Pendant le weekend

De la Symétrie

En rentrant du boulot, pour revenir chez le vieux, je dois traverser un espace abstrait semble-t-il. Comme un ensemble mathématique, purement symétrique, une dérive de village. Ce lieu ressemble à quelque chose de connu, mais il serait délicat d’être plus précis.

L’espace est clos mais un petit nombre d’interstices permettent de s’échapper, de ne pas emprunter l’unique parcours officiel. Mon trajet passe malgré tout par celui-ci sur une centaine de mètres, ce qui me permet de travailler quelques exercices d’adaptation que je m’impose chaque jour. Je m’entraine, j’ausculte le terrain, je modifie ma pratique de la marche.

Le challenge consiste à me positionner sur un fil, une trajectoire centrale, au milieu de ce  village. Il faut que chaque côté ait son reflet. Que la maison de gauche soit identique à celle de droite et que celles-ci soient équidistantes de moi. Je dois être à égale distance du garage de droite et du garage de gauche. Si je peux toucher le mur de droite je dois pouvoir toucher le mur de gauche. L’exercice n’est pas si simple.

Les apparences sont parfois trompeuses. Les différentes interventions des résidents troublent parfois une symétrie calculée avec soin par les architectes et maîtres d’œuvre. Il m’est arrivé de rebrousser chemin à cause d’une poubelle mal placée, d’une clôture disgracieuse ou d’un carré de pelouse taillé trop court. Je me suis déjà vu contrarié par l’apparition d’une décoration burlesque sur le bord d’une fenêtre, placée à la « va comme j’te pousse », déséquilibrant l’harmonie générale.

Mais je dois bien avouer avoir éprouvé parfois un immense plaisir dans l’accomplissement du parcours absolu. Je me suis senti au centre de tout, le monde avait les yeux rivés sur moi, la terre entière le savait. J’avais franchi une étape.

Adrien Villeneuve

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