Pendant le weekend

Pour mémoire (Journal de l’Air Nu #51 à 59)

 

(51). Lundi 4 mai 2020
un peu de Gilles Deleuze sur l’art indiqué par ma fille, repris par ana nb – conférence du tordu du cigare à l’université de Louvain – « l’information c’est un ensemble de mots d’ordre où on vous dit ce que vous êtes censés penser » – limpide (on appelle ça les actualités)

 

crampes d’estomac mal de crâne, dehors on promène le chien

 

on est déjà demain – le pire – le mieux – serait peut-être qu’il ne se passe rien – il n’y a jamais eu de morts, il n’y a jamais eu de virus, c’était juste une répétition générale avant le grand (pourquoi grand ? même pas, médiocre, moyen à peine) changement de mesure, de paradigme, de communication – les arts seraient foutus à la poubelle mais on ouvrirait quand même la nouvelle resucée de la bourse de commerce – la municipalité était heureuse de l’accueillir par un bail emphytéotique de 99 ans probablement (ne pas faire de jaloux : un autre multi-milliardaire bien de chez nous avait obtenu le même genre de caresse, pour implanter son « musée » dans le bois du seize) pour cette collection mirifique – la foire internationale d’art contemporain y avait déjà eu lieu, entre autres certes, mais on restait entre soi – et c’était tout à fait normal, seulement bien sûr il faudrait que les choses soient protégées – évidemment, des œuvres inestimables – je me souviens avoir lu quelque part que durant ce que les historiens (de quel bord sont-ils donc ? d’aucun ? allez …) nomment « la semaine sanglante » devant la poussée des Versaillais (les armées de l’ordure Thiers) les communards brûlaient les bâtiments, en allant vers l’est – la rue de la Fontaine-au-roi, un jour, vit venir à elle fut-ce un(e) édile, fut-ce peut-être un(e) auto-étiqueté(e) socialiste, afin d’y commémorer cette commune-là, cette dernière barricade-ci – ici, là, qu’importe ? Il faut communiquer – mais oui, de nos jours on a peur – la mort, la maladie, la souffrance, oui, quel beau rempart – aujourd’hui, on est en bonne santé, mais demain ? reprendre le harnais le joug pour qui et pour quoi faire ?

Une espèce de tradition, plutôt nordiste – je me souviens de la première apparition des Gilles dans l’univers d’alors : ils tiennent aussi de ce folklore – je me souviens aussi du Corso fleuri, des chars qui défilent dans la ville – cette espèce de tradition, le carnaval : libre cours aux fantasmes, sous couvert de faire la fête, laisser faire la libido, sûrement – cette horreur alors, je devais sans doute parvenir à la puberté, puis ensuite, il y avait durant un mois la foire sur les boulevards – la Saint-Jean, tout ce qui est lié avec la France, mais la jeunesse aussi : cette façon de vivre différente – le froid peut-être déjà – mais les institutions, le zoo, la Hotoie, la gare Saint-Roch, le train au fuel qui va à Calais, la tranchée de son passage en bas de la rue, la maison de Jules Verne, la statue à la Défense Passive (ces mots que je ne comprends pas ; ces gens que je n’aime pas – ce manque d’empathie, puis, après quelques mois, années peut-être, avais-je des amis en primaire, à l’école ? sans souvenir (mais sûrement) – plus tard, ceux de la rue, qui était les mêmes que ceux du tennis ensuite, puis ceux du lycée – mais aux premières années, non ? sans souvenir – lorsque ma mère s’en allait à Paris, elle prenait le train de huit heures, on allait à l’école seuls – mes seuls amis étaient mon frère et mes sœurs, les seuls êtres au monde de mon genre – les parents étaient ce qu’ils étaient (on les adorait, certes) c’étaient des adultes – l’image d’alors, ce carnaval où les gens déboulent dans les rues, ivres, « décomplexés » tu vois comme les mots ont un sens parfois, ils courent crient hurlent dansent chantent s’en prennent aux passants, aux passantes – on ne sortirait plus – le carnaval et tout est permis (des envies de meurtre, vraiment, pour la première fois de la vie – c’est ancré avec ici) – la soudaine venue donc de l’histoire du monde aussi – qui serait sans doute à poser en parallèle avec le cirque autour duquel il y avait (il y a toujours) un jardin, un square, les frères M. qui à trois ou quatre font « la chasse aux pédés » – ces frères aussi qui allaient faire du patin à glace, peu de temps – le carnaval, celui de Venise (jamais été) (je n’irai d’ailleurs jamais) – tout ça pour des masques (mais alors, là-bas, dans cette ville de foire, de fête, d’usine et d’école, dans cette ville d’un certain nord, non, de masques, ils n’en portaient pas) –

(52). Mardi 5 mai 2020.
dans le cerisier, hier soir, des milliers de guêpes (peut-être seulement des centaines – regardant les deux autres mêmes arbres, des centaines de guêpes, j’ai l’impression) – étaient-ce des guêpes ? – la petite panique des piqûres de guêpes, le souvenir de celles de Croix-Valmer aussi – et de Carthage (tellement loin) – vers deux, la pluie a commencé et malgré tout, j’avais (comme Adamsberg je suppose) le sentiment que les guêpes tournaient sans trop de bruit au début, puis un peu plus ensuite – je me suis endormi me suis réveillé à nouveau vers trois, puis quatre – la pluie tombait, les guêpes avaient disparu, plus ou moins, je les entendais encore en rêve – le ciel était noir ou gris : on a réduit les éclairages nocturnes dans la ville – pourquoi ne pas généraliser la pratique ? la peur probablement – il y avait aussi cette autre pensée en rêve peut-être qui s’enfuit aussi vite qu’elle est venue – l’une de mes filles qui me dit que l’autre se bagarre (ou « se chamaille »?) avec son ami.e –

un de ces jours-ci – hier ou demain, je ne sais plus – Moretti va vers huit heures du soir téléphoner au domicile d’Aldo – il va tenter d’influer sur le cours des choses, de convaincre que l’échange du président contre treize terroristes des brigades rouges incarcérées peut se résoudre à un contre un, qu’ils (ou qu’elles plutôt, ces brigades) ne demandent qu’un geste – geste qui concrétiserait certes leur existence politique (à ces brigades) comme force politique mais qui épargnerait la vie d’Aldo – au bout du fil, le gendre d’Aldo pleure, ou est-ce sa femme, enfin quelqu’un – il parle à quelqu’un d’autre, il doit se dépêcher : la police a localisé la cabine d’appel, dans la gare Termini de Rome, il raccroche se perd dans le jour qui s’en va – rien à faire – Kissinger n’a rien à faire, rien à dire (il a cependant, très certainement, aidé à la manœuvre : résultat : Aldo sera mort dans cinq jours d’ici, et trois ans plus tard, un tel compromis sera historiquement scellé en France) ) : ainsi que pétain en quarante acceptant et devançant les ordres des nazis, l’État italien, le pape, et peut-être même de nombreux habitants du pays, tout ce monde-là n’en a rien à faire de la vie d’Aldo vu qu’il en avait consacré une part à un rapprochement avec les communistes, compromission historique probablement : l’horreur est de penser que les communistes eux-mêmes étaient les plus virulents à agir contre quelque tractation que ce soit avec les brigades – Aldo, agenouillé, prie les coudes sur sa couche –

(53). Mercredi 6 mai 2020

le monde continue tranquillement son petit bonhomme de chemin : par exemple, on recommence à produire des avions, ça peut toujours servir probablement – il fait beau, jour et nuit/ le soleil évanoui (Françoise Sagan, par Souchon) – la mort des gens célèbres – on attend que le minuscule salopard s’exprime après avoir fait semblant d’entendre un douzaine d’élus (la cène en clair, virtuelle, certes, mais la cène) (c’est comme ça) – il fait assez beau, un peu de brouillard peut-être – fermer le poste ? non, c’est inutile, il continue de penser – rien ne sera jamais plus comme avant, sauf que tout sera pareil – on aime à le savoir, ça fait chaud au cœur – nous verrons –

aujourd’hui Ivan Oroc est malade – pas « peut être » comme annone la radio, non, la maladie l’a rattrapé –

dans le poste (on devrait l’éteindre, mais peut-être y aurait-il des choses qu’on manquerait, dont on ne saurait rien, qui se passeraient sous un silence feutré?), le prix d’un footballeur (un être humain, un prix : c’est la radio de nos jours, des informes informations) (ignoble) le poids des français (sans majuscule : le prix du foie de veau) : immonde – sur le même plan, l’abruti en bras de chemise (à pleurer de rire)

Isidore Lucien Ducasse repart en Uruguay – puis reviendra mourir à Paris dans le 9 – la lune est pleine ce soir (image du jour)

(54). Jeudi 7 mai 2020

sans rancune – travail et lecture, lever à six, continuer, les 37 mers, les images, préparer celles de B2TS – continuer et rien à foutre des abrutis – dehors un type paysager donnait des pieds de buis – au bord du champ, la haie prend un air vif – huit semaines de réclusion et le garage pas encore rangé – on a commencé c’est vrai – c’est propre – il y en avait deux au rez-de-chaussée, mon père rentrait la caisse le soir en arrivant, il me semble – j’avais mon matériel des outils – le samedi vers une heure et demie je descendais à pied (ou en mobylette ensuite) rue Voiture chercher le Moto revue – soixante sept ou huit – un type qui s’appelait Philippe P. je crois bien, un ami du tennis, disposait (ou n’était-ce pas lui?) d’une honda 49,9 dont le moteur était disposé sur la roue arrière – je n’avais guère d’aptitude au tennis, il me semble bien me souvenir – un coup de raquette dans le nez a provoqué la rupture d’une artériole qu’un médecin, un jour, est venu suturer à la maison : une espèce de fer à souder dans le nez, l’odeur infecte, et puis c’en fut fini – je ne pense pas qu’il se fut agi de celui qui prescrivit la cure, mais pourquoi pas ? – j’ai oublié tant de choses – tant mieux oui – il fait beau, chaud, tranquille et les voitures recommencent leurs rondes idiotes – la lune se lève dans les oranges (image du jour)

(55). Vendredi 8 mai 2020 (sur le boulevard)

je ne crois pas qu’il ait su, à ce moment-là, que le lendemain, c’en serait fini : il savait que ce serait un jour proche, prochain, bientôt sans doute – cette façon de se souvenir, vraiment j’ai une grande douleur à évoquer ces moments – je préfère chanter quelque chose par exemple John Lennon fait « Dieu est un concept/ par lequel nous mesurons/notre douleur » (je répète etc.) –  je ne crois pas en la magie, le I king, la bible, le tarot, Hitler, Jésus, Kennedy, au Bouddha, au mantra, en Gita, au yoga, aux rois, en Elvis, en Zimmerman, en les Beatles, je cois juste en moi, Yoko et moi, et la réalité c’est ça – le rêve est fini…

ce matin-là je passais en camion sur le boulevard Saint-Quentin (il croise la rue où j’habitais alors, j’aurais pu voir l’ambulance – je ne sais pas à quelle heure elle est passé) je crois que ça fait cette voie-là, la remorque était vide, je ne conduisais pas – j’avais des papiers à porter au siège – j’avais des ordres et dix neuf ans – je gagnais ma vie comme on dit – j’étais parti le matin, mon père était au lit, assez malade depuis quelques jours (je ne suis pas sûr qu’il ait repris le travail après son voyage à Rome – des vacances en couple avec ma mère, une première depuis tant d’années) – j’avais en ligne de mire, depuis quelques années (quatre), une Moto Guzzi California – je passais le permis moto sur une British Small Armory monocylindre de 250 centimètres cubes – démarrage au kick – infernale – le père d’une amoureuse disposait du même modèle (Guzzi pas BSA) – sans doute mimétiquement – neuf heures et demie – puis retour vers l’entrepôt, le midi, puis travail – continuer et continuer – retour : plus personne, peut-être l’une de mes grand-mères (je ne sais plus) mon frère mes sœurs ? je ne sais plus – la fatigue du travail, je m’en souviens seulement de celle du premier jour de juillet soixante neuf – ensuite non – plus jamais ça, certainement, mais continuer, faire des économies, continuer et repasser le bac – recommencer – ne pas perdre de vue le voyage vers la mer en moto – ne rien oublier mais tout s’est envolé

on ne les changera jamais : le type avait commencé à tailler ses haies à 9 heures du matin, il continuait, toute la journée, couper, à la machine (une autre chanson de Souchon passait par là aussi – on a rangé le garage) à débroussailler avec son casque sur les oreilles et encore – à neuf heures moins le quart comme on allait dîner, on est allé le trouver et lui dire qu’il ne serait pas mal de cesser – il a fait « je suis dans mon droit » et puis « faut pas déconner quand même » et pour finir « d’abord vous n’habitez même pas là » du meilleur aloi (on se sentait revenir au bon temps du beurre œufs fromages de l’autre – j’ai oublié le nom du scripteur – mais il y avait Roger Hanin dans le rôle du beurrier quand même – le type qui portait ses lunettes sur son front, cynique et moche – je retrouverai un jour son appellation, il devait être académicien je suppose – Jean Dutour voilà – au bon beurre, peut-être bien – il m’est souvenu aussi du sort de l’épicier de Germinal – nous n’avions que toi sur la Terre

 

 

(56). Samedi 9 mai 2020

tout est documenté on sait à peu près tout – la veille, on lui avait dit qu’il faudrait partir le lendemain (partir était le bon mot) matin, on lui avait donné ses habits ou fut-ce le matin même ? Je ne sais plus exactement mais je sais cette histoire, la notre, cette histoire et cette captivité – lui, il avait tout compris, il n’y avait pas d’autre bras armé, et c’était celui qui s’entretenait avec lui depuis le début – c’est masqué qu’il lui apparaissait, un passe-montagne, il ne voyait que ses yeux et sa bouche, entendait sa voix, comprenait ses réactions – il vivait depuis cinquante cinq jours dans ce réduit, on ne sait pas exactement quand on mit dans les revers de son bas de pantalon du sable, on ne sait pas exactement d’où venaient ces grains – nourri, soigné et vivant : mais pourquoi ? – du sable : quand j’ai su ce détail, j’ai pensé à Pier Paolo Pasolini sur lequel avait roulé la voiture de son agresseur, en novembre soixante-quinze, le 2 – la nuit, sur la plage d’Ostie – je me souviens de cette plage, on y avait été lors de notre séjour à Rome, en dix – je me souviens et j’oublie – je me souviens de « Pétrole » – la quatre L stationnait dans le garage, on lui avait dit de monter dans le coffre et de s’y allonger, on lui avait donné une couverture pour qu’il se couvre le visage et le reste du corps, il s’était recouvert, huit coups de feu crois-je me souvenir, il n’était pas huit heures du matin, le neuf mai soixante dix-huit : exécuté – la voiture était rouge on l’emmena au centre de Rome, les boutiques obscures et la place de Jésus, on l’abandonna – on s’en était dessaisi, dépris – un appel téléphonique pour en avertir les autres, et le train, la fuite, le départ, l’esprit et l’âme de ces gens : poussés à bout, une si grande indignité à tuer un homme sans défense simplement parce qu’il se trouve à cette place-là, qu’il représente ce statut – et les autres, tous les autres qui bientôt le pleureraient ou s’en laveraient les mains – Andreotti en premier, la loge, l’opération, le secrétaire d’État américain, le pape, Kurt Waldheim l’ancien nazi et tant d’autres, entremis sans succès, sans volonté – et lui, recroquevillé dans le coffre de cette auto, une voiture de monsieur tout le mode, dans son costume foncé, sa chemise blanche et sans cravate – lui, là

nous n’avions que toi sur la Terre – nous savions nos saisons, nous savions nos géographies – et puis tout à coup, sans qu’on s’en aperçoive vraiment, tout nous fut retiré – en commençant ici je ne pensais pas aller jusqu’à cette issue – je ne savais pas non plus que la Commune de 71 finirait dans ces conditions, non plus qu’exactement à ces dates-là – je n’avais pas exactement non plus envisagé les incendies provoquées, les tueries, les massacres – nous n’en sommes pas là : la moitié des morts de cette épidémie étaient résidents d’établissements d’hébergements pour adultes dépendants (dépendant, le mot qui tue) – j’ai entendu dire qu’on avait renoncé à verser des dividendes aux actionnaires de l’une des trois firmes qui gèrent ces établissements en France : elles gèrent, c’est bien là l’essentiel – j’ai entendu dire beaucoup de choses mais j’ai fermé le poste – il y avait dans la boite aux lettres deux masques munis de cinq écrans supplémentaires, une notice d’utilisation indiquant que trois épaisseurs étaient nécessaires pour un filtrage optimal – une femme disait avoir acheté une cinquantaine de masques dans cette officine qui disait en détenir des centaines de millions, mais défectueux, une trentaine d’euros, un budget ai-je entendu de 200 euros par mois pour famille de 4 – les calculs, les bruits, les podcasts, les annonces, j’ai fermé le poste –

 

(57). Dimanche 10 mai 2020
quelque chose de la stase – un peu angoissant, les poumons, les nerfs, la pluie – j’aurais aimé écouter les variations Goldberg – toutes les peines du monde à commander des livres à Chartres, chez l’ami libraire – je me suis trompé sans doute, samedi dimanche, long week-end, la biographie d’Isidore Ducasse – riens du tout (Cédric Klapisch, 1991) trente ans – un mail au président (fausse manœuvre, réitéré le lendemain)– zéro raison de rentrer à Paris – même écrire un texto pour se parler un peu, voir les gens – hier voir les enfants à l’appart sur l’écran : c’est comme ça, la vie,maintenant ? c’est la vie, ça ? on en est arrivés là – faire une pizza, écouter de la musique – en vrai non du poisson en darnes au four et des légumes au curry – on s’attache à ces trucs-là parce que ce sont des faits : on devrait faire la liste des menus (même s’ils se réduisent à un plat par exemple) (mais je fais toujours de la salade verte – ou des crudités) (et il y a du fromage) (menu le mot est joli) – des vraies choses faites : mais où commencent-elles ? ici par exemple, est-ce une chose faite ?

 

(à l’image, une gare à Buenos-Aires) (c’est que c’est juste en face – enfin à peu près – de Montévideo et que le comte y naquit puis y fit un jour escale)

ce jour-là ils étaient tous partis à la Bastille – ça ne fait que trente neuf ans – un long moment – non j’y vais pas – et d’abord je vote pas – et jm’en fous élections/piéjacons merde – et j’avais été de garde du petit – s’il avait trois mois c’est le bout du monde (non, il devait en avoir cinq) je l’ai perdu de vue ; il paraît qu’il s’est marié et qu’il s’est converti pour ce faire – il y a des choses chez les gens que je ne comprendrais jamais – il changeait les tubes au néon dans les tunnels, Saint-Cloud ou sur l’autoroute la plus chère du monde – quatorze – la nuit c’est plus sympa y’a personne disait-il – il avait un bac pro d’électricité de la rue des Panoyaux – j’étais assez proche, puis ça s’est délité – à ce moment il ne parlait pas – on était en pleine décadence, les bijoux et les avions renifleurs, les chasses et les éboueurs – crâne d’œuf qui se trouve pris la main aux fesses d’une gonzesse (attends, ça lui fait quoi, à celui-là – il est de 26…) – toujours appointé par la république émoluments volcans accordéon – il a fallu le changer (jamais fait ça…) (la première et certes pas la dernière couche) – un gentil garçon, J. – ce qu’il est devenu, je ne sais – peut-être change-t-il des couches, à l’heure qu’il est – et puis tout le monde est revenu, on a bu, on a chanté – au siècle dernier – on en est là

(58).Lundi 11 mai 2020

Ivan Oroc a regagné ses pages tandis que j’apprenais la maladie de l’auteur : c’est comme ça que marche le réseau, comment on disait ? Oui, le net : peut-être est-on proche mais on ne sait rien de la réalité des choses, rien de ce que font les amis, rien comme en visio-conférence : on ne sait rien que des informations inutiles, de la communication grise, on ne sait rien les gens peuvent pourraient mourir, on l’apprendrait par ricochet, ah tu ne savais pas – il fait toujours gris, le dos tourné aux voitures et aux camions qui ont recommencé leurs rondes infernales comme si rien ne s’était passé pendant près de huit semaines – il fait froid – peu de nouvelles, l’appel de M. le texto d’une de mes sœurs – ne rien céder –

il y avait un exemplaire d’une bible de Jérusalem dans les livres sauvés (image du jour : oloé avec bible)– sans doute appartenait-elle au grand-père des enfants – plastique, (c)1995 imprimée en 2000 sur papier du même métal – on y découvre les dix plaies d’Égypte – DDB – 2015 pages – ça fait partie de l’Exode (p80) – 1) l’eau changée en sang ; 2) les grenouilles ; 3) les moustiques ; 4) les taons ; 5) mortalité du bétail ; 6) les ulcères ; 7) la grêle ; 8) les sauterelles ; 9) les ténèbres ; 10) mort des premiers nés – quelle affaire… tout ça pour qu’on (Pharaon) les laisse s’en aller (ceux-là de la tribu à Moïse) – après ça, on ouvrira la mer… – zéro guêpe mais des taons –

comment faire pour relire les journaux d’avril et mai 78, français italiens ? que se passait-il ? Regardé longuement le site d’un journal – correspondant à Rome Robert Solé (on aurait pu plus mal tomber) – à voir encore, probablement longuement, tous les jours –

 

Ivan Oroc a regagné ses pages tandis que j’apprenais la maladie de l’auteur : c’est comme ça que marche le réseau, comment on disait ? Oui, le net : peut-être est-on proche mais on ne sait rien de la réalité des choses, rien de ce que font les amis, rien comme en visio-conférence : on ne sait rien que des informations inutiles, de la communication grise, on ne sait rien les gens peuvent pourraient mourir, on l’apprendrait par ricochet, ah tu ne savais pas – il fait toujours gris, le dos tourné aux voitures et aux camions qui ont recommencé leurs rondes infernales comme si rien ne s’était passé pendant près de huit semaines – il fait froid – peu de nouvelles, l’appel de M. (je mets une dédicace spéciale à Jean-Louis même si je ne le connaissais pas – je l’ai croisé sûrement à la cérémonie de la rue Saint-Bon) – le texto d’une de mes sœurs – ne rien céder –

il y avait un exemplaire d’une bible de Jérusalem dans les livres sauvés (image du jour : oloé avec bible)

– sans doute appartenait-elle au grand-père des enfants – plastique, (c)1995 imprimée en 2000 sur papier du même métal – on y découvre les dix plaies d’Égypte – DDB – 2015 pages – ça fait partie de l’Exode (p 80) – 1) l’eau changée en sang ; 2) les grenouilles ; 3) les moustiques ; 4) les taons ; 5) mortalité du bétail ; 6) les ulcères ; 7) la grêle ; 8) les sauterelles ; 9) les ténèbres ; 10) mort des premiers nés – quelle affaire… tout ça pour qu’on (Pharaon) les laisse s’en aller (ceux-là de la tribu à Moïse) – après ça, on ouvrira la mer… – zéro guêpe mais des taons –

comment faire pour relire les journaux d’avril et mai 78, français italiens ? que se passait-il ? Regardé longuement le site d’un journal – correspondant à Rome Robert Solé (on aurait pu plus mal tomber) – à voir encore, probablement longuement, tous les jours –

on arrête ici – pizza du soir ; courses du soir ; rien au mail, rien au travail, une vie sociale exsangue (le qualificatif a même pris un tour obscène ; le travail ou la science humaine s’est délitée : plus rien)

(59). Mardi 12 mai 2020

jamais on aurait cru pouvoir regretter l’isolement – ce matin, deux puis trois traînées blanches comme si elle étaient propres d’avions dans le ciel – les autos qui foncent – les hommes noyés et les femmes épuisées – Neil Young, les images des gens qui meurent asphyxiés – aux personnels on donnera une prime ; aux caissières un ou deux ticket restaurant gratuit – on sait y faire – le front du travail, le code, le contrat, la loi et le ministère – le monde va son chemin, de loin en loin, on démembre, on sacrifie, on jette – il se peut qu’à soixante j’en finisse – ou à soixante six plutôt pour ne pas finir sur des choses tristes – ne pas finir, surtout – en finir – à midi, il y aura juste huit semaines de passées (le poste dit « deux mois » car le poste ment) – l’A2D n’a jamais servi – surveiller, punir – les jours comme les heures et les minutes comme les mois – faire valoir ses droits à la retraite – retrait, ça se dit hikikomori en japonais – ce n’est pas de la fatigue, non c’est du dégoût : tant qu’on peut rêver, il reste une espèce d’espoir : le réveil, lui, ne laisse de place qu’au réel – il fait beau, froid, le linge sèche (on a avancé la lessive d’un jour) – on va aller faire un tour au Pandémonium 1 – on trouvera bien une histoire à produire – les articles des journaux commencent à parler d’autres choses – le poste a fait comme tout le monde, et les chroniqueurs sont de retour avec de la joie dans la voix, de la jubilation (ils aiment ce mot) dans les nouveaux outils, de l’extase devant les possibilités de la technique – les « bons clients » savent s’y prendre,oui – parfois l’envie de s’effacer : ça n’y changerait rien d’ailleurs

pour la croisière du Pandémonium (indiqué obligeamment par monsieur le Président (alias PM – aka Phil) – signé Piero, intitulé
en arrivant
je prendrai les Zattere jusqu’à la douane, un signe sans un geste à la fortune et à ses deux esclaves, j’aurais à l’esprit Hercule, les écuries, les pommes du jardin, jusqu’à la Salute, je m’inclinerai sans bouger, en face au café sur la terrasse, des gens aux lunettes de soleil – il fera beau, tu sais – je resterai un moment à l’ombre – le matin je suppose, mais il fera beau – à rebours, j’irai voir un peu, de loin, l’île, un taxi emporte les clients, sur le môle certains ôtent les voiles noirs des gondoles, l’eau claire, je marcherai au soleil, un peu comme avant, un peu comme quand on avait l’âge de ne pas se faire de souci ou d’avenir noir – les mains aux poches, peut-être que je rentrerai dans cette église où Vivaldi faisait jouer ses airs, une pièce de cent lires (je me souviens des escudos et des moments passés sur les bords du Tage, sous les arcades de la place, avec ce libraire assis sur son petit tabouret pliant, qui se lève tout à coup et marche mains au dos veste fermée de deux boutons, lui et ses cheveux peignés et blancs et gris – il attend un peu peut-être) une pièce de cent lires glissée pour allumer cette lumière qui pense à mes morts mais seulement pendant quelques heures – le temps que se consume une petite chandelle, comme celles posées, parfois, au coin de l’Orillon- Saint-Maur, près de la statue de saint-Joseph, alors que je ne crois ni à dieu ni à diable, ni aux Beatles ni à Zimmerman comme disait l’autre – je ressortirai et au soleil il sera midi

(image du jour : le petit libraire)

 

 

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