Pendant le weekend

Boxing Gym (Jim) de Fred Wiseman

Ray Sugar Robinson, Mohammed Ali, Marcel Cerdan… Je regarde le passé,

je vois aussi Gentleman Jim (il me semble y voir Errol Flynn, mais ce souvenir est flou – « Gentleman Jim », Raoul Walsh, 1942), je revois aussi, probablement mais avec moins d’élégance il me semble, Robert de Niro sa cure de grossissement, et « Ragging Bull » (Marin Scorcese, 1980)… La boxe (« Fat City », aussi, John Huston, 1972) comme le lieu de l’Amérique (l’accident de Marcel Cerdan, en avion, vers une revanche contre Jake La Motta pour le titre de champion du monde, 27 octobre 1949 – et Edith Pïaf donc, 72, rue de Belleville, Paris 20°), la boxe comme l’allégorie de l’Amérique (Jimmy Cagney, aussi, quelque part…), ou plutôt des Etats-Unis (struggle for life et tout le bataclan).

Ce n’est pas que je n’aime pas la boxe, mais je trouve ce sport (« noble art » s’il en est – je mets des guillemets, parce que taper sur la gueule d’un type jusqu’à ce qu’il tombe sous les coups ne me semble pas si « noble » que ça, mais enfin…- , comme le cheval est la plus noble conquête de l’homme, le turf et les jeux, les paris, la maffia et toute cette traîne de haine qui envahit ce pays), je trouve ce sport (ainsi que tous les autres, par ailleurs) trop imbu de binaire : tu gagnes ou tu meurs. J’estime qu’il y a d’autres choix.

Ici, le film montre une humanité  simple et sensible : l’une veut offrir à son mari quelques séances pour qu’il puisse enfin faire de la boxe, ce qu’il n’a pas réussi à faire (ce sera son cadeau pour ses 40 ans); l’autre veut se tenir en forme mais pas se battre; pas combattre; pas de compte à régler,

non, sinon avec son propre corps : on retrouvera ici d’ailleurs cette qualification que les Etats Unis mettent tant au jour, soit l’obésité (il me semble ici que ce pays paye une rançon très élevée – 30% de sa population en surpoids, dit-on – pour son univoque respect de ce capitalisme qui, partout montre ses plaies et ses manques). Le truc, le gimmick ou Mac Guffin est marqué dans le corps de bien des silhouettes de ce film magnifique.

Magnifique parce que tout y est : femmes,

hommes, jeunes et vieux, latinos, blancs et noirs, juifs ou musulmans-cette distinction n’a pas cours, cependant, à l’image- ou il ne m’a pas semblé – mais peu importe, justement – : tous y sont, tous à frapper le sac de sable comme s’il était le seul et unique tourment de tout leur ressentiment (!), frapper des pneus à la masse

avant de danser dessus, tous à danser, au fond, contre le mouvement du monde et la force de l’adversaire.

La patron du lieu (Richard Lord)

porte une petite tresse qui lui vient à la poitrine, il entraîne son petit monde (50 dollars en liquide par mois, le mois commence quand tu commences, tu repayes si tu veux continuer), les coups fusent

et partent (1, 2, 3, 4), on cogne, on se bat, on termine le round, on y va parce que si on n’y va pas, c’est l’autre qui ira et on comprendra alors, après un énorme uppercut à la mâchoire, de quoi est faite la révélation de l’assomoir.

L’arbitre aura compté jusque 10 : autrement qu’amateur, aussi, des professionnels qui « en veulent » et qui, donc en auront… Une vraie histoire, de vrais acteurs, un décor magique

contrasté (la salle de sport de Lord se trouve dans une banlieue d’Austin, Texas, USA), trois bouts de ficelle pour marquer le ring, abdominaux, sauts à la corde, essais devant la glace, entraînements, continuels et réguliers, une façon probablement de dompter ce qui, en soit, sourd et rugit.

Alors ici, quelques images qui rendent compte de la vraie féerie que Fred Wiseman parvient à donner à ces  images, mais ici arrêtées, ces images alors tout ne tient, au fond, que par un montage-image au millimètre et un montage-son extraordinaire. Un film de cinéma formidable.

 

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4 Comments

    Nougaro, aussi, Quatre boules de cuir,

    http://open.spotify.com/track/1bU78XjSnZuFP09Xyo6uXI

  • Ah alors aussi Yves Montand et « Battling Joe » si tu te souviens…

  • Raging Bull, un chef-d’oeuvre et un noir et blanc qui frappe en plein dans l’oeil, cocard en sortant de la salle de ciné lors de sa première projection.

    Mais tu ne parles pas de « Million Dollar Baby » de Clint Eastwood ? Certes, il date déjà de quelques années, mais on s’en souvient : rares sont les films qui montrent des boxeuses, des filles qui en veulent !

  • Je n’ai pas vu ce film d’Eastwood, c’est pour ça que tu vois… Dans ce film-ci aussi on verra des boxeuses…