Pendant le weekend

Vases Co septembre

Nous sommes très heureux, « Pendant le Week end », d’accueillir, pour les vases communicants de septembre, Cécile Portier, tandis que celle-ci accueille Piero Cohen-Hadria sur « petite racine ».

 

 

 

Nuit du Chasseur

 

 

Il y a en moi quelque chose, un sentiment peut-être, un souvenir, qui se tient immobile et qui pourtant est flou. Je sais que ce quelque chose, ce sentiment peut-être, ce souvenir, se tient sage et ne demande rien. N’exige ni d’attention ni pitié. Il attend seulement, en sachant qu’au bout de son attente il n’y a rien.

 

 

 

C’est un vieux sentiment, un souvenir délaissé. Il ne se rattache à rien, il est désactivé. Je n’y pense jamais. Presque jamais. C’est bien ainsi, de n’y penser, jamais, presque jamais, car cela est vieux, cela est indigne, cela n’a pas d’avenir.

 

 

 

Il suffit d’un rien pourtant, un reflet fauve qui dans la rue m’attrape, quelque chose qui cligne, il suffit de ce rien pour que ce qui en moi se tenait flou bondisse.

Les dents me poussent, la nostalgie m’étreint.

 

 

 

Violente et neuve, cette nostalgie de l’obscur et de l’effréné. Violente et neuve cette soif d’inextricable, et ce n’est pas le plaisir de l’écorchure des branches qui revient, c’est cela surtout, le soupçon que derrière le sombre il n’y ait que le sombre, encore et toujours, sans espoir de clairière.

Alors je chasse, pour que ce soit en mes veines que s’épanche le venin de la peur.

 

 

 

C’est cela qui me vient, l’envie que dans le sombre, proie et prédateur se confondent. Je chasse pour que la peur me tue, qu’elle se trompe.

Je chasse avec l’espoir de ne jamais rattraper cet éclair de douceur rousse aperçu tout à l’heure. Je chasse pour que la beauté jamais ne se fige. Pour que jamais elle ne devienne comme ce souvenir en moi, si flou, si stable.

Qu’elle fasse seulement de temps en temps, loin de mes yeux, loin de mes dents, une courbure dans le temps, comme une croupe, ou bien un silence qui se prolonge, couché sur le flanc.

 

 

 

La peur n’est pas assez grande. Le sombre n’est pas assez sombre. Alors je forge à ma mesure ce qui saura me retenir.

Voici mon travail, voici mon oeuvre.

 

Texte Cécile Portier, photos Cécile Portier et PCH.

 

 

Les autres Vases Communicants (18 fois 2), septembre 2011 (merci à Brigitte Célerier).

 

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4 Comments

    La nuit de la mémoire (ou le comte Zaroff), le parcours et l’arme rêvée : le tableau (de chasse) s’inscrit dans le crissement des pas sur les feuilles ou l’écran.

  • lu en admiration ce matin – et retrouve : violente et neuve, cette nostalgie de l’obscur et de l’effréné

  • Parfois notre esprit par à la chasse au souvenir. Parfois aussi c’est le passé qui nous traque !

    J’ai pour ma part traqué votre texte, puis je l’ai remis à l’eau après l’avoir tendrement observé.

  • « Voici mon travail, voici mon oeuvre. » ça fait très dernière page de zarathoustra, là où nietzsche s’égare^^

    L’AMI NOIR

    L’oeuvre d’une chaîne
    Peut-elle valoir
    La forge d’une épée
    A trancher le silence
    En pastilles mordorées

    Autour de la clairière
    Il y a le noir obscur
    Qui n’effraie même pas
    Les enfants du chaos
    Et leurs effets de style

    Leurs armes dessinent
    Toutes formes de jouissance
    En harmoniques d’arpèges
    Qui coulent le long de leurs gorges
    Comme autant d’hydromels