Pendant le weekend

Dix neuf quatre dix sept Cinquante (an II)

 

 

Après cette espèce d’auto-référencement proposé par François Bon et la fin définitive et provisoire du désordre il est peut-être  nécessaire de mettre au point quelque chose comme une feuille de route. Le cinéma tient une sorte de place dans ces éphémérides, prépondérante peut-être (c’est un passe-temps tout au plus, cependant : j’agonis le milieu, les castes, l’idéologie abjecte qu’il transporte avec lui notamment vis à vis des conditions de travail et de la convention collective attachée aux dites conditions, ses moeurs pour tout dire, le libéralisme éhonté dans lequel il se meut, son corporatisme protectionniste, la primauté de l’adage « il n’y a que ceux qui travaillent qui travaillent« , ces histoires de « famille » et ses tentatives de se donner bonne figure) (tout ça est fort négatif en regard, pourtant, de la merveille que peut être la vision d’un film : elle excède tout – ou partie – de ce qui est relevé précédemment, elle reste là et c’est tant mieux ).

Il y a sur le métier les entretiens pour l’aiR Nu (dont celui avec Frédéric Ciriez qui est sur le feu depuis un moment, mais qui va être publié; un autre avec Sylvie Croquelois, chef de fabrication de l’atelier Babouot – qui réalise, entre autres, les divers exemplaires de la collection « la Pléiade » de la maison Gallimard (c’est le nom de la rue où gît le siège social d’icelle); des imprimeurs ont été approchés, des transporteurs des distributeurs, j’ai mis en action quelque chose comme la liste des personnes connues, enfin je tente d’aller mon train (bon, je veux le croire) mais nous ne sommes pas tellement riches, ces choses ont un prix, il faut tenter de vivre…

il y a ensuite les autres chantiers plus personnels (comme ici, les diverses séries que je ne nourris plus guère – je ne voyage plus – une fois par an peut-être mais ça peut changer; je veux regrouper les images d’avant et d’après le feu de la maison et essayer de poser des numéros « sur le bureau » et d’autres encore notamment en images), une tentative avec mon ami photographe, une autre avec pour thème Charlotte Delbo

(un livre à lire, mais autant à penser, je suppose); le travail courant tout autant qui prend temps, énergie et réflexion; le cinéma enfin (ferme la porte il entre par la fenêtre) parce que c’est comme ça : les images animées bien qu’ici elles restent fixes (quelque chose avec cette façon de montrer ne me plaît pas, c’est sans doute l’illusion) : c’est à ce propos que je pose ici cette image

nous allions voir (je ne sais plus exactement) mais c’était dans l’officine des bords de canal, il n’était pas huit heures, le soleil à l’ouest se taillait (comme à sa déplorable habitude) (mais j’aime la nuit pour son calme) et l’image avait à être tirée – c’est souvent assez valorisant et épatant, un coucher de soleil, un peu comme lorsque tombe la neige, bien que plus fréquent je reconnais – nous allions entrer et sur l’écran se déverseraient ces publicités honteuses à la seule vertu de l’ipéca avant la projection du grand film (c’était « Corporate » de Nicolas Silhol, 2017 – rien que le titre raconte ce cinéma-là, il vit d’ailleurs dans ces salles-là…) (j’ai retrouvé : il y a ici un carnet

sur lequel nous recensons les titres des films vus date réalisateur et autres) mais l’image précédente montre outre l’astre ennuagé quatre militaires qui patrouillent (je les approche).

Je ne les avais pas vus (ni le type qui les suit d’ailleurs). C’est ainsi que va ce monde-ci : des hommes en armes patrouillent dans les rues, et nous nous y sommes faits… état policier, d’urgence, terrorisé et en but au terrorisme (les six et neuf août quarante cinq; les onze-septembre; les attentats de quatre vingt quinze; ceux des sept et neuf janvier deux mille quinze, et du treize novembre quinze et du quatorze juillet seize; et la liste est longue, ici partielle, vaut-il mieux oublier ?) : je mélange tout, oui, voilà, j’aime l’histoire tout autant que le cinéma, j’en connais moins les rouages mais je sais aussi qu’elle est écrite par les vainqueurs : ces temps-ci, j’ai quelques terreurs, c’est vrai, nocturnes, diurnes, éveillé ou les yeux fermés pour qu’ils ne pleurent plus. Mais sur la planche, le pain.

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3 Comments

    plaisir de ce qui nous attend ici
    et oui sommes habitués à ces présences (au point d’ailleurs, vois ça aux entrées de spectacles, d’en plaisanter et de ne même plus faire semblant de vérifier vraiment)

  • C’est drôle, le hasard (plus que la campagne électorale actuelle) : j’ai été voir hier, au même endroit : quai de Loire, MK2 (le nom que tu préfères ne pas écrire), « Corporate », et à l’aller j’ai croisé les mêmes militaires, comme s’ils s’étaient trompés de chemin…

    Un film qui ne laissera pas un souvenir imprimé au fer rouge !

    Qui viendrait ici dynamiter le joli petit bateau qui rend hommage à Jean Vigo ?

    Orléans : sur les bords de la Loire, j’avais vu l’embarcation « L’Inexplosible »… et donc pas de soldats avec Famas et gilets pare-balles aux alentours !

  • @brigetoun : on ne prend pas le bon pli, j’en ai peur…
    @Dominique Hasselmann : je prends ce petit bateau par plaisir (Zéro de conduite, c’est ça je crois son nom) et pour « Corporate » c’est dommage…

    Merci du passage en tout cas.

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