Pendant le weekend

Oublier Paris #42

C’est un matin de septembre qu’il a bien fallu aller porter cette réponse, par la poste il était trop tard et les réponses à ces appels n’attendent pas sous peine de se trouver disqualifiées. La veille et l’avant veille, et encore d’autres journées avant, des idées étaient venues pour conforter la réponse (ce type de travail, complètement à perte s’apparente à une sorte de loterie plus ou moins truquée : on sait qu’on joue et qu’on tente de gagner, mais tout s’y oppose, dès l’avis de publicité – où le trouver ? -, la date de retour – elle est déjà dépassée…- , les pièces à produire – les chercher sur les sites point gouv-, les antécédents et les chiffres d’affaire, tout est sujet de contrôle et tout ça ne sert strictement à rien sinon à faire fonctionner, à vide, une administration et une gestion qui s’auto-asphyxient à mesure de leur perfectionnement…) . Les pièces du dossier elles-mêmes avaient été glissées dans le sac pour le départ. On n’y avait d’ailleurs pas touché.  Mais, ce matin-là, le septième jour du mois de septembre, on allait donc en métro vers une station  improbable.

D’où venais-je, je ne sais. Des gens avançaient sur les quais, lisaient sur les strapontins

et j’agissais également (« La Société de cour », Norbert Elias), également comme on voit sur un strapontin, également avancer vers Daumesnil, traverser

Champ

et surplomber le fleuve

Contrechamp, gauche cadre la verte cité de la mode et du design (au loin, tant mieux)

changer donc, direction Créteil, s’arrêter à Charenton Ecoles (quelles écoles ? Vétérinaire peut-être), et rechercher la rue qui en son 12 sera l’adresse où déposer (avant dix huit heures) le pli fermé sur lequel on aura porté (à l’encre bleu ciel pour ma part) un NE PAS OUVRIR incommode et oxymorial. Peu m’importe les aléas de l’administration et ses errements (mais je m’y conforme : je cherche du travail).
Ici comme ailleurs, on construit (si le bâtiment va, tout ira).

Marcher encore, et demander son chemin : une vieille dame son cabas lui servant de déambulateur (il est dix heures et demie) m’indique la rue à droite, puis tout au bout, c’est là. Merci, très bien, je croise la Villa des Epinettes (tout à l’heure repassant par là, je tenterais sans succès d’y trouver son costaud) continue mon chemin, je ne sais plus le nom de cette rue de Charenton (Charenton me dit tout à coup Artaud, mais sans doute me trompé-je) ou suis-je déjà à Saint Maurice, c’est possible, j’avance, voilà la rue que je cherche ici l’hôpital Esquirol, et le panneau qui m’indique la direction que je cherche. J’entre dans l’enceinte, c’est à ciel ouvert, c’est bordé d’un mur de pierres blanches, une route coupée de deux barrières électriques, rouge et blanche, à droite une petite casemate. Une femme assise derrière un bureau lequel se tient derrière un hygiaphone (le joli nom) m’indique qu’il me fautdra continuer et se renseigne : « Vous êtes en voiture ?  » , non, ah mais il va falloir marcher, c’est un peu loin… Un peu loin, ça veut dire un quart d’heure ? Oui, voilà… Bon eh bien, je suis arrivé jusque là, ce n’est pas un quart d’heure… La route monte un peu, oblique sur la gauche, et là se tiennent, bizarrement parées de chrome, deux petites cheminées

aux pieds desquelles (vous ne l’avez pas remarqué, mais il s’imposera ensuite, au retour comme un inquiétant et étrange petit attribut) ce petit caddy (comme tout à l’heure le déambulateur de la dame qui me renseignait).

 

Le plan rapproché ne donne rien mais isole la chose.

On avance. On croise une autre construction, elle aussi double, elle aussi inquiétante n’était le soleil, elle aussi étrange enserrée qu’elle est dans des grilles et une végétatiuon qui semble folle à ses entours

Cette petite échelle entre ces deux hublots comme des yeux, cette grille en forme de dents… allons, marchons

De l’autre côté de la route, une enceinte de pierres blanches continue celle qu’on croisait en entrant. De nombreuses voitures garées, on avance et on marche encore et encore. Des gens, on demande : « ah oui vous dit cette jeune femme en blouse blanche, ici c’est l’hôpital Esquirol, psychiatrique, mais vous, il faut continuer, c’est au bout de la route, là-bas… » On continue, une montée puis une descente, une petite butte derrière laquelle on trouvera cet édifice

modernissime (créé en 1994 je crois)  et dans son ombre tapi, dont les fenêtres sont obturées de ce type de treillis de bois quelque chose du contemporain qu’on croise de nos jours (le ministère de la culture et de la communication, en ses annexes  de la rue des Bons Enfants a aussi recours à ce type de décoration mais en métal pour lui,  qui emprisonne dit-on, comme dans une sorte de cage de Faraday, les émissions des téléphones portables).

On entre, on dépose le dossier, on ferme le pli mais « NE PAS OUVRIR », on récupère une « Attestation de dépôt Marché 2012-07 RPS/PA/SRH » datée mais non signée, un visa , une heure (11h04), et on s’en va, guilleret. C’est qu’on n’a pas été retenu. Je veux dire qu’on ne nous empêchera pas de (re)partir. Sur le chemin du retour, on constatera que l’édifice tout à l’heure croisé cache (ou dissimule, ou non d’ailleurs) une cheminée, bleue et désaffectée semble-t-il et une antenne retransmettant les émissions des téléphones portables

on continuera son chemin, puis croisant un autobus (numéro 24, terminus Saint-Lazare par les quais de la Seine rive gauche dans ce sens) on l’attrapera, on y croisera casquettes et cabas

arrivé aux Ecoles, on s’octroiera un café où on apprendra qu’untel « ne fait rien comme il faut, on le cherche partout mais il est parti avec une gonzesse qu’il a rencontrée ici… Quoi, ici ? Mais oui, ici… », on laissera untel et ses acolytes à leurs turpitudes, le métro

 

arrivera, on y montera lire, puis arrivé sur le faubourg on constatera que les choses sont dans l’ordre, les gens sont là, vivants, traversent

font leurs emplettes, mais que les signes avec la mémoire eux-aussi s’éffacent

c’est septembre, bientôt l’automne, bientôt la pluie peut-être, et se souvenir qu’en décembre, l’année dernière, ces conduits-là étaient encore vivants

traces d’un passé brûlé, chaleur cheminées chauffage, Paris le travail, Paris construire, Paris cette ville à tous les jour rebâtir

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3 Comments

    on sera revenu dans le courant

  • PCH
    merci i..i.i.e..
    pour toutes vos voyelles restituées !

    JB

  • Charenton, j’ai pensé à Sade (Artaud à Rodez, où je suis passé cet été). Et je n’ai découvert que récemment que la Nadja de Breton avait fini ses jours à l’asile de Bailleul (59)…

    Bien aimé, notamment, ta photo des deux tours avec la petite échelle.

    Oui, utile de préciser « champ » et « contre-champ », ça donne de l’espace.

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