Pendant le weekend

Carnet de voyage(s) #69

 

 

Il y a toujours des chansons qui étreignent : c’est ainsi, alors est-ce spécial au rédacteur, je ne sais, je ne crois pas, mais il y a quelques jours que « puisque tu pars » tourne un peu ici (certes, syntaxe médiocre, propos un peu illusoires mais enfin, on fait ce qu’on peut), « si tu te trahissais, nous t’aurions tout à fait perdu » dit-elle, ou encore « cette force de penser que le plus beau reste à venir », et comme j’ai des choses à faire, notamment ces carnets, et qu’il me souvient, tout de même, que ce doit être fait (déjà vingt jours que j’en suis revenu, de cette magie), les images se manifestent, l’aéroport d’arrivée, semblable à tous les autres aéroports du monde, une gare et des flèches (rouges, bleues, chemin tout tracé, certes mais virage à gauche à la prochaine porte)

2 gênes 1

on arrive, on sort, cherche l’arrêt de bus, attendre, payer (6,50 euros la place à la machine, au conducteur 7,50) dehors, il y a du soleil, on fume on attend le suivant, on monte (5) s’assoit, là on entend au téléfonino cette femme

2 gênes 2

la douceur du vert des rideaux et elle qui, tout au long du voyage (50 minutes) ne cessera pas de parler (on le voit ah je ne sais plus, sans les mains ? l’oreillette, le téléphone, la mama enfin, on rit) (mains libres ça s’appelle, voilà), l’autobus passe par des banlieues, des lieux inconnus comme Badini ou Borgaro Tornese puis les faubourgs (j’aime les faubourgs, je ne sais quelle est cette rayure ou ce pli d’âme, il y a quelque chose comme dans « Rocco et ses frères » (Luchino Visconti, 1960) ou « Mamma Roma » (Pier Paolo Passolini,  1962), Milan ou Rome, bien d’autres encore, ici c’est Turin), l’appareil a fait un film, je n’ai pas de photo, tant pis, aller à la gare (le bus s’y arrête, terminus, devant un café où on achète les billets à 6,5, sous des arcades – car Turin est emplie d’arcades, cependant cette ville, moi, je ne l’aime pas trop…) et chercher le train (tu sais pourquoi ? à cause de la FIAT, à cause de « La Classe ouvrière va au paradis » (Elio Petri, 1971) ou est-ce à Milan ? on se souvient du « Ouvriers, n’oubliez jamais que machine plus attention égalent production », peut-être plus à cause des Agnelli, à cause, à cause, voilà tout), prendre un billet à la machine (6), à 12 euros, et puis chercher, le quai, le train, le soleil, le trouver, là, voilà ici, vers Asti (on y sent le vin, ouvrant les fenêtres-les fenêtres des trains qui s’ouvrent, ça existe, oui) et Alessandria, on s’assoit il est dix heures et demie, voilà

2 gênes 3

partir revenir, voilà, le temps de parcourir cent cinquante kilomètres, peut-être, somnoler et rêver, il sera une heure, je ne sais plus, Genova Principe, on le sent, on le sait, la mer est là, non loin, en bas de la colline, les immeubles et les hôtels la vantent

2 gênes 4

je vois qu’on ne le voit pas ou mal, zoom avant alors, on y voit un peu mieux

vista al mare

« vista al mare » nous dit-on (vue sur la mer-en italien, la mer est au masculin-faut le savoir- et la mamma a deux m) (j’adore l’italien)  mais le robot fait mieux le point (c’est donc l’hôtel Aquila dont la façade s’étiole un peu)

vista al mare 2

rejoindre la pension, à pied, le long de la strada Balbi puis de la via Garibaldi, piétonne, on longe les palais blanc, rouge,  les musées, on avance et on passe devant le sous-terrain (je ne sais s’il est interdit aux piétons, on y voit un vague air de Rome aussi…) dit galleria Nino Bixio (qui est-ce donc ? un militaire, qui a aidé Garibaldi pour l’unification du royaume d’Italie, 1850 1860 etc…) arrivée, neuf heures après s’être levés, on se repose, on va chercher quelques grains de raisin, quelque morceau de pain et de fromage, des tomates et on retrouve la fenêtre de la chambre cinq

2 gênes 6

on ira se promener, prendre l’ascenseur pour admirer le panorama de la ville (sur la photo suivante, « PANORAMA della CITTA » en un demi-cercle souligne l’entrée de la desserte vers l’ascenseur nommé Portello Castelletto (le portillon vers Castelletto) dont on verra plus loin l’aboutissement, sorte de petite maison construite en haut d’une tour : ce que j’aime, cependant, dans cette photo du robot, c’est cette dame, assise, attendant l’autobus, gauche cadre)

portello Castelletto

mais ce sera plus tard, ici panoramique à 90 degré on obtient

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dans le soleil qui au loin, du côté de la Lanterne (le phare de Gênes) ira se coucher vers huit, on attendra là-haut

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on voit certes quelques touristes, mais surtout des gens normaux (j’aime à savoir que le tourisme est anormal, et pourtant ne rien faire que regarder quelle drôle d’idée, quelle patience faut-il aux autotochtones pour accepter la venue de tant de gens d’ailleurs ? soixante quinze millions en France, le monde bouge donc ? )

2 gênes 9

l’astre s’en va, les énormes cargos-croisières manoeuvrent dans le port, plus loin des énormes porte-conteneurs attendent puis on les décharge, on range (après demain, lors de notre visite à la Lanterne – il y a là un parcours pour piétons et muséographique difficile à parcourir mais qui longe le port – on s’approchera des ferrys, de la gare maritime et de ce lieu de la ville qui, par ces différences, est tellement attachante) le soleil a disparu, pas encore

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tout à l’heure, sur l’arrière de la colline, on découvrira cette part de la ville, vers l’ouest, et demain, nous nous promènerons dans cette autre part, l’est

2 gênes 12

ici l’arrivée de l’ascenseur dans la lumière du couchant, les montagnes avoisinantes, on les gens qui arrivent, le soleil qui s’en va, un soir à Gênes (je poste, je poste, mais en restera-t-il quelque chose ?  je lis que l’un ne trouve plus de satisfaction suffisante à ses billets, un autre qui s’arrête ici, là, on contribue, on avance tout de même, on part en voyage mais les finances sont au plus bas, on essaye de trouver du travail on n’y parvient que mal, peu, difficilement, hier les élèves d’un ami prof dans une école d’art lui disait que ses billets avaient l’air de dater des années je ne sais quand exactement, des débuts du point zéro, sans doute, je ne sais pas, des images et des mots, sentait-on ici – à Gênes, en France, ailleurs – fin trente six que l’Espagne allait agoniser sous les bottes qui le tenaient droit cette abjection de Franco ? Savait-on début soixante treize, chez Allende, qu’un certain onze septembre, il mourrait sous les balles de l’agence maquillées en suicide ? Colonels ici, généraux là, armée, Syrie et Kurdistan indépendants ? Quelle vie, quelle guerre, quels sangs encore pour rougir la terre ? ). Le soleil s’en va, on ne cherche pas vraiment un restaurant (il y en avait un, là, juste là, mais on l’a ignoré par ma faute, son « air » m’avait indisposé)

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et il est tard, on marche, doucement, près de l’entrée de l’autre ascenseur (un funiculaire, ici plutôt, les mots me manquent tout de même) on boira un martini (comme nous nous l’étions promis, en partant de Mattinata, cet été), l’un rouge l’autre blanc, partir, revenir, les hauts de Gênes, une ville ailleurs

 

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2 Comments

    les couchers de soleil sont toujours attractifs (les couchers de blogs un peu moins).

    Mais c’était quand, ce voyage, c’est la suite d’un Gênes déjà entrevu, le même ou le retour à nouveau ?

    Je pourrais croire que tu es sans cesse en train (ou en avion ou en bus) de voyager, mais ça ne me gêne pas – en fait.

  • @ Dominique Hasselmann : fin septembre, j’y suis retourné (sans un sou, bof) mais n’importe : la ville est belle, et les couchers de soleil en effet toujours assez attractifs (les levers sont plus difficiles à observer…)

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