Charlotte Lacoste La charge mémorielle
Rubrique(s) : Carnets de Pierre Cohen-Hadria / L'Employé aux écritures / Treize Onze
10 mars, 2026 0
avertissement (au besoin) : les faits exposés ici sont les résultats de recherche menées sur des volontaires de l’étude 1000 – ils se basent sur les retranscriptions des entretiens effectués en 2016 auprès de personnes du cercle 4 (très éloignées géographiquement des lieux des attentats du 13 novembre 2015) ici les cercles

ces personnes vivent à Caen, Montpellier ou Metz – ici l’étude se limite à celles vivant vers Metz – comme dans toutes les enquêtes de sciences humaines, ces paroles sont recueillies et données ici sous forme empiriques qui n’ont pas l’ambition de généralité : ce sont des mots employés (et analysés) émis par des personnes physiques sans autre valeur de stéréotype – on n’en peut pas tirer des conclusions générales quand même elles seraient étendues à tout le panel des personnes interrogées – elles dessinent des nuages ou des nuées de connaissances de tendances de forces de résultantes qui n’ont pas de représentativité absolue – elles restent ce qu’elles sont, des paroles données gratuitement parce qu’on a posé des questions – le »on » en question est ici la chercheuse Charlotte Lacoste mais les questions qu’elle pose sont d’une part, les mêmes pour tou.tes les enquêté.es ; d’autre part, rédigées par un collège de personnes suivant une problématique qui provient de l’étude 1000. La bénévolance des enquêté.es (à saluer et remercier – quand même le rédacteur en ferait partie) représente aussi une espèce de biais par rapport à des résultats qui pourraient être peut-être différents s’ils étaient obtenus par d’autres méthodes ou canaux. Ces résultats n’ont pas non plus prétention à quelque exhaustivité que ce soit.
9 mars 2026 – BIS présentation de l’ouvrage La charge mémorielle, une approche genrée de la mémoire du 13-Novembre (Charlottte Lacoste, Hermann, 2025)
intro Arianne Dupond Durand – n’est pas sortie indemne de la lecture
le genre conditionne les émotions – Hypothèse du care; partage des tâches au sein du couple, du foyer, de la famille; par exemple (en cas de « désastre » (pour parler comme le mémoriale de Fukushima) ndc) à Fukushima, le partage genré étudié – ouragan Katrina : idem – guerres : idem –
Méthodologie de l’enquête – entretiens – les trois parties du livre : Éclaireuses / Veilleuses / Gardeuses – le rapport au deuil; les fonctions de la veille; s’approprier, s’informer, et pratiquer (en méthodo) la distance émotionnelle
Charlotte Lacoste
dans le cadre de la journée du droit des femmes – son travail : littératures des 20° et 21° siècle agrégée lettres modernes – champ plutôt contemporain, plutôt linguistique – le témoignage comme genre littéraire en France de 1914 à nos jours (thèse) – description histoire du genre- s’intéresser aux marqueurs des faux témoignages (chez les Tutsis du Rwanda) – la place du bourreau (autre ouvrage : la séduction du bourreau la négation des victimes – par exemple les bienveillantes : la fiction au service des processus de transformation – les hommes ordinaires en criminels –
s’intéresser au genre dans le témoignage comme sexe social – au croisement des études de genres et des études mémorielles : c’est l’étude 1000
ici échantillon Metz (loin du centre – cadre 4) – phase 1 2016 (les autres 2018/2021/2026) – 934 entretiens/ici échantillon : 79 entretiens – 46 femmes, 33 hommes – la constitution de la cohorte :tout le monde, basé sur le volontariat : plus de femmes (c’est toujours le cas) – redressement peut-être à opérer – entretiens en juin 16
Le genre se performe de manière plus appuyée en situation émotionnelle forte : on trouve donc des différences très genrées – elles, elles parlent plus plus de paroles plus de mots (on s’intéresse aussi aux manières de dire – moins parce que pas d’images ici) – étudier la mémoire collective (sens Halbwachs) et on cherche à y trouver la part qu’y tient le genre – on trouve des régularités remarquables – la mémoire prend sa source dans un groupe d’appartenance producteur d’un discours spécifique
problématique : il y a une répartition genrée de la charge mémorielle – le processus de transmission plutôt genré (voir Sylvie Mougin – objectivation des différences – – la mémoire : processus complexe et évolutif (préface du livre Véronique Nahum Grappe) – genre féminin : une culture du souci;une gestion du malheur; comment s’inscrivent les principes de visions et de divisions dans l’ordre mémoriel
- les événements ne sont pas vécus de la même manière (et aussi la façon de les raconter) – une ampleur de la commotion différente; elles, elles sont les premières surprises de leurs façons de réagir à l’entretien (et au choc de la commotion); les hommes sont plus concernés « en tant que » ceci ou cela – ils semblent moins atteints par la violence du choc;parfois ils s’étonnent de leur détachement;trouvent des justifications, une distance géographique (enquêtés de Metz) ou par leur profession;
- la manière « d’accuser le coup » : par exemple du point de vue alimentaire : ne mangent plus etc.
- l’effet de désastre est le plus ressenti chez les femmes et l’impact dans la vie (courante, immédiatement après ou plus tard) plus important; pour les hommes il s’agirait plus d’un événement politique ou historique : chez eux une sur-intellectualisation qui s’exprime, ils livrent (sans le plus souvent que ce leur soit demandé) leurs analyses géo-politique de l’événement (les attentats) – ne livrent pas leurs mémoires mais plus leur compétence supposée – théorique;les femmes elles s’emploient à faire travailler leurs mémoires.
un point particulier sur les images que « tout le monde » a vues (la plupart suivent les événements à la télévision)
les femmes subissent un effet d’engluement;elles sont plus prises au dépourvu par les images;elles expriment plus le refus de ces images (ici encore rapport différencié); les hommes exercent plus un travail d’imagination subjective, plus mobiles (vont jusqu’à prendre la place des terroristes – une espèce de jeu vidéo – imaginent « y être » ou y avoir été
* le rôle de veilleuses
elles surveillent, elles sont (ou se transforment en) des vigies et des guetteuses; dans le même temps, noter l’auto-dépréciation de ce rôle (très souvent observé très courant chez les femmes enquêtées, quelles qu’elles soient) dans le discours féminin; leur rôle : entériner l’absence de faits; faire face; absorber le choc; par exemple « ce vendredi-là était un 13 c’est un signe funeste (je suis bête de penser ça) »; endossent le rôle de guetteuses de signes – de ces signes-là – c’est ici une forme particulière (observée ailleurs) de la charité sociale des dominé.es – elle sont aussi besoin de savoir et entretiennent un rapport spécifique à l’information (certaines ne peuvent s’en détacher); elles n’en dorment pas ou plus; veillent; font le guet; surveillent; inquiétude et ressassement nocturne
* pas les hommes – ressenti aussi des attentats contre une jeunesse festive (la nuit) – en revanche ça n’a pas empêché de dormir les hommes (du pannel – comme tout ce qui est dit ici, sauf précision)
elles, elles sont dans la prise de soins des autres (le care), elles appellent les enfants »montés » à la capitale pour savoir s’ils vont bien – eux, moins (un cas où les nouvelles sont arrivées une semaine plus tard sans plus de souci que ça de la part du père); elles prennent soin des autres; elles se soucient de la violence des images, en protègent les jeunes enfants; elles portent et expriment un cadrage explicatif à la maison : une domestication de l’événement – les hommes ne s’en font pas spécialement, ils émettent quelque chose comme un self-contrôle, démonstratifs de cet état de fait
les femmes prennent soin des vivants ET des morts;ils’agit aussi de nourrir un deuil de grande intensité – veiller les morts est une activité à part entière (veilleuses mais aussi pleureuses : pas les hommes) (les tournures générales employées dans les mots choisis)
jouent un rôle dans la réintroduction du rite (par exemple allumer une bougie);s’emploient à faciliter le passage – et surtout en l’espèce la « si mauvaise mort » (Claude Levi-Strauss) des terroristes, par exemple;les femmes les plus âgées veillent au bon déroulement des rites funéraires
* le rôle des gardeuses (de mémoire)
de l’événement – manières et pratiques – si les hommes parlent de « devoir de mémoire » (comme un objet d’histoire), les femmes parlent elles du « travail de mémoire » (comme le produit incorporé d’un vécu; conservation de la mémoire de l’événement afin de conjurer le retour du même
ne pas oublier les victimes – la conscience que le temps du deuil n’est pas révolu (les homes sont dans une temporalité différente :eux parlent de « tourner la page » et sont moins dépositaires des ces histoires et de ces mémoires;le fait d’accumuler les informations les alourdit – elles viennent dans cet entretien déposer quelque chose, elles portent quelque chose de lourd comme une surcharge (mémorielle);un délestage (l’entretien a quelque chose de thérapeutique); il est question d’en faire quelque chose, les morts ne sont pas morts pour rien;les femmes s’engagent (dans l’entretien) : elles font (ici ou ailleurs) de petites choses à leur petit niveau (auto-dénigrement), des investissements personnels souvent; et participent ainsi à une remise en route du circuit du soin – penser au futur du corps social
des voix différentes (cf. care studies):expansion des pratiques du soin; la charge mentale, le souci des autres, l’entretien du lien intergénérationnel, se souvenir de chacun
perspectives : après l’évolution de cette mémoire sera étudiée dans les prochaines phases – le travail à prévoir aussi sur la mémoire masculine (il existe une division du travail mnésique; l’histoire collectée familiale en corrélation avec la mémoire et le rapport à la violence : la domination, et sa dimension intersectionnelle

