Pendant le weekend

Carnet de voyage(s) #51

(dédié à ma tante O. qui n’en prend plus guère)

 

 

L’orage tonne ici, il y a le mois d’août qui commence, le calme subit des rues, des croisements, à Belleville le monde grouille toujours, « ça va ? » vous lancent les respectueuses comment est-ce que ça n’irait pas ? Il y a un peu d’air

il y a des couleurs et de la joie de vivre

Paris au mois d’août, une chanson comme un film il me semble , Aznavour ce chanteur légèrement méprisant, quelque chose des souvenirs du lac Léman, des vacances de ce temps-là où il chantait « tu te laisses aller » vacharde et machiste en diable, mais peut-il refaire son apparition sur cette planète, le temps où il y fut, je me souviens de ses vestes de velours chamarrées, sa petite taille et ses interventions esthétiques, toute ma jeunesse, toutes mes années passées durant les vacances, car ce seront les vacances

encore ici comme au prochain billet (où on découvrira des photos enfin au point)

(le point sur les photos, je le regarde et je me souviens des séances d’orthoptie de mes années de septième – on ne disait pas CM2 alors), ces vacances-ci le cadre enchanteur et les oliviers du jardin

(je me disais je vais prendre une photo de chacun

un portrait, afin de les répertorier

puis j’ai commencé à les compter

je me suis rendu compte vers la trentaine de l’inanité de toute chose, j’ai laissé tomber, mais me plaçant au point stratégique de l’entrée vers celle de la maison, une photo ici, puis là et angle droit ici, là, le jardin, le potager, le chat qui flâne (c’est le soir qui vient)

le puits et le canard de bois

(le voit-on ?) puis les ciels tous les soirs au rendez-vous, cette île magnifique, on ne peut pas ne pas penser à Ithaque

à Ulysse

à sa Pénélope

on ne peut pas ne pas s’enhardir sur les eaux, plonger, regarder devant soi

entendre et écouter l’eau qui passe, qui glisse et rafraîchit les odeurs comme les sons, l’eau, salée qui vous porte, au loin les montagnes

au loin la lune qui apparaît, il est huit ou neuf heures

les lampadaires s’allument

les cyprès et les autres essences

je ne sais pas bien, mais je sais leur son comme je sais leurs odeurs quand le vent, la brise doucement se lève, le rose et le bleu

j’ai pris des photos des dessins accrochés là, l’heure de l’ouzo, l’heure de la baignade, des photos des choses aussi

des choses qui font une maison

des interrupteurs

des pales et des axes de ventilateurs

dans lesquelles se reflètent les fenêtres

des photos de cet ameublement fixe et nécessaire, « hot water » et fusibles, comme j’ai aimé cet endroit, et son musée

le lion qui en garde l’entrée est figé

dans un état de vingt siècles, le drapeau grec sous le vent, la gentillesse des autochtones (on entend ici tout le mépris dont on revêt les indigènes), la gentillesse des habitants comme leur hargne, parfois, les cris les klaxons, j’ai oublié le « pardon » prononcé par le père de ce jeune homme

(il fait notre compte) (« signomy signomy ») mais je me souviens des mets qu’ils nous préparaient, huile d’olive additionnée d’huile d’olive, les calamars frits, les légumes, je me souviens de cet été, carnet cinquante et un, il m’en reste deux, peut-être, l’été s’en ira comme  toujours, il restera au coeur cette joie de se lever le matin

le soleil, le bleu, la chaleur, les iules qui se mettent en boule quand on les touche du pied, les insectes, les grillons comme les cigales, les oliviers comme les figuiers, les tomates au potager, les aubergines blanches, la gentillesse des gens qui passent, qui sourient, se sourient, s’invectivent, le calme du soir

le long passage des bacs, sur l’eau du port, le doux feulement de l’eau  et les courants changeants, le pont qui relie l’île au continent, demain nous partirons mais attends un peu, attends encore, le ciel et les oiseaux, les bateaux, au loin les montagnes, attends, l’air, le calme, cet homme sur la jetée

le soleil qui se lève et les bagages bouclés, déjà le temps est passé des vacances

déjà la mer

et ses vagues ne seront presque plus que des souvenirs, le jeune type attendra que le pont-levis du bac se baisse, on arrivera

oui, mais on reviendra, dis moi, on reviendra

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2 Comments

    C’est quelque chose les voyages avec vous, merci

  • Bienvenue …!

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