Arno Bertina notes de séminaire (2)
Rubrique(s) : Carnets de Pierre Cohen-Hadria / L'Employé aux écritures / Questions de méthodes
14 mars, 2026 0
Catherine Coquio – professeur de littératures comparées paris 4 et 8 puis Paris Cité (2014 Roms tziganes nomades malentendu européen)
(CC) (autoportrait – ndc) problématiques principales : antinihilisme et les antinihilistes – quelles questions poser pour des formes de réparation possible; le monde contemporain, des témoignages terribles:comment la vie parvient à s’accrocher ou comment elle renaît; pas d’accablement mais des épreuves (pas accablant éprouvant); il n’y a pas désespoir dans la marche du temps; chercher trouver ce qui s’invente du côté du vivant,les gestes humains et politiques;Baudelaire « quand on ne croit plus, le monde va finir » – et l’esthétique, puis lapostérité de Baudelaire;les réponses apportées;le rapport du nihilisme au messianisme, à l’anarchisme,puis tout le continent des utopismes : Walter Benjamin – les génocides, les exterminations : sous l’angle des épreuves, en passant par Scholem, Kafka, les judéo-allemands; Broch, Karl Krauss Eicher – puis des les années 90,les retours du génocide (Rwanda, Yougoslavie) après la shoah et le goulag – et l’Algérie – après avoir lu Paul Celan, Robert Antelme, Primo Lévi,Irving Wohlfarth (sans doute) – étudier les crimes contre ‘humanité sous l’angle interdisciplinaire, socio-histoire anthropologie – comparer non, mais relier avec les événements, les littératures : André Rouveyre une œuvre foisonnante – laz thèse : la question du pzssimisme de l’ironie – rapport avec W. Benjamin
(AB) les trois livres : Charlotte Delbo (« Auschwitz et après I, II, III et IV ») mais aussi « Je suis ma liberté » de Nasser Abou Srour et Piotr Rawicz (« Le sang du ciel »)
Charlotte Delbo (1913 – 1985) – que dit la littérature ? trois auteurs pour témoigner (cf Imre Kertesz pour l’ironie – un peu) – penser à Adorno qui met la littérature en suspens : la poésie (la littérature) est impossible inadmissible après Auschwitz – la poésie arrive dans les trois livres (CC) spécialiste de Charlotte Delbo – a conseillé pour les 3 livres – dans les 3, le texte tourne au vers – (1) Charlotte Delbo arrêtée en 43 – au retour ses souvenirs écrits immédiatement (46),puis problèmes, puis 20 ans plus tard (travaillant) conscience interdire de les publier immédiatement – les relire – les publier 20 ans plus tard avec un œil changé – méthode rarissime en littérature (en vrai ce n’est pas une méthode mais plus une obligation »morale » – ndc, expliqué plus bas par CC) – durant la guerre d’Algérie (1954-1962), elle publie es lettres d’appelés chez Minuit – « Aucun de nous ne reviendra » aussi chez Minuit puis elle se lance dans une enquête : le convoi du 24 janvier (44) – une note biographique des 230 femmes de ce convoi – les retrouve et réalise presque toutes – 2 ou 3 pages par récit afin que les vies ne disparaissent pas dans l’oubli – (le collectif persistant dans les camps)
Piotr Rawicz : un seul roman (1961 – « le sang du ciel » donc) plus tard, 1969 un essai avec beaucoup de succès (traduit en 13 langues) (très Rimbaud Lautréamont) documente la deuxième guerre mondiale- documente l’extermination des juifs du côté de l’est : ukrainien -la déportation depuis l’est
NasserAbu Srour : (à Beyrouth en 2022, publication – puis traduction en France en 2025) perpétuité à 24 ans prison israélienne pour assassinat d’un officier israélien, e prison pendant 30 ans – libération le 13 octobre 2025 échange de prisonniers – un seul livre
(CC) les circonstances pour Charlotte Delbo – « aucun de nous ne reviendra » est un vers d’Appolinaire – irruption immédiate de la poésie donc – leb a ba du témoignage est bousculé tout de suite – pour en revenir à la genèse : en 1946 elle écrit des poèmes et des textes qu’elle montre à son « patron » (elle bosse avec lui – elle bossait avec lui avant guerre) Louis Jouvet qui lui dit « retravaille – il faut recréer » – mais c’est déjà réécrit et donc recréé – elley affronte la question de la non communicabilité – comment réapprendre à parler, écrire, lire etc.- dans les années 70, elle écrit à Jouvet (mort en 51) elle parle à ses spectres – (spectres mes compagnons 1977) comment l’ont aidée ses « compagnons »:dans le texte, par le théâtre (elle écrit 4 pièces dans ces années-là) -les spectres aident à la création du poète – : le langage de la poésie et de la prose – pour elle chez elle beaucoup de prosodie (le rythme) mais pas dans les vers – combler les exigences du chant – et donner une information plus haute et plus durable qui maintiendrait la vérité de la tragédie; une espèce de cosmogonie, voir faire voir et faire sentir
—> le « nous » féminin est séparé des hommes, utilise la scansion rythmique et l’extrême ralentissement (procédés de la littérature – contraire au témoignage ndc) – parler de l’étrangéisation – de l’art comme procédé; briser l’automatisme, ralentir ce qui est raconté – le plus possible – user de la désappropriation de la défamiliarisation de la déshumanisation- « de la connaissance inutile » et mettre au jour une différence importante entre parler et dire – les mots ne lèvent pas l’image : inventer une voix, un travail de l’imagination pour que les mots à nouveau relèvent et révèlent des images – le rêve qui revient – elles préparent une mise en scène du Malade imaginaire de mémoire – ils’agit de dépasser la croyance en la liberté il existe une folie d’espérer qui prend la forme d’un présent immédiat – attendre était impossible – une différence d’essence avec les prisonniers qui vivent dans l’imaginaire (de la liberté) : à AZ on ne rêve pas on délire – emprunter le langage de la poésie pour rendre les choses communicables – la mesure des jours – Delbo : caractère laconique, suspension du jugement, disparité des retours – faire passer expliciter sans le dire cette frontière de ce qu’on était alors à ce qu’on est devenu(e) – un travail sur l’émotion partagée;sur le sentiment de tendresse qui est un sentiment sacré
une structure narrative du témoignage chronologique- le « retourne travailler » de Jouvet (en 46) et ensuite le récit des femmes recherchées (chez Gonthier éditions) (de nos jours chez minuit – ndc) – pour son Aucun d’entre nous ne reviendra elle ne voulait pas attendre si longtemps – la dimension politique du texte – le pc, Delbo antistalinienne (les champs glacés de la Kolima; l’oubli rejet affectif de la mémoire dans lee récit qu’on en fait –
(AB) Delbo beaucoup citée partir des années 2000 – mais avant moins,l’accueil dans l'(édition a été assez frais
(CC) Jérôme Lindon a publié les 3 livres mais après « plus jamais ça » – un public d’estime; ensuite plus important,plus large; la littérature concentrationnaire (années 80-90) plus reconnue – et aussi plus reçue aux USA
Antelme était plus politique (1957) et Perec dans sa relecture dans un autre plan :la vérité de la littérature se lit dans la vérité du camp – la littérature comme un ghetto (début des années 60 et début des années 70):des violences très fortes faites au lectorat –
dans les années 80 elle écrit 4 pièces de théâtre les hommes une scène primitive – son Dudak (son mari) qui lui a été retiré (fusillé au mont Valérien en 1942 : elle le voit une dernière fois le jour même de son exécution) arraché plutôt – nostalgie, mythe personnel, très important (elle a 28 ans) très jeune femme séparée de son très jeune époux – deux collectifs :celui des femmes, celui des hommes, ne pas pouvoir protéger aider les hommes (féminisme un peu différent du contemporain… – à rapprocher du care évoqué par Charlotte Lacoste – ndc) – le fait devoir des hommes dans cette situation de décadence, de dégradation extrême d’humiliation (quelque chose qui irait jusqu’à frôler l’érotisme – pas celui de Bataille quand même mais une composante) – les corps – par exemple par ailleurs la robe de chambre de soie mauve; le rapport avec la Loriane de Proust – quelque chose du retour à la vie – ses spectres sont Alceste (dans le train) ; Fabrice (chartreuse rien à foutre de rien) à l’arrivée; et Electre et Antigone pour la fermeté le défit et le recours à la tendresse
– pour le retour (la faisant courte) Ondine (Giraudoux) – les compagnes se transforment en spectre, des amies perdent de leur réalité – Alceste revient et tous les livres lui sont rendus…
(AB) ensuite Piotr Rawicz – un témoignage plus une inscription dans la littérature – picaresque procédés littéraires – beaucoup de passages au poème (en tant qu’écriture en vers – la prose aussi moins) – procédés littéraires : pas de dates, pas de lieux, artifices littéraires – puis des envolées éruptives,lyrisme quelque peu- le livre est un gros succès à sa parution – et un an après polémique, les reproches d’Anna Langfus (1920-1966) prix goncourt 1962 – dans tout le livre l’ironie (rapportée à la traque, à l’extermination – l’univers concentrationnaire n’est que l’humanité elle-même) – unpeu dichotomique, « l’époque est passionnante » dit-il – dans un but purement littéraire – la controverse puis la colère retombent – c’est un livre un peu intenable : il ne parle pas des camps… alors qu’il ne parle que de ça –
évolution de la réception : s’agit-il vraiment d’un témoignage ? on passe à la limite – littérature comme œuvre puis témoignage – conçu comme universel intemporel : tout est normal –
(CC) c’est une forme d’ésotérisme – la base la culture juive orientale (marane – ndc) – Rawicz parle 4 langues couramment et 8 assez bien – l’ukrainien lui permet de se faire passer pour autre que juif (la circoncision comme une opération chirurgicale cause de maladie) – apprend l’arabe l’indi et autres à langues O à Paris – Hélène Cixous à propos de ce »sang du ciel » c’est le roi des livres » (très amie avec l’auteur) – un roman unique censé tout contenir – travaille ensuite chez gallimard s’occupe de l’Europe centrale reste assez pauvre – transmission d’une culture en France – parait en 61(de cette littérature on ne connaît encore que La Nuit d’Elie Wiesel 58) ou Le dernier des justes Schwarz-Bart (goncourt 59) Le sel et le soufre (Langfus) juive et résistante – procédés des déplacements fictionnels- littérature – ici culture peu religieuse, mais Rawicz lui oui, héritage de cette culture, immoralisme l’écriture du signe avec un grand S livre de la fondation, de la mystique juive,jamais de sublimation à cause de sa position de victime; montrer le monde authentique des gens de pouvoir – des relations d’amitié avec ces gens-là (directeur d’hôpital odieux etc.) : la domination a lieu aussi chez les juifs – le nihilisme n’est pas un jeu, l’apologie d’un peuple disparu, qui détruit le faible; la mystique juive : beaucoup de lettres destructrices qui volent en éclat mais lui n’est pas nihiliste plutôt du côté du messianisme; il a subi une expérience très particulière : dans le ghetto en fuite puis des faux papiers qui le font passer pour ukrainien (il se marie avec Anna Anka ensuite, après guerre) mais il cache son identité juive, passe pour un ukrainien chrétien résistant; la littérature c’est l’art de comparer – la queue opération médicale tardive ((AB) circoncision sur internet : deux images de pénis l’un circoncis l’autre non) – mais il parvient à faire la preuve de son ukraïnéité – comme il est polyglotte il parle très bien l’ukrainien – plus loin dans le livre dialogue sur la poésie, histrionique, attachant et détestable- joue sur l’imposture, reniement à se dire par la littérature, expérience douloureuse qui marque aussi son agacement vis à vis de la littérature concentrationnaire, un dégoût – le tsadik : le langage devient sacré, cette dimension-là et prend la forme d’une cosmogonie, sous l’emprise d’un dieu dément orchestrant cette scènehumaine de façon inexplicable – en 1931 W.Benjamin et le caractère destructeur – Kraus – se tenir sur le front de la tradition (pour la détruire, pour la proclamer) caractère nihiliste d’un univers beaucoup moins moralisant que chrétien – une apologie de l’exégète philologique une continuité de la narration au poème – un éloge de l’équivoque en temps qu’il serait le seul endroit où on peut fuir quand on est traqué (se suicide quand sa femme meurt – ndc)
(AB)Nasser Abu Srour : un lien très fort avec l’ambition littéraire – passage à la poésie aussi – lyrisme –
(CC) séparation d’avec Rawicz – la résonance avec la prison israélienne – passé plus de trente ans en prison – une éternité vécue à aménager – qui s’impose à inventer quelque chose pour vivre : la prison devient le lieu de la liberté – Yassin Al-haj Saleh le récit d’une Syrie oubliée une espèce de parallèle – comment on parvient à survivre; un consentement à la prison pour pouvoir vire. « Histoire d’un mur » titre en arabe de « je suis ma liberté » en français – « le mur a fait de moi son témoin » : un renversement des valeurs, une réappropriation; leur est son ami, une mythologie du mur, une cosmogonie comme Rawicz – il raconte pour la première fois faire le mur le passage vers une immense curiosité pour le monde; et un repli sur lemur carcéral qui devient son tout – qui lui permet de survivre – transmettre avec un soliloque un monde entier : celui de la résistance palestinienne, une épopée pleine de mensonges, mystifier et assumer la mystification nationalisme palestinien l’autre après la 2°intifada (2000) la scission du fait de la partition islamiste (Cisjordanie et Gaza) – dans la culture palestinienne on ne raconte pas les tortures (AB) un témoignage qui se lit entre les lignes (CC) un art de débusquer,d’extorquer sous la torture – condamné perpétuité suite à l’assassinat d’un officier israélien – puis à la fin l’histoire d’amour sous forme de roman épistolaire (avocate arabe mais elle rompt) évitement du témoignage factuel – elle rompt mais l’amour ne s’arrête pas – la séparation – etc.mais l’amour l’avait énormément vulnérabilisé – le livre tient aussi une critique du patriarcat palestinien (elle lui a fait perdre son mur)

