Pendant le weekend

Pour mémoire (Journal de l’Air Nu, #60 à 69)

 

(60). Mercredi 13 mai 2020
trop peu de choses – trop d’angoisses

 

add.du 5 juin: une seule image en maison[s]témoin mais comme je l’aime, ici reposée (le garage)

 

(61). Jeudi 14 mai 2020
le poulet qu’on venait d’acheter, on devait le vider, le cœur (énorme quand même) – bizarre… – le foie, le reste – assez gros, étrange aussi – et un autre poulet – moche, forme humaine grands yeux type « E.T. maison » une horreur – tout à fait normal, rien de spécial, on a mis à cuire la volaille – une horreur –


regardé dans les archives du canard à la date du 10 mai 1978 – de ce fait lectures lectures lectures – qu’est-ce qu’on fait on arrête à 61 ? on aura un peu changé ? ou complètement partiellement ?


Continuer quand même – et d’ailleurs je n’ai rien compris à cette affaire de rouge et vert – c’est exactement la même chose sauf que si on tombe malade on est moins facilement soigné en zone rouge – et d’ailleurs je n’ai rien compris au masque qui est obligatoire sauf quand il ne l’est pas,mais qui ne sert à rien sauf quand il sert à quelque chose multiplié par trois – j’ai vu que les coiffeurs, j’ai vu que les pressings, j’ai vu que le métro – j’ai regardé passer les gens qui venaient chercher leur pain – il fait froid il fait beau – l’autre texte du pandémonium (qui m’a l’air d’être une affaire suspendue – un bateau perdu – les vingt mille lieues sous lamer – celui qui s’est couché – ces horreurs qui tuent la lagune et les quais – je ne sais pas – les ports les attaches les liens et les lieux –

vers l’ouest (Pandémonium 2) (cabine A 501)
il suffit de suivre le fleuve, on descend du ferry, on sort de la gare (Terreiro do Paço, Cour du Palais) et on va vers la gauche, au fond aperçoit déjà le pont double tablier fait d’acier américain peint en rouge sang on marche sans doute des palmiers, place du Commerce son rhinocéros son éléphant son roi sa porte, on suit la rue, on avance, c’est dans les beiges, il peut passer un tramway, rouges pour les touristes jaunes pour les indigènes – ou l’inverse il peut en passer – le trottoir de gauche, la rue arrive à la gare des trains (Cais de Sodré, Quai de la Soudure), j’ai toujours aimé marcher tu sais, toujours, dans la rue du Mexique, je n’avais pas cinq ans, toujours, c’était à Tunis – en bas du cap Bon, il y a la plage de Kelibia, pendant des kilomètres, le sable presque blanc, l’eau émeraude le vent chaud et les senteurs des lauriers – le matin, tôt, vers six, les vieilles gens dans l’eau tout habillés puis sortent et marchent doucement vers le village – avancer sous le pont, puis Bélem la pâtisserie mais je n’aime pas la cannelle, à gauche traverser le jardin, et voir le monument idiot (du béton à l’ordure Salazar, des Découvreurs « ne poussez pas !») le laisser, aller là, le quai, au fond la cimenterie sur la rive opposée, et là-bas, loin après les Açores, loin au loin, très loin, Rio – le fleuve, les vagues, quelques bateaux, au loin, sur le même quai la tour, il y a du soleil aussi, parfois il pleut des jours d’affilée et des nuits entières, parfois

(add. de juin : n’a pas eu l’heur de plaire à la rédaction du croisiériste – sans doute le doublon – l’originalité est cependant toujours illusoire) (OSEF à peu près : il restera à écrire le passage à Gênes; et Constantinople)  (Et Salonique – Trieste et Smyrne) (on s’en doutait déjà)

 

deuxième jour et la cabine A500 est toujours libre : quelque chose de grippé sans doute – on attendra, ça n’importe pas – retrouvé « Quatre vingt treize » dans un état terrible, en folio,nettoyé – en lecture (image du jour) (add.du 15 mai : les mises en ligne du croisier ont lieu le lundi, c’est pour ça – un mail du pilote, puis un autre)

 

(62). Vendredi 15 mai 2020

courses, travaux, soleil, fraîcheur – quelque chose cessera ici – d’ici deux semaines je suppose – Full Metal Jacket (1987) – qui me fait penser que j’ai laissé tomber le répertoire des films vus – il m’était impossible, il m’est impossible de faire autre chose que rien – (Indigènes, Rachid Bouchareb, 2006) – sans doute pas le lieu – laisser passer les jours, mais travailler quand même (soixante deuxième occurrence) – une image trouvée

parce que mes deux grands-pères comme mon frère et un de mes oncles portent le même prénom – la fin du protectorat et le coup d’État, la valise ou le cercueil, les nouveaux francs, Allende et Aldo, les euros, les tours jumelles, les attentats l’incendie d’un seul tenant – les masques – le monde et Jacques Higelin, tel qu’il est, fais ce qu’il te plaît – « je t’aimais bien tu sais » Léo et Pépé… –

 

(63). Samedi 16 mai 2020
le type me servait, deux sandwich « grecs » ou « turcs » on ne sait pas bien, il y avait des merguez et du saucisson à l’ail, dans l’un il mit quatre merguez, dans l’autre des tranches imposantes – trois il me semble – ferma les sandwich en baguettes, me dit c’est dix euros – salade tomate oignon – frites ? Pas certain, mais « attend je vais aller… viens avec moi, comme c’est le dernier jour, je vais te donner des frites et … » il s’en va dans la rue (maintenant que j’y repense c’est la rue de Cambrai, je crois, ou de Flandre, par là à l’endroit où il y avait un tabac juste à côté du pont et une grosse femme sympathique faisait le service (sympathique,certes,mais grande gueule quand même) – dans la rue Rouvet, Max (et ses ferrailleurs) attaquait une banque si tu te souviens bien – il y avait au 8 une espèce d’usine mais de quoi, je ne me souviens pas – quelques mois de travail factures/comptabilité/petite main – le père d’un ami qui y travaillait avec son frère – ami de fac on jouait de la guitare Neil Young et sa vachère dans le sable – les prunes du jardin, des choses et les enfants – ça s’est envolé dans l’oubli – il me semble me souvenir qu’il travaillait ensuite à antenne deux – j’ai oublié année soixante dix, quatre vingts – j’ai oublié je n’y reviens plus – sauf parfois, rêve et détour –


l’agenda qui rappelle qu’Evry était aujourd’hui – résidence – jamais été dans le bourg c’était l’occasion au moins – minimum – le temps est passé – la santé, les masques, l’hôpital dont le gouvernement se moque (erreur de stratégie, my foot!) impensable hein – les travaux, on sait quand ça commence, c’est à peu près sûr : pour le reste, rien n’est acquis – parfois je fatigue vraiment – et puis passent les jours et passent les semaines –

 

(64). Dimanche 17 mai 2020
On en finit. Quelque chose de rompu, une digue, une confiance, un espoir – quelques heures plus tard, le soleil brille tellement – on entend les oiseaux, mais les avions sont de retour brefs et violents – ils passent – on a préparé un repas pour des amis de cent kilomètres et tout était à peu près comme avant disons – avant l’irruption qui a commencé en décembre dit-on – tu te souviens de noël, toi ? j’avais préparé des artichauts à la barigoule, j’ai recommencé (avant) hier

– des photos des plats qu’on mijote, des mots des pensées qu’on ressasse et puis le ton de la voix des gens qu’on écoute et qui parlent derrière un masque (« je sors, je vais voir une amie ») (« j’ai un peu peur bien sûr mais j’y vais quand même ») – un niveau de conscience qu’un horizon n’existe que bouché ici n’y change rien – dehors les autos foncent – il y a quelque chose qui finit en effet – tout re(de)vient un peu – en lecture Quatrevingt-treize (un roman d’aventures, je pense à Melville ou l’autre de l’île au trésor, je ne sais plus) (William Defoe, c’est revenu une heure après) – un mail à Guy Bennett qui continue la marche en avant aussi –

couchée, elle portait une robe bleue et elle me souriait – qui était-ce je ne sais plus – il y avait quelque chose de Shining dans ce rêve-là sauf que rien n’avait l’apparence de l’étrange ou de l’inquiétant qui est mis en scène dans le film – Full Metal Jacket n’est pas mal non plus comme film d’horreur mais comme c’est la guerre, plus celle du Vietnam côté US – et qu’est donc la guerre sinon l’horreur ? – peut-être lisait-elle quelque chose, je ne sais plus non plus – les bars, les restaurants, les cinés les théâtres les expositions : les lieux qu’on fréquentait – les « séminaires », le travail « face public » – temporalité différente : j’ai laissé faire et les semaines comme des années sont passées je me suis retrouvé à la retraite sans savoir comment – il s’agit de trouver comment obtenir sa pension – ce mot-là, dans le sens des boutons dorés, Paul Meurisse et Simone Signoret, le mort qui se lève de la baignoire (les Diaboliques, Henri-Georges Clouzot, 1955) – plus de goût à rien (add. du 24 mai : heureusement, Danièle Godard-Livet signale une vidéo d’un pianiste sur un canal à Venise, Cannareggio, qui fait du bien) –

 

(65). Lundi 18 mai 2020 (en mai)
les deux derniers jours, la date s’est transformée en avril – un mois comme un instant – ne pas aller trop loin : au mont Saint-Michel ? (sans omelette, sans colifichets merdiques, qu’est-ce qu’il reste de cette abbaye ? un moine peut-être…) – la loi est là pour contraindre aussi : on aime à l’enfreindre, les A2D on en avait déjà vu il y a soixante quinze ans, pendant la guerre – qui était là, qui est là pour s’en souvenir ? la moitié des morts de l’épidémie était en asile ; les deux tiers peut-être des morts avait plus de soixante dix ans (chiffre du jour : 90 % des morts étaient âgés de plus de 65 ans); et alors ? a-t-on jamais eu le droit de choisir sa mort ? n’appartient-on pas à un pays, un état une nation des impôts une sécurité sociale et une pension ? Début de semaine difficile hein mais les nouvelles de l’ami photographe – plutôt bonnes, jusque mi juillet, suivre le protocole – il y a dans les monarchies (mais au palais du faubourg Saint-Honoré aussi, qu’on se rassure) (nous sommes en monarchie ?) un chef du protocole – à l’image STGME2 lors de son discours roboratif du huit mai

– oui, on est en mai, oui… dvd usb dlamerde « en mai fais ce qu’il te plaît » d’un obscur Christian Carrion (2015) (obscur pour qui ? c’est la question)

 

peut-être s’abrutir dans la lecture (j’en suis au 6 avril, je dispose d’une soixantaine de pages d’articles de journaux – je vais voir – lire jusqu’à l’extase ou le dégoût – 93 encore (il y a chez Victor Hugo quelque chose de lyrisme, ou du romantisme, quelque chose qui me va (image du jour, le billet de 5 (nouveaux) francs – ah non, déjà postée non) – j’en suis presque arrivé ici (mais en suis-je jamais parti?) aux billets du journal pendant le week-end mais est-ce que c’est bien important docteur (ici image de Jerry Lewis – lequel changeait de chaussettes tous les jours sans les remettre jamais) ? (d’ailleurs je poste par trois les journaux d’Air Nu en pendant le week-end) (et même plus)

en revenant, ne pas oublier de lire à s’abrutir « La Horde d’Or » – déjà débutée mais trop lourd (un peu comme cette histoire populaire du peuple français (Gérard Noiriel, Agone je crois bien) ou les mémoires de Ray : mis ceux-ci furent terminés) – penser à classer les photos aussi et à illustrer de part et d’autres – regarder les choses qu’on avait à faire et voir ce qui a été fait – rien – comme si de rien n’avait été – rien – passer

c’est quelque chose de difficile à dire : la culpabilité peut-être, le refuge et la réclusion – les gens alentour – sans doute n’attend-on que ça – dans la nuit du lundi au mardi, j’ai cruellement senti que ma raison défaillait et que les choses recommençaient, plus ou moins : recommencer n’est pas le terme, il y a une espèce de retour sur quelque chose de déjà advenu dans un recommencement – ça avait déjà existé mais je n’en avais seulement qu’entendu parler – j’ai repensé à la façon dont mon propre père a dû s’engager, comme on dit, vers quarante trois (il n’avait pas vingt ans) je suppose et dire « je m’en vais » – mais il avait sans doute aussi le moral et la morale avec lui – moi moins des deux : j’avais une sensation de garder au dedans de moi quelque chose de précieux mais d’inutile, ma santé que les enfants avaient à l’esprit d’épargner – quelque chose de la fuite, je ne crois pas mais si j’avais été malade, n’aurais-je pas emporté avec moi la maladie là où j’irais me réfugier, me terrer, me mettre en retraite, faire valoir mes droits, une vie entière de travail ? – je regarde longtemps encore mes seize ans, la première journée d’usine, la joie des ouvriers quand la journée (le mois, l’année) se termine – il y a de ça un demi-siècle – j’avais à l’idée les – c’est à ce moment que j’entends que Piccoli nous a quittés – à l’idée les divers moments dont j’ai le souvenir de l’année soixante – j’avais aussi à l’idée « je m’en vais à la guerre » « je m’en vais faire la guerre » les angoisses probablement de ma grand-mère (sa mère, elle avait vu son mari se faire arrêter chez son frère, déporté, emprisonné puis libéré, peut-être l’avait-elle su, je crois, puis à nouveau déporté sans savoir à ce moment, février quarante quatre) (en février régulièrement il pleut durant deux semaines parfois – puis le temps à nouveau se remet au beau) – quelque chose qui a une relation avec cette façon d’être et d’avoir survécu – alors on lit les récits de Marguerite (et de Robert), de Simone (et de Primo), on écoute ce que disait Jorge – déclaration à l’hôtel Lutétia (qu’était-ce de 40 à 44, le quartier général des SS ? torture dans la prison du Cherche Midi, juste là, à l’autre coin du boulevard Raspail ?), parler de ce qu’on a vécu, comment en est-on sorti, pourquoi vivre ? – et puis on continue le chemin, perdant des cheveux et portant dans les nuits des insomnies –

 

(66). Mardi 19 mai 2020
travailler lire travailler – 93 et la Convention –

sans doute avais-je faim- je ne sais pas où j’étais mais sur un pont de chemin de fer – vaguement vu un jour que peut-être entre la maison du Belvédère et le magasin Juvénal un pont passait au dessus des voies de chemin de fer – un peu comme lorsque rentre seul le Samouraï sans doute au dessus des voies à Ivry – une première fois, ce pont pendant les enquêtes poubelles à Vitry – une autre fois allant au séminaire de Florence Weber à l’Inra – aller voir si ça existe un jour mais sans vraiment de possibilité – le compte en banque de l’avenue de France – retournerais-je jamais en Tunisie ? (à l’image la maison) – sans doute avais-je faim mais je n’avais pas cinq ans, et mon grand-père m’emmenait avec lui, ce jour-là, « au magasin » – mais comment se faisait-il qu’il ait eu dans sa main cette tranche de pain beurre sel et poivre qu’il me donne, aujourd’hui pour moi c’est qu’il se prive – il s’en est allé, le trente mars soixante-huit dit sa tombe – pourrais-je jamais vivre ailleurs qu’à Paris ? –

 

add. du 26 mai : un mail, plus un enregistrement pour aider à sauver Fariba Adelkhah chercheuse en sciences sociales emprisonnée et condamnée (5 ans de prison) par les « gardiens de la révolution » (en Iran) (cette honte) –

Le comité de soutien a prévu des actions symboliques les 3 et 5 juin (le truc du 3 a foiré) (peu de nouvelles depuis – nous sommes le 5 juin, je crois qu’il y a quelque chose rue Saint-Guillaume – le siège de institut de sciences politiques de Paris, dit sciences-po).

 

La première action consiste en la réalisation d’un enregistrement de moins d’une minute (privilégier l’enregistreur de téléphone) sur Fariba, son combat pour la liberté scientifique, la défense des libertés académiques. Tout les collègues sont invités à participer. Il s’agit d’élargir la mobilisation de soutien à Fariba au « grand public » pour qu’il soit bien clair qu’elle n’est ni oubliée ni abandonnée. L’idée de cette action est de rassembler un maximum de petits enregistrements puis de les diffuser le 5 juin, toute la journée, sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #FreeFariba.


Les enregistrements doivent parvenir par mail le plus vite possible au comité de soutien (au plus tard, le vendredi 29 mai) à l’adresse 
fariba.roland@gmail.com en utilisant comme titre: « enregistrement pour Fariba-votre nom-5 juin »

La seconde action se déroulera le 3 juin de 22h à minuit, principalement à Paris. Si vous êtes assez nombreux dans d’autres villes, l’action peut se démultiplier. Le « street artist » C215 proposera une manière de rappeler visuellement notre volonté de voir Fariba libérée. Contacter le comité de soutien à l’adresse fariba.roland@gmail.com si vous souhaitez participer, et recevoir les détails, avec comme titre « action pour Fariba -3 juin ».

 

(67). Mercredi 20 mai 2020

fendu du bois en bûchettes – je me souviens de Capablanca – ses finales surtout – je me souviens d’Alekhine,et de son ouverture – il y avait rue de Tourtilles, au quatrième étage sans ascenseur, l’appartement de comment s’appelait-il, il vendait des pantalons sur les marchés – Saint-Jean-de-Luz une année de vacances, l’usine de sardines – c’est qu’alors, on jouait aux échecs – blitz ou pas – avec horloge ? je ne sais plus… – il y avait un hamac dans la pièce principale,peut-être était-ce une deux pièces sur cour – il s’appelait Yves, il vendait des jeans – avait acheté un camion Ford du temps où la concession était avenue Parmentier – « tu perds une pièce » lâchait-il fréquemment – il y avait aussi Marc, et Jacqueline – Belleville 74 – dans un immeuble semblable vivait madame Rosa (le prix Goncourt 1975 a été attribué à monsieur Émile Ajar pour son roman intitulé « La vie devant soi ») – on ne peut pas oublier de penser au cent et quelque de la rue du Bac où il mit fin à ses jours (revolver dans la bouche il me semble, un peu comme l’un des héros de FMJ : une histoire de soldatesque) – Capablanca, commeYo-yo Ma que j’écoute : des enfants prodiges : c’est pour ça – ce qui nous empêche continuerait toute la vie que ça ne m’étonnerait qu’à moitié – (Full Metal Jacket) (image du jour)

c’est tous les jours qu’on se demande si ce ne sera pas le dernier, sans exception – ces temps-ci plus, peut-être, à guetter un sifflement de bronche, cette façon de respirer par à-coup si habituelle, semblable, connue – ces picotements qu’on sent sous le menton – et ceux qui irritent les côtes – tellement habituels – tous les jours, sans exception – je me souviens de Samuel Fuller sur le pont Neuf (on marchait, on venait de son hôtel de la rue Christine) qui me disait « tous les jours, sans exception… »

 

(68). Jeudi 21 mai 2020
trois jours sans presque rien (il y a des ajouts des jours suivants, parfois, de temps à autre, il ne faudrait jamais en finir), c’est que les choses ont changé , on lit la Révolution française, on se promène avec des masques, on reçoit des amis ou des connaissances ou la famille, tout a changé à nouveau un petit peu – il ne se passe rien sur le front du travail – il faudrait relire ce qui a été écrit ce serait bien, ce serait professionnel mais ce n’est qu’un passe-temps probablement – mais en vrai beaucoup de travail pour rien – l’horreur au Brésil – je me souviens de « Bahia de tous les saints » cette merveille, et des films brésiliens – « Bacurau » ou « Les bruits de Récife » – je me souviens du cinéma et des poèmes-express commentés chroniques (ou chroniqués commentaires) chez l’ami Lucien – le studio de Radio Ivre sur la place de la Contrescarpe, les peintres les touristes – Paris sans les touristes n’est certainement plus Paris – je me souviens d’Hemingway Borges Antunes – cette attirance pour le sud – je ne m’en guérirai jamais (et pourtant Venise est au nord sans conteste) (j’ai tant aimé y voir au loin les Alpes) (j’ai tant aimé la bora à Trieste où je ne fus jamais) – et Svevo qui arrête de fumer – parfois le souvenir de « tu ne peux pas imaginer » – parfois celui de la rue de Lille – la Seine, marcher, le goudron – évidemment les cafés – lire donc écrire un peu oublier les travaux rétribués – non, aujourd’hui, quarante jours après Pâques, un truc dans ce genre-là –

add. du 28 mai vers dix : vu ça dans un journal (indiqué par madame Savelli, qu’on remercie) :

« Ce fantoche blême, inconsistant, usé, précocement abrutiC’est ça qu’il faut subir, c’est à ça qu’il faut faire des sourires, c’est de ça que je dépends. A cause de cette envie d’être imprimé. (…) Puisque je suis assez bête pour m’accrocher à ça. Qu’un bouquin paraisse, qui porte mon nom. Avec une couverture criarde et du papier sans avenir. » (Feuilles volantes)

c’est de Georges Hyvernaud parlant de son (premier si j’ai compris) éditeur – cool. Après d’autres il a dû cesser de chercher à « publier ». C’est égal – ils (et elles) ne sont pas tous semblables – on peut croire aussi à d’autres possibilités – on fait ce qu’on peut (dans l’article, qui indique qu’on ferait mieux de la fermer, deux allusions à Leila Goncourt (assez transparente) et à Bois Dormant (ça l’est moins) : ce qu’il m’apparaît, c’est que personne n’a jamais forcé un lecteur (ou une lectrice) à lire quelque chose. Ce que j’en dis…). ON ne se taira pas.

Et une pensée aussi pour cet ami qui a perdu sa mère aujourd’hui – qu’elle repose en paix et pour elle au moins, ainsi, c’est mieux

 

(69). Vendredi 22 mai 2020

on a laissé tomber un moment les recherches – les mails sans réponse succèdent aux mails sans réponse, mais on s’en fout comme tu sais – mais on continue quand même (hier vacances chaleur vélo) la Convention, les noms propres qui tombent comme des mouches (et Charlotte Corday qui poignarde le citoyen Marat) (qui était médecin, prénom Jean-Paul) (on lui coupera la tête, à Charlotte) – il me semble en juillet, le coup de surin (« d’un coup d’surin lui troua l’ventre » tu te souviens de ça ? Marc Ogeret (mais aussi Cora Vaucaire), « Rue Saint-Vincent » Aristide Bruant) – qui passait, comme le jeu des mille francs à l’amphi du bâtiment C où on mit le feu en mai) (et plus tard, Le bal chez Temporel, André Hardellet, Patachou, tu te rappelles « en l’honneur de nos vingt carats »… ah oui) – le treize, la veille donc – on est en neuf trois du dix-huitième– aujourd’hui (je veux dire cette année) dans les jardins du palais on donnera une garden-party masquée probablement, le lendemain de ce jour-là donc, pour fêter l’avènement, les Champs-Elysées et les armes à la main – c’est neuf trois, rien d’autre : ça ne risque pas de passer, mais il y a aussi Aldo, Daniel (alias Nani) et d’autres encore – se reconvertir très probablement mais lire d’abord et surtout écrire – il y faut de la générosité de la technique et du talent – Pierre Rey je crois quelque chose comme ce que serait BB King au blues – et sa guitare dans les noirs –

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