Pendant le weekend

Oublier Paris #60

 

Dans les souvenirs qui s’échafaudent tous les jours, il y avait un type (on le nommait censeur : c’était au début des années soixante, il y avait là un intendant, un surgé -surveillant général chef des pions j’imagine- un protal et tout le bataclan propre à infliger aux élèves cette sorte de soumission militaire qui avait cours alors dans les lycées – il n’y avait pas de collèges imagine-toi) qui s’appelait « Colin » (à moins que son patronyme n’ait comporté deux L je ne sais) je ne me souviens plus très bien de son visage, mais de ses lunettes cerclées de fer oui, s’il tapait quarante, ça lui en fait quatre vingt dix à présent, et ça ne peut pas trop l’offusquer, mais en relation directe avec l’actualité d’alors, nous usions de la contre-pétrie « ça pue les colins!! » pour avertir les congénères de la venue dudit censeur.

Nous ignorions alors que la photo du journal qui nous faisait (un tout petit peu, je me souviens) rêver était due au même Jean-Marie Perier (fils de François qu’on aime tant -entre autres donc- pour son rôle, Heurtebise, auprès de Maria Casarès (« Orphée », Jean Cocteau, 1955)) ou de Henri Salvador (« l’ami public numéro un » dans ce souvenir et cette chronologie) qui a commis celle qui sert d’objet à ce billet.

Cette photo, de famille ou de classe, orne les murs du métro ces jours-ci (j’ai eu quand même quelque peine à la trouver, elle m’a happé, mais je ne fus pas, ce mardi matin-là, le seul

groupe lino 1).

Elle se compose d’un certain nombre de personnages – probablement des comédiens et des artistes (quarante et un) – et elle est exposée afin de favoriser des dons donc (fiscalement (?) avantageux (??)) envers une association (Perce-Neige, pour la nommer, dont Lino Ventura est, a été et demeure le parrain) (on peut d’ailleurs donner si l’on veut ici). J’en suis le témoin et le relais, oui.

Outre que le chiffre m’importe ces temps-ci (comme une sorte de kripto-mono-manie illusoire qui se serait emparée des titres du journal) (je veux dire ce sont les cinquante berges de cette association, et voilà qu’on se permet de nous fourguer une photo de quarante et un personnages : où s’est donc perdu notre symbolisme logique, cartésien, légendaire ? j’erre et ne sais), d’autres stigmates m’ont fait regarder de plus près cette image.

groupe lino 2

Je reconnais que manque le point (qu’on ne s’affole pas, il va venir) mais c’est (un peu) (à peine) pour indiquer que, s’ils sont quarante et un, la première des hypothèses qui vient, dans l’esprit assez tortueux du sociologue, est celle du genre : si le nombre est impair (et de plus premier) (qu’est-ce que je te disais ? ça ne cesse pas de travailler, là-dedans), c’est qu’un groupe est plus nombreux que l’autre (de là à en déduire qu’il est plus important, il y a un pas que (comme disait Brassens que « la morale réprouve ») je ne franchis pas).

Voici la brochette à (au) point

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pas encore complètement, mais de travers. Il a été impossible à l’opérateur de prendre une photographie de ces gens de face (je ne sais pas, ou je n’ai pas le temps, je crains qu’on me repère, qu’on ne m’emmerde en me posant des questions invasives, impolies, grossières ou rustres : je fais ma photo et je me tire).

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Les voici : on comptera trente messieurs et onze dames.

On va dire qu’on s’en tamponne, on aura raison aussi. Cependant, un peu comme dans la maison(s)témoin et cette série que j’ai produite Femmes cinéma 1, 2, 3, cela nous indique quelque chose. Mais je dois à la vérité de dire que je ne (re)connais aucune des gonzesses : si les types, passe encore j’en reconnais huit ou dix, les gonzesses niet…

J’ai vieilli. Certes, comme nous tous. Ca n’explique pas tout : j’ai décidé donc de regarder cela de plus près.

groupe lino 5

Je commence par en bas, à gauche : ce qui apparaît

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– outre les sourires, parfois loupés – ce sont les systèmes pileux – les sourires pas partout, les barbes si-pour le moment.  On a omis la fille du milieu (elles et ils en font tous partie, jte ferai dire) :

fille du milieu

Ca n’a rien de facile.

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On remarquera que sur les neuf spécimens mâles, tous portent la barbe (naissante, fournie, adaptée aux rôles qu’ils doivent tenir -c’est le cas de le dire – : qui en a quelque chose à faire, de la raison pour laquelle ils la portent ?)

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En voici ici deux glabres (je les reconnais, je sais qui ils sont – je vis dans l’ombre, ils sont dans la lumière, depuis des lustres et d’autres encore… mais semblables – : pour les autres…)

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Ici un couple, lui glabre tente de sourire (j’ai vu sur le « making off » diffusé sur le site qu’il est arrivé en retard..) elle se marre : très bien.

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La moustache de celui-là, les lunettes de cet autre, l’épaule nue de celle-ci

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ça continue niveau reconnaissance

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ici aussi, (pour elles : rien; pour eux plus)

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qui sont ces gens-là ? je me le demande (on s’en fout que je me le demande, je sais bien)

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tout de même je reconnais ces trois là (ils sont tout en haut de la pyramide au centre : les plus connus ? les plus reconnus ? les plus haut placés dans l’imaginaire ? Ceux que tous nous sommes censés identifier ? On se perd en conjecture, c’est que la photographie publicitaire a quelque chose d’énigmatique -c’est beaucoup lui donner – et quelque chose de tellement mensonger – on ne fait pas le point – et aussi quelque chose de tellement exact).

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mais ces quatre là ?

Tout ce beau monde regarde la caméra, l’appareil photo, les main sur les épaules (cette camaraderie), tout le monde (ou presque) sourit ( quarante et un visages qui sourient en même temps, et Mona Lisa seule au monde…). Sur les trente hommes, dix huit portent barbe (c’est la mode voilà tout -ça fait beaucoup, j’agonis) et je crois qu’on a mis les plus jeunes en bas (en même temps, les vieux… : « j’ai mon rhumatisme/qui devient gênant » disait Michel Delpech qui vient de se tirer -comme Piero Boulez ou Michel Galabru, et tant d’autres en même temps) (je ne résiste pas : la suite des paroles fait comme ça : « on m’a dit que Mick Jagger/Est mort dernièrement/ j’ai fêté les adieux/ de Sylvie Vartan/ Pour moi y’a longtemps/que c’est fini/ j’comprends plus grand chose/aujourd’hui« … etc).

Disons qu’il s’agit d’un hommage, et allez roulez, jeunesse…

 

 

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1 Comment

    mais pour le nombre d’hommes et de femmes, ils viennent (ou Lino Ventura et sa fondation… non elle est un peu plus jeune) du temps de ma jeunesse, il y a je ne dirais pas combien d’années, de ce temps où un garçon peut croire qu’il n’y avait pas de collège mais où celles qui furent élèves en ce temps là savent que si, et que c’était le nom un peu différent, dépréciatif, des lycées qui nous étaient dédiés – n’y avait pas encore de mixité
    On se vengeait (je me suis vengée) en étant reçue aux examens en plus grand nombre que les garçons

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