Pendant le weekend

Numéro

C’est que l’ascenseur est en panne, on passe, on monte et on redescend, un escalier, une porte, un groom, un chiffre, une petite indication quelqu’un court, une flèche, c’est de ce côté, courir en cas d’incendie, emprunter l’escalier, et depuis quelques semaines, voilà le lot de l’immeuble et de ses habitants

ce n’est pas tant une décision prise à la va-vite, on attend et on descend (mais en les prenant, ces photos, on ne voyait pas la lumière

ce n’est pas non plus que l’on croise plus souvent les voisins, ce n’est pas non plus que les choses changent, un bruit derrière soi, quelqu’un descend, quelqu’un court, derrière soi, répercutés par les parois rondes de la cage, ses pas, sa course, ses petites respirations

Ce n’est que le môme du sixième tu sais celui qui hurle matin et soir, on dirait

qu’on lui arrache sa mère, son père, on dirait, les enfants jouent au ballon, on descend, on regarde le monde, on finit par arriver, on arrive, on en finit, il y a là le rez-de-caussée, aller faire des courses, regarder le monde tel qu’il est, les gens, les trottoirs, le gris des chantiers, celui des gares

Il y a sur le quai, presque au centre de cette image un être en rouge qui va vers on ne saurait dire où

écouter de la musique, lire des livres, regarder le monde devant soi, le travail qui déboule, le gris d’octobre, la venue des jours courts, le monde qui continue ses guerres, ses morts, ses pleurs, on regarde le temps

déjà le voilà passé, on repense à ceux qui s’en sont allés, il y a toujours dans le fond de la pensée quelque chose qui se remémore les jours heureux, ceux de l’enfance, ceux où les questions n’avaient pas à trouver de solution, le monde était tel qu’il était puisqu’alors on ne pouvait dessus agir, on ne s’en savait pas capable, on ne pouvait faire quelque chose pour qu’il n’en soit pas ainsi, le monde n’avait pas la texture d’aujourd’hui, on sait qu’il faudrait faire des choses pour qu’il ne soit pas empli de tant de haine, de peines, de désespoirs, mais malgré tout comment faire pour y agir ? On ne sait pas, quelques clichés, il faudra bien remonter chez soi

là tenter de comprendre encore, regarder le courrier, apprendre qu’une employée disait : « si je n’avais pas d’enfant à élever, je crois que je me serais pendue », entendre ce type de discours quand nos enfants, jeunes encore, cherchent à travailler, gagner leur vie, et arrivé là, voir et se demander comment il se fait que cet intérieur-là, ces livres, ces dessins, ces meubles, ces êtres même soient là, avec soi, ces vêtements, ici la baignoire, là l’évier, on remontera un peu les couvertures

on tentera de se fier aux apparences, sachant toujours et de toujours, qu’elles ne trompent que ceux qui veulent bien l’être, qu’elles ne sont finalement que le reflet de quelque chose qui existe, mais qui n’a pas valeur de loi, intemporelle, éternelle, aller à la fenêtre, allumer une cigarette

dehors, (il y a longtemps que je ne fume plus) dehors on installe une caméra de vidéo-surveillance (ce n’est pas certain, comme on voit

le haut du pylône est encore seulement couvert d’un linge blanc), le marteau piqueur, les hommes casque sur les oreilles puis creusant, pelle pioche, construisant et défaisant l’asphalte, la ville est une jungle alors autant la filmer, conserver des preuves de ce qui se passera afin d’identifier les coupables, les attentats de Londres, on s’en souvient, le onze septembre qu’on retient pour 2001, mais qu’on oublie pour 1972 (la clôture des jeux olympiques de Munich) ou 1973 (le « suicide » de Salvador Allende), ce monde-là, fait de meurtres et d’outrages, de viols et de tortures, ce monde qu’on contemple du haut de sa fenêtre

pas si sûr qu’il soit vrai, la pluie tombe, pas si simple de le dire faux, c’est l’automne qui nous arrive, peu de lumière, moins de couleur, on attendra un peu que le monde tourne, que le temps change, que le ciel redevienne du bleu qu’on aime, on  repensera aux vacances et aux enfants un sourire

 

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2 Comments

    « que le temps change, que le ciel redevienne du bleu qu’on aime »
    (pas fait exprès, mais ai lu ton texte avec Malher la n°5, l’adagietto, en fond sonore, eh ben la musique s’est mise au service de tes mots)

  • Ecoute (c’est le cas de le dire…:°))) tu sais quoi ? sans musique je ne pourrais pas vivre non plus…