Pendant le weekend

d’Irlande

Ce mois-ci, pour les Vases Communicants, « Pendant le Week-end » a le grand plaisir d’accueillir Anne Savelli, pour un texte à contraintes, tandis qu’elle a la gentillesse d’accueillir Piero Cohen-Hadria sur Fenêtres Open Space.


d’Irlande



Il est là, il est toujours là en journée, adossé à la grille, assis sur un sac de sport ou debout près du marchand de bonbons.





Des mois que je l’y croise, des années peut-être, immobile, silencieux, des mois et des années de regards évités, réciproques.

Je t’entraperçois me demande ce que tu regardes.


Quand il fait si froid, pourquoi reste-t-il là, pourquoi n’entre-t-il pas dans la bibliothèque située juste en face ? D’autres le font.






Je le regarde du premier étage, rayon disques, Elvis ou un autre entonne un chant de Noël, entraînant, me traîne dans son sillage, neige et salle à manger décorée or et vert, parfum de dinde et papiers froissés tout y est, il faudrait un casque anti-bruit comme on en trouve sur les chantiers pour ne pas se laisser envahir, bercer par les chromos 50′s, par delà les rayons de livres, les étagères de DVD nous voilà tous plongés dans une comédie dramatique, un Capra, un Lubitsch années 30,  noir et blanc qu’on aurait cru voir en couleurs.

Non, ce serait moins subtil, une simple image d’Epinal.




Des mois que je le regarde, été comme hiver, tondu ou encapuchonné, grand, la peau rouge et tannée. L’ai toujours trouvé beau.




Cette pièce, premier étage de la bibliothèque, n’a pour seul intérêt que les baies vitrées donnant sur les grilles de Col Fab, la bouche de métro, le siège du PC. Pas de parquet ciré comme dans le château de Saint-Ouen, la mairie du Xe, la bibliothèque pour enfants de Saint-Germain-en-Laye. Pas de coussins mais des fauteuils où ceux du boulevard trouvent refuge.


Je le regarde, ce bel homme de la rue qu’on dirait irlandais, fais attention, ne voudrais pas qu’il le remarque (pas trop).


Plus loin, dans les jardins de Chaumont-sur-Loire, on détruit, on brise menu le travail éphémère de Bob Verschueren, branches et troncs, lignes et feuilles et leur cent nuances de gris.


Je le regarde, une lettre de rappel en poche. Ne l’ai jamais vu tendre la main. L’ai toujours vu bien habillé. Ne l’ai jamais vu discuter. L’ai toujours vu regarder à demi, en biais, comme je le regarde moi-même. Parfois on suppose qu’il a bu mais il reste immobile, oeil clair. Un arbre, lui aussi.


Je le trouve beau, l’ai toujours trouvé beau, c’est tout.


(comme un homme, un homme d’Irlande c’est tout)


Anne Savelli.

Les contraintes :

- le décor du boulevard de la Villette, à Paris, qui sépare le dixième du dix neuvième arrondissement sur toute sa longueur (de Jaurès, la place Stalingrad, à Belleville);

- cinq photos, une heure de travail;

- employer cinq mots/expressions/noms -MEN- pris suivant l’humeur dans le texte dénombrant la pléthore de ce qui se trouvait, ce jour-là, sur le bureau (ou sur la planche à repasser) (on ne sait pas trop) (ces mots/expressions/noms -MEN- sont marqués par des liens pointés vers l’article du blog Fenêtres Open Space).




La liste des participants aux Vases Communicants de ce mois de décembre 2010 (un grand merci à Brigitte Célérier) : 

Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/ et Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/

François Bon http://www.tierslivre.net et Michel Volkovitch http://www.volkovitch.com/

Christine Jeanney et Kouki Rossi http://koukistories.blogspot.com/ http://tentatives.eklablog.fr/ce-qu-ils-disent-c138976

Anthony Poiraudeau http://futilesetgraves.blogspot.com/ et Clara Lamireau http://runningnewb.wordpress.com/

Samuel Dixneuf-Mocozet http://samdixneuf.wordpress.com/ et Jérémie Szpirzglas http://www.inacheve.net/

Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/ et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net et Jean Prod’hom http://www.lesmarges.net/

Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Silence http://flaneriequotidienne.wordpress.com

Olivier Guéry http://soubresauts.net/drupal/ et Joachim Séné http://joachimsene.fr/txt/

Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/ et Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/

Anita Navarrete Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Landry Jutier http://landryjutier.wordpress.com/

Feuilly http://feuilly.hautetfort.com/ et Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com

Arnaud Maïsetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip et KMS http://kmskma.free.fr/

Starsky http://www.starsky.fr/ et Random Songs http://randomsongs.org/

Laure Morali http://lauremorali.blogspot.com/ et Michèle Dujardin http://abadon.fr/

Florence Trocmé http://poezibao.typepad.com/ / et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/

Isabelle Buterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Jean Yves Fick http://jeanyvesfick.wordpress.com/

Barbara Albeck http://barbara-albeck.over-blog.com/ et Jean http://souriredureste.blogspot.com/

Kathie Durand http://www.minetteaferraille.net/ et Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/

Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/ et Loran Bart http://noteseparses.wordpress.com/

Shot by both sides http://www.shotbybothsides.org/ et Playlist Society http://www.playlistsociety.fr/

Gilles Bertin http://www.lignesdevie.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com

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5 Comments

    [...] Anne Savelli et Piero Cohen-Hadria [...]

  • t’as eu raison de teaser, pas déçue…

  • Merci Cécile, du passage par ici…

  • [...] et le restaurant chinois, les arbres et les taillis, à deux pas la bibliothèque, en face le Suédois assis sur son sac (il est d’Irlande), ce n’est que cette réalité là qu’on [...]

  • [...] y a ces points de repères imaginaires, ce sont eux le quartier : l’homme d’Irlande près du marchand de bonbons, les immeubles A et B à Colonel Fabien (ici le travail tue, affiche [...]

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