabes, les autres, les Français et les attentats, la guerre « pacificatrice », ce type de blague je suppose (mais je n’y comprenais rien) – de ce moment où quinze ans plus tôt on tirait à la mitraillette sur la ds noire de jais du général du côté du Petit Clamart – quand on dit « du général » on ne sous-entend pas spécialement Alcazar – c’est cette époque-là, entre dix et quinze ans plus tard, probablement, comme si j’étais resté là-bas – la petite maison, je ne saurais dire où elle se trouve mais elle est dans les bleus, comme celle de la voisine Norma qui, elle, ne paye pas de loyer – on ne sait pas, existe-t-elle vraiment cette tondue-là ? chauves tous les deux, tous les trois, comme moi un peu – je suis sans doute dans les trois, il y a du Chagrin et de la Pitié dans cette histoire-là – pourtant en recherchant un peu ce qui s’y trame – et dans les odeurs de poissons frits, de jus d’orange et de lauriers roses – rendre les maisons de plain-pied ressortit peut-être du fait qu’il y avait là-bas au rez-de-chaussée un garage et une buanderie, mais pas de chambre – il se peut qu’aujourd’hui il s’agisse d’un studio dans lequel un adolescent regarde sur son téléphone portable quelque série stérile et interdite – il ne m’est pas tellement douteux que les acteurs soient des fantômes, j’aime savoir que Norma n’existe pas ou alors qu’elle ne représente que la mort simplement et qu’elle aime à se saisir de l’amour qu’elle éprouve pour le vieux salopard Fauteuil (j’ai dans l’idée que « salopard » ne suffit pas à le qualifier, il se trouve tenu dans l’éventail créé par des Eichmann et autres Mengele, lequel est mort au Brésil, la ville se nomme Bertigoa – à l’ouverture de la fiction (l’étude en beige) il y avait cette volonté, elle s’y trouverait toujours (j’ai retrouvé la maison là-bas, du côté de la plage, Sao Paulo et palmiers) – il me semble avoir repéré quelque part une affaire de cet ordre pourtant, il y a un livre écrit sur ce thème – l’immonde saloperie médicale Mengele est mort en soixante-quinze (il s’est noyé, l’enflure) – les choses se resserrent, mais non, « salopard » est indiscutablement insuffisant) (et la prise en compte de ce thème, de cette ambiance, de ces souvenirs qui n’existent pas, la volonté de s’y débattre, d’y aboutir, d’en faire une espèce de centre de l’histoire tout en voulant s’en échapper, est à mettre à l’actif de cet individu qui écrit, qui n’a pas d’autres exigences que de tenir la distance – une saison en atelier sans doute – mettre au point quelque chose, et savoir qu’on peut aller au bout, s’il s’agit d’un terme – ça ne faisait aucun doute, ni question ni discussion intérieure, jamais d’ailleurs – et dans les mêmes dispositions (j’aime beaucoup « disposition »), on peut aussi déceler que, de cette sale histoire de trente-neuf quarante-cinq, des juifs et des autres assassinés par l’ordure, humaine cependant, ce n’est pas douteux, tue par mon père, elle aussi, comme celle de l’Algérie, serait-elle française, de cette organisation armée secrète, des bombes sous les tables des cafés alors que la neige envahissait les rues de A., le simple fait de n’en pas parler (à table ou ailleurs) implique qu’elle ressorte dès qu’une ouverture bée (quand on ne sait pas où on va, probablement un pli, une route, une tendance, un souvenir effacé prend-il le pouvoir ou le dessus ou essaye simplement de parvenir à la conscience) – après tout, ce sont les tirets et les parenthèses, le délice de ne pas terminer les phrases, de ne pas poser de point final, il y avait sur le bureau dans la maison brûlée le Grévisse dans lequel j’ai découvert à cinquante ans passés le pluriel de amour délice orgue – ce qui renvoie directement à l’école primaire du mois de septembre soixante et à la dictée rétrogradataire de neuf heures du matin qui, à dix heures, de la neuvième me renvoyait en dixième – un peu comme pour les consignes d’ici, je n’y avais rien compris, ce n’est pas de l’incompréhension, exactement tu vois, non, c’est qu’à un moment, je préfère ne pas y penser et me laisser aller ailleurs, les choses et les images viennent, je me souviens du petit chemin qui, en mars me permettait de me retrouver non loin de la maison avec encore quelque lueur au ciel : ce n’était pas vraiment un raccourci, simplement les jours rallongent obligatoirement, fatalement, c’est le destin quand on va au printemps – de la même manière aujourd’hui arrivant en Normandie venant de l’est, dans quelque soirée assez entamée, il se trouve qu’une lueur reste du jour – il y a des choses que je ne discerne pas, toujours pas, par exemple le fait qu’il ait bien fallu, un jour de soixante, partir pour se retrouver dans ce Constellation peut-être même était-il super, nous étions cinq enfants, en cousinade, derrière nous se tenaient nos mères, nos pères étaient des frères, déjà partis rapatriés disait-on improprement – et comme pour le début donc, le commandant de bord – il porte une chemise à manche courte (ça se nomme une chemisette), des galons ornent ses épaules – faisait dans son micro {« hello ladies and gentlemen this is the captain speaking… »}

 

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2 Comments

    re-lecture augmentée de photos !

  • (Ça remarche !
    Un problème de curseur ?)

    Oui, heureux de voir que Trump est parti (enfin, presque) se faire voir ailleurs. Espérons que Biden aura le courage (et la force) de mener à bien les réformes indispensables qu’Obama avait lancées et que l’autre avait démolies.

    Un petit tour de Google à l’étranger ouvre des horizons en ces temps de confinement, c’est d’ailleurs tout le paradoxe : on voyage d’autant plus « en distanciel » (comme ils disent) quand on est enfermé à double tour chez soi !!!

    Bon séjour à l’extérieur de la capitale, tant qu’on peut encore s’évader… et à bientôt (« dans un mois, dans un an »…) au Carillon ! 🙂

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