Pendant le weekend

Carnet de voyage(s) #66

 

Pas eu le temps de vraiment comprendre qu’en réalité, ce qu’il faut sous ces latitudes, c’est se lever tôt (cinq du) , faire son bazar comme il faut (et glisser quelque part, là, le(s) bain(s) : les Italiens disent « fare il banio » soit « faire le bain », nous autres le prenons, mais enfin ils ont raison : faire donc) , continuer jusqu’à la sieste vers deux ou deux et demi, un peu longue (jusque 4 disons) puis reprendre, la soirée, fraîcheur si possible, ne pas se coucher trop tard, parce que le lendemain, recommencer vers 5 du. Il y a peut-être là un rythme de travail : les types du jardin derrière le mur, là, venait vers 5 et demi ramasser des tomates ou des aubergines – il y avait dans l’oliveraie d’à côté, des citronniers, des orangers, des figuiers, des grenadiers, il y avait toutes les sortes de fruits, de légumes, des arbres, des terres ocres foncées soignées, des lieux magnifiques et verdoyants, calmes reposants dans la plaine des oliviers, non loin de la plage où on garait, le week-end, les voitures, à l’ombre des arbres parfois, dans ce champ qui jouxtait le bar où, vers huit heures et demi le matin, nous allions prendre un café (café latte aussi), où nous ne mangions pas de cornetto ( » tentazione » disait la serveuse en riant, avant de passer le balai sur la terrasse couverte d’un tulle peut-être presque blanc), et là brillait le soleil

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au loin vers le sud, on aurait pu voir Corfou, en se penchant à peine un peu, le soleil déjà haut frappait fort les cailloux ronds de la plage

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envahissait la vue, il n’y avait personne, peut-être un tenancier de bar, plagiste tatoué entongué short peut-être

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il me fallait un chapeau, deux cafés, mes pieds dans les sandales qui me blessaient les pouces, l’ombre des oliviers en revenant vers le bungalow, sur la droite, le lido San Mattéo, vert et rouge comme il se doit

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et derrière le promontoire qu’on voit au fond, on aurait été jusque Vieste au loin, mais en réalité, ce jour-là, ça a été Manfredonia et son musée logé dans un fort

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juste à côté du port  de plaisance

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(on fait fort dans les bleus, certes) et au loin, les nuages sur l’Adriatique

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des stèles anciennes, genrées (comme on dit maintenant : celles des femmes plus ouvragées que celles des hommes, eux figurés par des armes, elles par leurs mains croisées sur le ventre), une partie de plaisir avec les crânes (les personnes à l’entrée riant et plaisantant), au sortir une granite au citron, promenade peut-être, dans la rue principale, achat d’une petite cafetière au manche d’olivier (3,5 e), j’ai refusé d’en acheter une, un peu bêtement (le lendemain, j’en trouverai une autre, 4,5, à Mattinata), croiser un petit lion la patte sur un bouclier

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il vivait au trois, et de retour le soir,dernier jour, dernier soir, ménages et nettoyages, sur la table de la terrasse étaient les cailloux ronds, bagages et légère tristesse, le port, le prosecco, allongé de campari, oui, les cigarettes, des pizzettas l’une rouge l’autre blanche tranchées en huit, et le soleil qui s’en va

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non ici, c’est la plaine des oliviers, le matin, non le soir le soleil qui s’en va

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les parasols, les bouées, les lits la mer bleue toute la vie

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la merveille, le calme et les rires, la tranquillité (ces temps-ci, quelque chose souvent me serre : je me dis que ces choses – belles, si pures, gaies si heureuses- ne dureront pas, je regarde les exemples au hasard de l’actualité, le type égorgé, la guerre ici, les bombes les drones là, les convois humanitaires les livraisons d’armes, les vivants les morts, l’air qu’on respire, les astres qui ne cessent de tourner, et je me dis que ça ne durera pas, la même chose m’apparaît quand le soir, tard, dans mon lit, au chaud, au calme, sachant celles et ceux que j’aime tranquilles et sûrs, je me dis que ça ne durera pas et les rêves m’entraînent et je m’endors, rêve, repos, demain : il y a là de la magie, de la tentative de dresser contre la réalité quelque chose comme une montagne de sel, ou alors de sable, quelque chose, une conjuration, une superstition…)

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un vieux type met sa tête au soleil, les enfants rient, crient, jouent, secs amusés heureux, vacances des âmes, ne rien savoir que d’en rire

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les oliviers au loin, les arbres, les herbes, le soleil et la terre, je me disais le verre rougi à la main, écoutant les paroles, les drôleries les chicanes joyeuses et inoffensives des amis, je me disais qu’il fallait oublier

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et que l’oubli est plus simple quand on voit de belles choses, oublier la laideur du monde pour ne conserver que sa beauté, je me suis assis, et là une mouette

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j’avais multiplié les prises de vue de ce lieu, le restaurant du port

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ici avec plus de lumière, là dans l’ombre

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c’est que le bleu, les nuages du ciel, les vagues heureuses, sereines presque étales, et puis la mouette s’est éloignée

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a bientôt disparu, loin, très loin de nous

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les verres étaient vides

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presque comme la plage (sur le rocher un enfant joue encore, on le voit à peine, les nuages s’en sont allés, presque tous, il pleuvra peut-être demain, mais demain, ça ne fait rien, demain peut-être nous verrons, demain), et sur la table de la terrasse restaient les cailloux ronds volés à la plage

5 mattinata 21cette dernière photo spécialement dédiée à GG, A, E et J

 

 

 

 

 

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2 Comments

    oui retrouver les rythmes naturels dans le jour (mais euh j’ajoute un second sommeil entre sept et neuf heures et quelques, plaisir de vieille)
    et oui puisque savons à la longue que ne pouvons rien faire contre tout ça « dresser contre la réalité quelque chose comme une montagne de sel, ou alors de sable, quelque chose, une conjuration, une superstition… » et la beauté quand la trouvons ou la dénichons

  • […] manquent tout de même) on boira un martini (comme nous nous l’étions promis, en partant de Mattinata, cet été), l’un rouge l’autre blanc, partir, revenir, les hauts de Gênes, une ville […]

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